19 février 2009

Beaucoup de bruit pour des presque riens


Le second plaisir de la journée, le premier étant d'ouvrir mon livre aussitôt assise dans le bus, est d'appuyer sur la touche "on" de mon player MP3, je suffoquerais presque de bonheur si j'avais le goût de la tragédie.
Je marche, la musique me suit, me précède, m'enrobe, m'enferme, m'éclipse dans une enveloppe que je ne connais pas parfaitement mais que j'arrive à esquisser. Mes chaussures plates absorbent sans peine quantité d'imperfections du macadam qui pourraient me faire croire que je glisse sur un tapis gris. Je sais, je le veux ainsi, ma démarche balourde ressemble à celle de mon amie C. aperçue autrefois alors qu'elle franchissait le pont Foch, son court manteau rouge oscillait timidement sur son pantalon noir, ses jambes tricotaient une écharpe entamée de trous. Les trottoirs proposent toujours des obstacles imprévisibles aux marcheurs préoccupés. Lorsque je marche, je pense toujours à C. et je tente de répéter l'expérience de cette vision fugace qui m'avait enchantée. De la même manière, je songe toujours à S. lorsque je bois mon café le matin debout devant la fenêtre, et je cherche toujours A. du regard lorsque je pénètre dans ma libraire où il ne mettra jamais les pieds. Mon trajet musical ressemble à mon défilé personnel, ruban de souvenirs hétéroclites et précieux dont je ne me lasse pas, un peu à la manière d'une poésie récitée chaque jour pour se mettre en liesse, ou une forme de prière. Je m'imagine en dehors de moi, je ne me trouve même pas ridicule, plutôt étrange et inoffensive. Tout ce que je supporte est en moi. Mes fardeaux ne me blessent plus. Mes oreilles pleines de vagues théories, de monstrueux échos, ont apaisé mes éventuelles contrariétés. J'arrive à mon bureau de très bonne humeur.
Billet musical avec Muse (Supermassive Black Hole)