31 août 2011

Touché coulé

Tu penses que je te regarde et la manière dont ta tête penche montre le poids que tu donnes à cette évocation qui ne te déplaît pas. Pas encore. Ta peau scintille d'une couleur aquatique, moite. Tu m'emportes, tu me plonges partout où tu vas dans ton océan de songes qui rongent mes doigts. A quelle vitesse es-tu en train de te faire assassiner ? Ce n'est pas ma faute, ce n'est pas moi, ce n'est pas vous. Dites-leur les ancres et les encres. Dis-moi la voix et la voie. La pluie seringue pique ma tête comme une épingle. Touché, coulé. C'est une sorte de vie que j'ai vu passer dans tes yeux noyés.

Alessandro Gottardo

29 août 2011

2-Dino, le dévoreur de nuit

Mon nom est Dino. Je suis aussi ancien que les hommes mais je n’ai pas de destin. Mon heure vient quand l’ombre tombe sous les paupières, quand ceux que je poursuis s’allongent pour compenser leur vie d’un repos oublieux. Tous ces gens ressemblent à des gens qui sont morts. Je sais de quoi je parle, leurs yeux abandonnés ne peuvent me mentir. Dans son enveloppe, l’homme ressemble à un mort mais il ne l’est pas encore. Tant que son heure n’est pas venue, je me fais plaisir, je me glisse à son côté et j’écoute ce qu’il peut me dire. Je comprends toutes les langues et n’en parle aucune. Depuis la nuit des temps, je ne me parle qu’à moi-même et souvent je me sens bien seul. Je suis Dino, le dévoreur de nuit. Qui peut prétendre le contraire peut aller se recoucher. Je serai toujours là pour applaudir à la performance. Et en prendre de la graine : on peut toujours faire gonfler son ego. J’œuvre sous les paupières closes, quand l’esprit vagabonde dans la campagne et s’imagine être libre. Je rattrape inlassablement toute silhouette qui s’avance dans mon territoire, et je suis son serviteur.

26 août 2011

Un extraordinaire stimulant

Les titres, je les ai parfois en avance, les images aussi. Ils flottent comme des appâts sur la rivière, inconscients, et attendent d'être capturés. Ils peuvent attendre des années. Mais rien ne presse n'est-ce pas ? Personne ne le sait. Parfois, je les enveloppe dans un délicat papier recyclable qui ne polluera jamais rien d'autre que ma propre matière grise et je les offre, ils partent alors encore encombrés d'un sommeil noir. Parfois, je les retiens au dernier moment, un genre de sursaut du condamné qui sait qu'il ne reverra jamais sa terre natale, je leur laisse une chance de se remettre à mes côtés. Mais souvent, oui souvent, je les guide de ma main vers une autre rive, je les pousse pour qu'ils s'épanouissent ailleurs. Après tout, je ne peux pas m'occuper de tout. C'est dans ces moments que je suis la plus soulagée, la moins mécontente. J'ai l'impression de servir à quelque chose. Ce n'est pas tous les jours évident de servir et quand on aime faire plaisir, on ne sait jamais vraiment ce qu'il faut faire, mettre les petits plats dans les grands, ne pas mettre les pieds dans le plat, pas facile d'y voir clair avec toute cette quincaillerie. Au fond, ce qui me rassure c'est d'envoyer des ballons, rouge de préférence, c'est interdit. Tu vois ce que je veux dire. Les titres, je les porte en moi comme une plante hémiparasite : sans moi ils sont désséchés, des petits bâtons alignés comme des crayons dans une boîte. Les images, je les juxtapose comme le dernier carré d'un pouce pouce, je m'amuse. Mais toujours tu sais, toujours, je ne suis pas seule à me regarder faire ; et à chaque fois que je pars en vrille comme une mèche qui crépite dans le feu de que j'appelle ma mélodie des choses, à chaque fois tu peux être sûr que celui qui me motive est un extraordinaire stimulant.

24 août 2011

Une coiffure de Sagan

Un peu d'égo. Tout à fait infime et futile.

