08 octobre 2011

1-Une semaine de bonté (la boue)

Durant sept semaines, un récit* illustré à suivre ou à découdre

PREMIER JOUR

Je m'y attendais un peu : le ciel était bien trop noir, sans étoiles, comme dans un mauvais rêve, celui qui fait ramper dans un tunnel mou, où les bruits sont tellement étouffés que je ne m'entends pas respirer. Il fait très chaud sans que cette sensation soit désagréable. En fait, la seule chose qui me gêne, c'est que je ne peux me mouvoir normalement, avancer aussi vite que je le voudrais, car je n'ai pas de jambes, du moins elles sont comme paralysées, enfermées dans un étau qui me semble être une bûche et qu'il me faut traîner derrière moi. Généralement, ce rêve s'achève toujours au même moment, au même endroit : j'arrive à la sortie du boyau, je sens le petit courant d'air frais et je crie car une sorte de monstre ouvre ses yeux brûlants devant moi, à environ cinquante centimètres du sol sur lequel je suis ventousée. Premier jour. Je suis dans la terre, dessous quelques fleurs jonchées que j'avais pourtant interdites, couronnée de couleurs et arrosées de pleurs. C'est idiot et cruel, car cette boue qui me serre me fait un lit douillet dans lequel je peux enfin dormir sans craintes.
Damien Doumax / Orfaon

* déjà publié en 2009