21 août 2009

Un jardin à Paris


J'arrive à Paris par un jardin. Bien sûr, il n'est pas de ceux qui donnent envie de se rouler, de s'attarder à rêver ou à attendre, mais il est mon jardin secret. Ce qui l'entoure est presque mort ou en voie de disparition. Des arbres en tronçons, des insectes cachés qui peinent à bourdonner quelque part à côté des moteurs de la chaussée. Des fleurs sauvages comme des baisers. Les ombres déjà n’existent plus, elles dansent au fond d'un café qui commence à refroidir sur une table de cuisine. Les rues happent comme des bouches affamées le voyageur encore endormi, il cligne des paupières en sortant sa petite carte magique qui, comme un scalpel, taille sa route dans le ventre de Paris. Je vais le nez au vent, j'aime marcher ainsi, à savoir où je vais, pas très loin, juste assez pour se débarrasser des envies, des désirs, aussi vite que possible, comme il est nécessaire d'éternuer sans attendre quand une poussière vous chatouille la narine. Le long de mon jardin, je retrouve un petit peu l'odeur du raidillon qui serpente dans ce pays dans l'ombre de ma jeunesse, et j'ai l'impression qu'au bout du chemin je respire déjà mieux.

07 août 2009

Carrefour

Nous ne savons pas où elle va, sans doute mue par un élan démonstratif et expressif. Elle arpente sa jeunesse comme il est d'usage de naviguer d'un port à l'autre lorsque les ancres se détachent. Nous ne pensons pas à la retenir, cela serait stérile et nous voulons une réplique de nous même, en plus grand, en plus démesuré n'est-ce pas ? Ce que nous voyons alors ne ressemble à rien de ce qui nous tranquillise. Mais il faut faire confiance. S'adapter à la situation. Nous sommes conquis par de nouveaux petits morceaux de monde qui se détachent et qui tombent à nos pieds. Nous les observons comme la graine du haricot magique. Nous les suivons des yeux. Nous en espérons de belles choses. Notre engouement est ce métronome qui redonne à notre cœur toute sa mesure. Nous nous sentons vivre. Auprès de nous, cette petite âme à laquelle nous sommes tellement habitués qu’elle est inaudible parle d'une nouvelle manière. Sur le trait de l'arrivée, au détour d'un carrefour, nous agitons la main et attendons qu'elle nous la prenne.