26 mai 2005

Le jour où j'ai su

Pas envie de modestie aujourd'hui. Après tout, c'est bientôt la fête des mères, et j'ai envie de me payer une tranche de souvenirs heureux…

Ce jour là remonte à plus d'une vingtaine d'année.

Au lycée, ma prof de français, Mademoiselle Odile B., une jeune femme aux longs cheveux blonds, sévère et sérieuse, que nous craignons toutes [oui, je vous rappelle que j'étais dans une école religieuse non mixte !], nous avait donné un travail de composition novateur : produire en binôme, un devoir sur l'homme et la machine ou quelque chose du genre…en prenant comme base de départ le livre que nous avions à étudier : l'écume des jours de Boris Vian.

La lecture de ce livre déroutant, oscillant entre la science fiction et la poésie, m'avait plongée dans un désarroi indescriptible…me laissant un goût bizarre dans le cœur. Et l'envie d'en être l'auteur…
Tout ce que je peux vous dire c'est qu'à l'instar de mon binôme, j'ai, à partir de jour là, été captée, cooptée dans le corps des artistes de l'imagination…
Ensemble, nous avions rédigé un "essai" qui nous avaient toutes deux propulsées sur le devant de la classe, alors que rien auparavant n'aurait pu laisser présumer de l'une de nous, une quelconque disposition particulière à la réussite scolaire...
Le jour de la remise des résultats, Mademoiselle B., réputée exigeante, avait tout d'abord annoncé sa déception quant à la qualité des devoirs rendus…
Silence consterné, chacune restait dans l'attente d'être vite appelée dans l'ordre de mérite, et les regards convergeaient discrètement vers les majpro (major de promo...).
Coup de tonnerre : Carole et moi sommes les premières appelées. Durant les premières secondes, je crois d'abord à une inversion du classement, et je me dis : aujourd'hui, elle commence par la fin…
Emportées dans notre inspiration soudaine, on a dû faire un hors sujet, ce qui, convenez-en, est assez fréquent en français.
Nous avions eu l'idée de rédiger un texte très visuel, invitant le lecteur à projeter dans son imaginaire, les scènes décalées de Boris et celles d'un film sans parole, qui me donne encore la chair de poule : les temps modernes.

A la consternation générale, c'est nous qui avions écrit le texte délectable, celui dont la classe enviait le style. Celui dont Mademoiselle B. était satisfaite, elle ne tarissait pas d'éloges... Incroyable. J'en ai pleuré ! Depuis ce jour, je n'ai pas cessé de vouloir me perfectionner. Il y a encore du chemin, mais je ne suis pas pressée...