26 juillet 2011

Le véritable journal des sentiments

J'ai bien réfléchi. Peut-être passé trop de temps à le faire. Je pense que l'on ne change pas ses qualités, ou ses défauts, au contact d'un outil aussi sophistiqué soit-il. J'ai toujours écrit, déguisé, dévoilé. J'ai toujours écrit, tapé, raturé, jeté, effacé, oublié, refait, travaillé, étonné. J'ai imaginé toutes sortes de choses et je les aies eues. Te lire me donne toujours envie d'écrire à mon tour, de me jeter du pont, de me suspendre quelque part où je n'aurais qu'à laisser tomber ce que je garde au fond de mes poches sans même savoir d'où elles viennent, à qui elles sont, et ce que tout cela veut dire. Je déconne à nouveau, je crois. Je ne mange rien, je bois beaucoup plus, que de raison. Parfois je rêve d'allumer une cigarette mais je n'ai jamais su frotter une allumette. Je garde cette fêlure, trace invisible mais qui se remplit de tout ce qui passe, comme la terre envahit le sillon des mains. Chaque jour la ligne se creuse, coups du sort, coups pour rien, coups en douce. Les petites impatiences creusent leur entailles et je crois que je m'y suis habituée. Je les caresse comme une mère savoure la présence d'un enfant, tout en le trouvant parfois encombrant. Ce journal brise un peu quelques barreaux aux fenêtres et je peux m'envoler.