26 janvier 2009

Après la pluie

Il a fini de pleuvoir. J’ouvre la fenêtre et l’odeur de la terre imbibée distille en moi un souvenir qui remonte à l’enfance. J’aime me cacher, jouer à la fugitive. Je suis la reine de l’évasion. Des heures entières à jouer avec des amis extraordinaires face à des ennemis invisibles ont prouvé les ressources infinies de mon imagination. Je fais un détour par le potager avant de partir en expédition, arracher quelques jeunes carottes, cueillir quelques fraises aussi. Je m’aventure sur le chemin de Colimont. Mini vadrouille. A l’écoute d’un bruit incongru, je suis morte de trouille et je bascule dans le fossé, me rendant invisible dans le chuchotement des grillons. Le râteau ou la bêche passent. Sans avoir été perçue, je reprends le contact avec le sentier caillouteux. Je m’arrête souvent pour ramasser des trésors blancs, polis par l’usure des vents et autres poussières imperceptibles. Mes expéditions me transportent toujours dans un monde parallèle dans lequel j’affronte l’hostilité de l’inconnu. La faim me fait revenir sur le sentier battu au bout duquel la maison se profile comme un asile bienvenu. Derrière la porte, une grand-tante gronde son inquiétude : où étais-tu, je me suis fait un sang d’encre… J’imagine alors du sang violet (à l’époque nous écrivions à la plume violette, elle sentait bon…). Je hausse les épaules, je sais bien qu’elle ment, le sang est rouge comme sur mes genoux toujours égratignés. Mes tartines m’attendent, bien larges et recouvertes de beurre et de confiture ou de chocolat râpé. J’avale un grand verre de lait. Tout à l’heure, j’irai me cacher dans le bûcher, y lire des contes exotiques. J’aime bien celui des cinq frères chinois. Il me fascine et les illustrations sont impressionnantes. Quand il sera l’heure de dormir, mon esprit ressortira sans rien dire battre la campagne comme un enfant trop curieux et désobéissant.

Je crois que je suis toujours restée cette enfant fantasque et enthousiaste.