04 mars 2009

Sale tête

Je l'avais constaté avant que l'on me fit la remarque, cependant, l'acceptation de ce genre de jugement est toujours accompagnée d'une réaction, une surprise ou un désaveu. Dans mon cas, je savais que je n'avais pas ma tête des meilleurs jours, ceux-ci étaient aussi loin que les souvenirs qui en restent. Peu importe, pour rien au monde je ne voudrais replonger dans les meilleurs jours, ils appartiennent à une entité incapable de décision, une ancienne forme, ce n'est donc pas un sort enviable. J'accusais les remarques inquiètes concernant ma sale tête avec sérénité et complaisance, sans nier. Bien sûr, ils avaient raison. Mais tort de croire que j'étais si fatiguée. J'avais espéré que mon manque d'éclat soit occulté par mon dynamisme habituel, j'avais négligé de masquer les traces de l'hiver, celles des habitudes lancinantes et du manque de nuits complètes.

J'étais venue chez eux passer un week-end, j'avais bien l'intention de rester nature, pas de khôl, d'anti cerne, de rouges à lèvres ; j'allais redevenir pour un temps la petite fille dorlotée à qui l'on prépare les petits plats qu'elle aime, qui ne se complique pas la vie sous les regards inquisiteurs, livrée à elle-même, sans artifice. Tout cela était bien entendu pipé, comme les dés sur le tapis vert d'un casino clandestin. Mon camouflage était globalement raté, et j'eus droit à une salve inquiétante de recommandations. Tu n'aurais pas dû venir nous voir. Tu t'es fatiguée...

Non. Tout va bien. Je gère. Comme d'habitude. Le temps passe, vous allez disparaître. Rien ne dit que l'on se verra tant que cela dans les années à venir. Nous sommes infimes et infirmes. Profitons de rouler cette bosse que d'autres regrettent de n'avoir assez tâté. Profitons. Gérons nos absences comme nous le faisons du Soleil. Ce sont des choses qui ne se commandent pas. Et les envies de se voir sont des sortes d'éclaircies.

Nous vieillissons ; tu vas trop vite pour nous. Certes. Je ne sais pas vraiment faire autrement. Je suis une sorte de moissonneuse-batteuse, je laisse derrière moi des bottes de foin ficelées et mortifiées, perdues. Pardonnez-moi. Donnez moi du blé à tordre et du grain à moudre, ils sont mon carburant, mon huile, ma récolte et ma raison. Laissez-moi être l'oeil, la bouche, l'oreille et le doigt, greffez-moi une peau d'âme, que mes sensations ne soient pas en déséquilibre impatient. Je me reposerai plus tard. J'irai au spectacle, au cirque ou au jardin d'hiver, au palais des glaces.

Je fais une liste. Encore une. Bien appliquée, avec des lettres rondes qui tournent dans la bille. J'aime bien le dessin des mots, rassurant, qui me donne l'impression d'un début d'achèvement ; comme lorsque la rédaction d'une adresse sur une enveloppe présume un départ imminent.

1) prendre un peu plus de temps pour moi
2) ...