06 décembre 2011

Retour aux sources

Je ne suis pas partie si loin, juste au niveau du souvenir. Il y a comme une bouée en flottaison sur une surface un peu tiède qui tend sa pointe comme une aiguille : c’est l’heure ou le nord, je ne sais pas lequel des deux me fait signe, je m’avance un peu. Je n’ai pas de peine, juste envie de faire un petit tour, de mesurer à quel point l’espace peut rétrécir ; mon château est une maison de poupée habitée par de minuscules araignées, mon champ de batailles est un tout petit jardin parsemé d’herbes folles ou mortes. Anamorphose de la distance par la durée. Je vivais ici autrefois un monde énigmatique que je pourrais étendre si j’en prenais le temps (et si je le voulais vraiment). J’ai été triste et joyeuse comme une enfant qui se fait peur et trouve malgré tout de quoi se rassurer. J'aime me plonger dans ces souvenirs-là. Ma mémoire est un pinceau qui veut noircir le blanc du silence. Je porte en moi des notes accrochées comme une clef à un trousseau qui tintinnabule. Beaucoup de choses m’interpellent, peu doivent me retenir. Je dois alléger mon trait comme le ferait un peintre chinois, Yvoux incarne l'essence de mon enfance.