29 octobre 2011

4-Une semaine de bonté (le sang)

QUATRIEME JOUR

Le sang se faufile dans mon coeur, ou dans cette zone que j'imagine chaude et rouge. Il se faufile partout en fait. Au début, je ne veux rien, je ne fais rien, je n'empêche rien. Il vient s'agripper à moi et je ne le sens pas vraiment tant qu'il ne dépose pas sa ventouse sur ma vie pour l'aspirer toute entière. Les jours, les nuits n'ont plus de réalité, mes seules ombres sont en un endroit impossible à atteindre désormais, un endroit intouchable, qui a existé mais qui n'a plus d'organisme. Bientôt, je suis incapable de me défaire de lui, je deviens couveuse, lisse, ronde comme une orange sanguine. Je crois qu'il n'en voulait pas. Cette vérité n’a pas été devinée, non car il me l'a annoncé comme on annonce la pluie ou le beau temps. Je suis donc là, à regarder le sang couler, me demandant si c’est bien moi, accroupie et dévorée d’angoisse. La poisse. Je ne sais pas si c'est du sang de la vie ou de la mort. Il n’y a pas vraiment de différence. Mais rien n'est comme avant.
Gautier d'Agoty