Je n'ai pas toujours aimé aller chez le coiffeur. Petite, je n'aimais avoir les cheveux bouclés, je voulais des baguettes raides comme les cheveux japonais. Bien entendu, on veut toujours ce qu'on ne peut avoir, ou difficilement. Plus tard, j'ai découvert le brushing, magie du coup de brosse et du séchoir combiné à une parfaite maîtrise de l'angle d'inclinaison de la kératine à discipliner. Brushing que je suis tout à fait incapable de réaliser bien entendu donc je me fais aider moyennant espèces qui ne sonnent pas et qui ne trébuchent plus depuis l'invention du papier chèque. Hier, en revenant de mon salon préféré, je me suis (comme d'habitude) photographiée avec la machine en ligne, j'adore ! Au résultat, j'ai trouvé une drôle de ressemblance avec Sagan : j'avais encore en tête l'émission "Une maison, un écrivain" vue il y a quelques semaines. Ma nouvelle "tête" m'a paru tout à fait étrange et trop sérieuse ! J'ai donc repris quelques clichés (un peu plus décalés) qui me correspondent mieux. Tadam.


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23 août 2011

L'ombre des lumières

Rien dans le nez mon cher, rien dans le nez. Ni prairies ni arbres. Rien que le vent mon cher, rien que le vent. Et tout claque comme une voile qui prend l'air, qui monte et descend le long des nuages plongés dans une incroyable somnolence sous le soleil équateur. Bien entendu, tu ne sais rien de tout cela mon cher, toi tu piétines sur une autre lattitude, sans rien savoir de tout cela mon cher. Et si d'autres n'ont jamais donné suite à tes idées c'est qu'elles étaient folles mon cher, elles étaient folles. De tous les problèmes que l'on se pose, l'incertitude est certainement le plus puissant de tous. Et tout le monde s'en amuse mon cher, tout le monde s'amuse avec. Et tous les instants que l'on dit précieux mon cher, on ne sait pas qu'ils le sont. Mais au moment où ils disparaissent on sait qu'ils l'étaient. Mais on n'a pas tracé les preuves. Il faudrait pouvoir revenir relever les empreintes avant qu'elles ne soient entièrement effacées. C'est à tout cela que je songe dans ce souffle où je me promène interdite, traquant la poussière invisible sur des chemins depuis longtemps tracés et abandonnés, lorgnant dans les lits défaits des rivières endémiques. Au-dessus du lagon mon cher, les couleurs n'ont pas vraiment été jetées par hasard, je songe à des mains qui se serrent dans les greniers bleus des poètes, des doigts trempés dans le noir et qui n'ont pas atteint leur objectif.


22 août 2011

1-Dino, le dévoreur de nuit

Dino. Mon nom est Dino. Personne ne s’attend à ce que je me nomme lorsque j’entends « qui êtes-vous ? ». Personne ne s’attend à ce que je me présente sous une forme de civilité. Ils veulent tous une seule chose lorsqu’ils me crient « qui êtes-vous ? » ; ils veulent tous savoir ce que je fais là. Peu leur importe qui je suis au fond, ils veulent savoir ce que je ne sais moi-même. Je sais qui je suis, bien entendu. Mais je ne sais pas qui je suis POUR EUX.

Un baiser et sa suite

Pour la première fois depuis que je te connais j'ai vraiment rêvé de toi. Mais tout avait l'air si réel cependant. Ton appartement, les carreaux blancs et noirs, les tasses rayées, et même quelques figures amies que j'avais reconnues. Nous discutions comme dans cette publicité pour une eau italienne, nous avions l'air heureux. Au moment de partir, tu étais assis sur le canapé et tu m'as presque barré le passage, je ne sais pas ce qui m'a pris, j'y ai vu un signe d'avance et je me suis penchée pour te faire la bise, mais au dernier moment, j'ai posé mes lèvres sur les tiennes. C'était comme dans un film sauf que là j'étais à l'intérieur de l'image, je brûlais et en même temps j'étais glacée. Quelqu'un aurait pu nous voir, des bruits venaient du couloir, j'ai promis que je reviendrai plus tard. J'ai promis et je savais que j'avais très envie de le faire. J'ai croisé tes doigts et me suis réveillée. Si j'avais su à ce moment là que c'était un rêve, crois-moi je ne t'aurais pas quitté.
John Wilde


