04 janvier 2009

Drôle de ménagerie

Ce matin, un cheval blanc et noir est venu se coller à moi. C’était plus précisément une jument, je ne m’en étais pas rendue compte avant qu’elle ne se mette à renifler du naseau, comme un poulain malade à qui sa mère n’aurait pas appris les bonnes manières. Tandis que ma jument encombrante et reniflante gesticulait nerveusement, comme tous les chevaux enfermés je pense, elle parvint à retirer de sa sacoche - c’est aussi pour cela que j’ai vu que c’était une jument car elle avait une grande sacoche contre son flanc – un petit pot jaune, une sorte de pot à la banane, qui dégageait une odeur molle ; elle l’ouvrit et s’en tartinât les babines au lieu de penser à se moucher. Je me mis à m’agiter moi aussi, mi souris, mi cafard, un peu panthère noire –je n’ai jamais très bien compris à quoi je ressemblais le plus- je m’agitais car un éléphant ou un pachyderme, je n’ai pas bien vu de quelle ère il venait, s'évertua à monter sur ma patte alanguie, c’était pourtant défendu. Ce fichu mastodonte me bouchait la vue, je n'avais plus qu'à me concentrer sur les bruits, les odeurs. Au loin, dans la ménagerie, des cacatoès cacatoaient, des bovins vagissaient, des félins minaudaient, les bêtes des bois continuaient à hiberner, le tout dans une confondante torpeur hagarde, celle des hallucinations. Un peu plus loin, plus tard, l’homme qui nous promenait dans sa roulotte grinçante, frémissante, sifflante, hurlante, nous débarquait sans manières, pauvres créatures abandonnées au trottoir pluvieux et glissant. C’est alors que les moutons de Panurge se mirent en avant, écrasant tout ceux qui sur leur passage n'étaient pas à leur allure, leurs yeux doux ne reflétaient plus aucun rêve mais une terreur affolante : ne pas rater le train.