24 décembre 2011

5-Le fantôme de la bibliothèque - Le voyage de l’esprit

Voilà deux fois que je consulte l’heure sans me souvenir de l’indication que les aiguilles donnent. Une vague notion de mouvement de ma tête en direction de l’horloge me prouve que j’ai regardé dans cette direction pourtant mon cerveau n’a pas réussi à interpréter le sens. Je ne sais donc depuis combien de temps je suis ici, il me semble que l’ombre blanche de la lune dépose une rayure différente sur le tapis. Je me sens au ralenti, je laisse quelque chose tourner en moi comme un oiseau intérieur qui cherche son nid. Les oiseaux sont certainement mes plus grands amis et jamais je songe à leur courir après, plutôt les observer de loin comme des pinceaux tremblant au tableau du ciel. Par deux fois j’ai regardé l’horloge et n’ai rien compris à ce que je voyais, peut-être que ma rétine est chiffonnée comme un morceau usé, que mon esprit n’est plus capable de repasser dans l’ordre les signes et les comprendre. J’ai peur. Peur de ne plus pouvoir lire. Il me semble que j’en mourrais car qui imagine faire la lecture à un chat ? Peut-être dois-je aller me promener dans le silence réfléchir aux conséquences. Les allées du jardin dessinent des nuances et des trajectoires secrètes que les femmes tracent du bout de leur soulier et que les hommes ont depuis longtemps renoncés à suivre. Elles parlent des rêves qu’elles peuvent faire et des voyages à envisager. Je veux suivre leur itinéraire, invisible mais conscient. Je deviens ce héros sacrifié dans le labyrinthe à la recherche d’un Minotaure trop puissant à combattre, je dois venir à bout d’un ennemi qui ignore tout de ma présence mais néanmoins bien décidé à ne pas me laisser faire. Les chats aiment jouer à se faire peur, ne le saviez-vous pas ?

Fred Griggs