11 décembre 2006

Les cahiers d'Yvoux

Ce petit billet dédié à Holly G. qui me l'a suggéré à son insu, et dans lequel je désire simplement évoquer cette période de mon enfance que je considère comme un réservoir où je semble stagner mollement comme un nénuphar, avant de reprendre une vie plus "normale" dont j'ai d'ailleurs oublié l'essentiel.

J'avais 4 ans et étais de santé fragile, cumulant les angines et autres réjouissances. Le médecin conseilla l'air de la campagne. Nous habitions Nancy, mes parents avaient de la famille dans les Vosges, c'est ainsi que je les quittais pour vivre durant une année scolaire chez une grand-tante.

Je fus inscrite à l'école du village. L'institutrice avait en charge une seule classe qui regroupait tous les enfants de 4 à 10 ans. Je revois cette salle, son poêle noir qui diffusait sa chaleur en hiver, l'immense tableau noir et l'odeur des craies, les gommettes de toutes les formes et de toutes les couleurs qui formaient le kaléidoscope d'histoires de saison.

J'aimais surtout les moments de peinture : nous avions des petits godets de couleurs primaires et j'adorai manier consciencieusement mon pinceau alourdi, plus la matière était épaisse, plus agréable était la sensation de dessiner. L'instant de la récréation était sacré. Tous les enfants se précipitaient sous le préau afin d'y boire le verre de grenadine que nous allongions directement sous le jet de la fontaine.

De cette année un peu à part dans ma vie, il me reste trois petits cahiers précieusement conservés par mes parents, remplis de ces enluminures qui me ravissent à chaque ouverture.


Ils ont bien vieillis mes petits cahiers. Le ruban adhésif a jauni les feuilles, pourtant je suis heureuse de les avoir chez moi. Ils me rappellent une certaine grâce innocente, l'empreinte d'une petite fille aux genoux toujours écorchés qui aimait bien jouer avec des amis imaginaires échappés des contes de fées. Une petite fille qui pleurait le soir, se demandant quand ses parents reviendraient la voir. A 4 ans, une semaine ressemble à une longue impatience...

07 décembre 2006

Nocturnes



J'ai laissé quelques mots contrariés chez un ami qui écrit comme une source et qui dessine avec un brin d'herbe. Il s'est inquiété. Je suis désolée. Pourquoi ai-je soudain eut envie de dire cela ? Sans doute parce que les choses sont ainsi : tout ce que la vie nous fait ressentir ou subir nous influence, y compris nos lectures. C'est ample et c'est étriqué. Dichotomie de l'instant. J'écoute depuis deux jours le disque que je me suis fabriqué l'année dernière, il me semble que c'était hier. Hier, j'ai déjeuné pour la première fois avec ma fille en tête à tête, un restaurant comme une brasserie, le genre que je préfère, en pleine vallée de la Bièvre.

La dernière fois que j'y suis allée, cet homme m'avait rejoint ruisselant sous une pluie fine. Retard. Saveur des retrouvailles. C'est large et c'est rétrécit, comme le temps qui reste. Ma copine est revenue de l'autre bout du monde depuis 2 semaines et j'attends qu'elle m'appelle, elle n'a pas le temps. Ma soeur du Canada affirme que nous avons la même écriture, c'est faux, elle a beaucoup plus d'humanité et d'espoirs que moi. Mais c'est ainsi et c'est tant mieux.

J'ai acheté encore aujourd'hui tout plein de cadeaux qui vont faire plaisir. Je les emballerai dans du beau papier plus tard, les vendeurs n'ont même plus le temps de nous faire croire aux jolies choses. Un sac en papier tout prêt, une étiquette et débrouille toi avec ça. C'est moche, c'est du fastgift. En décembre, je veux du rêve et du bolduc, pour faire durer le plaisir. J'ai acheté un tas de trucs, et pour moi, je voudrais un bon massage des pieds et du dos, mes préférés.

J'ai trouvé de superbes cartes que j'enverrai à ces amis si éloignés qui habitent au bord de l'eau, n'importe laquelle, qu'importe. Ils y habitent vraiment. Je sais que ce geste sera perçu différemment, que la marque qu'ils recevront de moi sera plus profonde comparée à la rémanence de la réception d'un mail. Dématérialisation des attaches. Matérialisation d'un attachement. Je me permets de le penser.

J'ai envoyé à Jo des photos de l'anniversaire de son fils qui vient de fêter ses quarante ans, elle était heureuse, elle n'en avait pas encore reçu, ils sont si occupés. Pourtant, elle n'est rien pour moi, non, c'est juste une dame que j'ai croisée lors d'une réunion de famille et avec qui j'ai sympathisé.

Trop de choses à donner, qui réchauffent ici et là, comme des jaillissements qui brûlent et qui creusent. Eruptions solaires. Quand je me regarde comme je pourrais observer une chimère, ce n'est pas l'étrange qui s'impose. C'est la fulgurance, celle de l'instant. Une envie, irrésistible, absolument baroque. Et dont je n'ai pas honte. J'entrevois nettement cette clarté qui balaye le chemin obscur sur lequel je suis mon propre guide. Un mot, une image et je bâtis un monde. Inventions.

Mon jumeau du bout du monde me manque aussi un peu à ma manière, il l'ignore. Car s'il me manque c'est qu'il vit, revit enfin. Ce n'est que justice. Je devrais être heureuse pour lui. Je me force à l'être.

Que les choses soient claires. Justement, aujourd'hui, ce que je dis vouloir laisser tomber c'est l'envie d'être sur une ligne, la ligne d'attente. Tiens, je disais ce matin à cet autre poète que les mains sont importantes, si importantes dans les relations. Connait-on réellement un être sans lui avoir jamais serré la main ? Mollesse des intentions ou poigne conquérante. La demie mesure est un fruit qui ne me rassasie guère. J'ai faim de tout ce qui ne me tue pas.