26 août 2011

Un extraordinaire stimulant

Les titres, je les ai parfois en avance, les images aussi. Ils flottent comme des appâts sur la rivière, inconscients, et attendent d'être capturés. Ils peuvent attendre des années. Mais rien ne presse n'est-ce pas ? Personne ne le sait. Parfois, je les enveloppe dans un délicat papier recyclable qui ne polluera jamais rien d'autre que ma propre matière grise et je les offre, ils partent alors encore encombrés d'un sommeil noir. Parfois, je les retiens au dernier moment, un genre de sursaut du condamné qui sait qu'il ne reverra jamais sa terre natale, je leur laisse une chance de se remettre à mes côtés. Mais souvent, oui souvent, je les guide de ma main vers une autre rive, je les pousse pour qu'ils s'épanouissent ailleurs. Après tout, je ne peux pas m'occuper de tout. C'est dans ces moments que je suis la plus soulagée, la moins mécontente. J'ai l'impression de servir à quelque chose. Ce n'est pas tous les jours évident de servir et quand on aime faire plaisir, on ne sait jamais vraiment ce qu'il faut faire, mettre les petits plats dans les grands, ne pas mettre les pieds dans le plat, pas facile d'y voir clair avec toute cette quincaillerie. Au fond, ce qui me rassure c'est d'envoyer des ballons, rouge de préférence, c'est interdit. Tu vois ce que je veux dire. Les titres, je les porte en moi comme une plante hémiparasite : sans moi ils sont désséchés, des petits bâtons alignés comme des crayons dans une boîte. Les images, je les juxtapose comme le dernier carré d'un pouce pouce, je m'amuse. Mais toujours tu sais, toujours, je ne suis pas seule à me regarder faire ; et à chaque fois que je pars en vrille comme une mèche qui crépite dans le feu de que j'appelle ma mélodie des choses, à chaque fois tu peux être sûr que celui qui me motive est un extraordinaire stimulant.