05 septembre 2011

3-Dino, le dévoreur de nuit

J’arrive avec mes lanternes sous les bras, glissant parmi la nuit qui fait monter les cris enfermés, je m’installe aux premières loges, guidé par des paroles parfois inaudibles mais toujours justes parce qu’inconscientes. Je suis le juge et le parti de ne pas laisser les choses dans l’absence, je raccomode les particules perdues avec mon fil de faire les rêves. Souvent, je me sens pousser l'envie d'un petit voyage, de ceux qui ne demandent pas trop d'intendance, un programme qui se déroulerait sans interruption et qui me sortirait les résultats attendus. Je me place sur le côté gauche, la Lune y glisse un premier quartier et j’entre dans un monde qui pourraît être mien. J’ai envie de prendre quelques notes mais qu’est-ce qu’écrire pour Dino le magicien ? Un oiseau imagine-t-il de voler ? J’invente le carnet et le stylographe. Mes doigts douloureux fourmillent. Je laisse échapper quelques pattes de mouches qui bourdonnent un peu comme un essaim sur le point d’éclater. Des mots grouillent comme des vers sur la carcasse d'une intuition, causerie automatique. Je les pêche à la ligne et je surveille un peu comment est mon invité, le sourire aux lèvres, la langue appuyée et l'oeil sec des féroces charognards. Il s’imagine avoir gagné sur les monstres qui bataillent dans son cœur, je le laisse pendre un peu d’avance.
Jackie Morris