21 mai 2009

La qualité de la vie

Qui se souvient ? Il me semble, ou alors est-ce un souvenir fabriqué avec les débris que j'ai ramassés au fond des poches de la conscience qui me recouvre comme une poupée russe, qu'il y avait autrefois une émission matinale que j'écoutais le matin pendant le petit déjeuner. C'était sur RTL et l'émission s'appelait la qualité de la vie, une chronique de Remo Forlani. J'entendais, j'écoutais, j'enregistrais des mots que je ne comprenais pas forcément, je posais des questions qui pouvaient rester sans réponses, je m'efforçais de trouver mes propres explications. Je me dessinais mon océan du monde, ou une quelconque matière solide fractionnée, je me sentais l'âme d'un jardinier qui doit traiter son espèce menacée, sans trop savoir comment s'y prendre, ni pourquoi devoir inlassablement remplacer les bulbes de fleurs pourrris. Je voulais vivre mille vies contre la misère, le rêve mesquin. C'était hier. Je n'ai pas l'impression d'avoir failli à ma mission, même si parfois je trouve que je n'en ai pas encore assez fait. Me reste-t-il du temps ? Pour me rassurer, me consoler, je trouve un répit dans sa chaude présence, l'odeur de son cou, la douceur fragile des lumières différentes qui jouent sur sa peau. A cet instant précis je suis ivre, forcément, et je voudrais que ce moment me dure, qu'il soit mon noyau, brut. Alors je pourrai le planter bien profond, et nous pourrions même oublier la cachette. Nous n'aurions qu'à laisser croître.

08 mai 2009

Signes

Trois heures sonnaient à Notre-Dame quand je sentis vibrer mon téléphone portable dans la poche de mon blouson. Mon cœur s’emballa comme à son habitude lorsque deux évènements complètement étrangers l’un à l’autre se télescopent pour finir dans un même instant. Parodie du hasard qui voudrait nous faire croire qu’il n’existe pas mais qui donne des indices. Mon téléphone dans la main affichait un message. Je n’aime pas ce genre de signaux désincarnés qui ressemblent à des mots tronqués, amputés, équarris de leur belle substance ; absence furtive de lettres qui se devinent sous la croûte du temps accéléré. Perplexe, tour à tour rêveuse, amusée, agacée, étonnée, je haussai les épaules et poursuivis mon chemin.