14 novembre 2009

Le rêve des bêtes

Souvent c’était ainsi, je n’avais pas de nouvelles d’elles pendant des jours, des mois, et à l’instant où je commençais à désirer ne jamais les avoir connues elles surgissaient des profondeurs de leur absence. Leurs dents carnassières se plantaient dans mon cœur. Je faisais semblant de ne rien sentir, je faisais comme si je m’y attendais, que je m’étais préparée, endurcie. Mais je n’étais pas si bien que je le laissais paraître. Au fond de moi, je sentais un gouffre s’agrandir, m’attirer, me retirer toutes les particules que j’avais pu capter. Et dans ce gouffre, les bêtes m’attendaient, silencieuses, affutées à la chasse, inquiètes de tout, de ne pas survivre, mais elles sont pourtant éternelles. Nous nous frôlions à peine sur ce chemin emprunté aux fées, aux oiseaux, aux enfants, nous dévalions les sentes dans la même précipitation que les poètes ambulants se permettent de ruer sur les fleuves impassibles, dans une ivresse un peu cruelle. Pendant ce temps, l’abysse grondait, exponentiel, devenait de plus en plus vorace, emportant les petits carnets noirs vers une sorte de tombeau de la mémoire.