17 décembre 2011

4-Le fantôme de la bibliothèque - La pièce à raconter

J'ai pris cette habitude de me rendre aussi souvent que possible dans la pièce à raconter. Je ne me souviens pas des circonstances exactes qui m'ont rendu presque associé à cet endroit, mais le fait est que cet instant m'est beaucoup moins important que l'endroit lui même : j'y deviens mille personnages, j'embrasse des amours imprévues, je pleure, je tue, je tricote, je peux aller me faire cuire un oeuf, je suis dans le ventre ou sur le dos. Je me dirige toujours le plus lentement possible vers cet endroit de peur de me perdre en chemin et par crainte de ne pas être en mesure de reconnaître tous les signes. La lenteur me permet de respirer profondément, comme si je m'apprêtais à descendre en apnée le long d'une chaîne jusqu'à l'ancre, tel un poisson curieux cherchant sa pitance, un explorateur allant à la rencontre d'un trésor immergé. Le temps d'arriver ne paraît jamais trop court. J'ai le loisir de faire le vide, de me préparer à l'immersion. Je voudrais pouvoir me voir, peut-être souriant (est-ce encore possible ?), peut-être préoccupé, allongeant vers la fin le pas (feutré), comme une petite bête tourmentée qui finit par se sauver vers son coussin.
Eric Beddows