18 décembre 2010

A la poste

A la poste. L’écran affiche que le numéro 30 est attendu au guichet 3. J’ai le 54. J’ignore combien de temps je vais patienter avant de pouvoir expédier mes colis. J’ai laissé les enfants à la maison et à part l’inquiétude qu’ils pourraient se chamailler, rien ne me dérange. La salle est climatisée, je suis assise, la femme à côté de moi sent bon l’eau de Cologne ou le déodorant de supermarché, cette odeur me rassure et me réconforte, elle m’enveloppe dans une grande quiétude. Je me souviens de ma Marraine, qui, à chaque fois que l’on faisait les courses, s’aspergeait d’eau de toilette, n’importe laquelle mais fleurie, parce que, disait-elle, c’était gratuit. Peut-être avait-elle tout simplement transpiré, elle avait souvent chaud et était en nage, en suée comme elle disait. Moi, j’avais honte, j’avais en fait peur qu’on nous fasse une remontrance. J’étais jeune et craintive. Me voilà, j’attends mon tour sur ma chaise en bois. La femme à côté de moi sent la laque, est-ce la même dame ? Je ne sais pas. Marraine aussi se vaporisait un casque de laque sur les cheveux qu’elle avait soyeux et blonds, de l’Elnett je crois. Tous ces souvenirs sont loins et pourtant les sensations sont bien là, intactes, je les palpe, sur moi et en dedans de moi. J'attends avec un livre, toujours. Aujourd'hui c'est Jim Harrison, la route du retour, je pourrais attendre toute la journée, dans le fleurissement de mes souvenirs et l'ombre des absents de cette saison qui n'existe que pour moi.