21 août 2011

Notebook

J'ai écris autant que possible tu vois, le carnet sur le ventre et le bic dans la bouche. J'ai résumé les jours comme des courbes. Soient les inconnues, les paramètres, les constantes, tracer la fonction. C'est toujours une surprise devant la ligne asymptote. J'ai calculé autant que possible toutes les solutions et n'en ai pas trouvé. Manquait certainement une donnée. Reçue trop tard. J'ai lu aussi longtemps que possible tu sais. Les yeux ont fini par me brûler et je ne m'en souciais pas. Tout me brûlait à m'en mordre l'intérieur de la bouche. La matrice alignait ses portes commutatives. J'étais au piège comme un papillon dans la lumière. Combien de temps. Tracer la droite du temps. Je me battais les ailes comme un ange déchu. Faire le produit scalaire et dessiner l'anneau. Fusion. Rendre la copie et écraser le talon.

14 août 2011

Comme une ombre

Tu marchais sans allure particulière, découpant au front du jour les mèches de tes futures connivences, il te fallait cela, sans quoi tu ne serais allé nulle part. Tu passais sans arrêt devant les fenêtres à demi closes, comme des regards absents, ou indifférents. Tu savais. Tu savais ce qui brouillait le coeur, qui le faisait sauter comme une bombe retardée, tu savais ce qu'il convient de dire, et parfois tu lâchais un indice pour aussitôt le regretter. Trop tard, quelque chose prenait l'air et allait se perdre aussi sûrement que si tu avais parlé dans le vide. Peut-être pas. Alors, tu poursuivais ton chemin car personne se s'y trouvait. Et tu finissais par croire que tu aurais certainement préféré l'égratignure à cette coupure qui suitait derrière toi, comme une ombre qui te balaye le dos.

11 août 2011

Fermé au public

Alors, ce n'est pas possible, on se dit, ce n'est pas possible. J'ai rêvé et puis tout me revient comme une bouteille jetée au vent, elle dégrigole, elle dévale la pente, et puis, on se dit, ce n'est pas possible, j'ai oublié de déposer la feuille dedans. Alors, on va vider d'autres bouteilles. On se remplit un peu de soi, de l'autre, de ce qui passe, on ne sait pas, on ferme les yeux parce qu'on a envie de sourire mais on ne veut pas voir celui qui regarde. On se fiche de ce qu'il pense au fond mais on ne veut pas le voir, ni le savoir. On déroule en silence quelques feuilles de musique. On attend près du pont, dans le jardin, le pont est rouge comme sur l'île Versailles à Nantes, rouge comme les chaussures que je traîne. On attend une promesse envolée il y a longtemps, c'est absurde n'est-ce pas ? On ne l'avait pas vraiment comprise cette promesse, elle semblait restée suspendue et on l'avait machinalement balayée des yeux sans y croire, sans même la relever. C'est plus tard, bien des années après, tandis que l'on est en train de parler d'autre chose, une idée germe, et puis elle pousse, et bientôt elle surgit sans que l'on puisse s'en défaire. Alors, on rigole bien mais au fond on a peur. Oui, et s'il avait dit vrai ? mais pourquoi n'ai-je pas compris ce qui se passait ? J'ai fait la folle, comme souvent, je ne voulais pas savoir, je ne voulais pas comprendre. Je voulais faire semblant que tout cela n'était pas pour moi. Mais l'idée ne se laisse pas abattre tandis qu'on l'est de plus en plus. Abattu. On s'embarque, on se fait un dernier signe et puis on dérive. On se moque de savoir si on monte ou si on descend, on veut bouger. On ne veut plus monter dans un train qui a un nom au bord du quai, ce n'est jamais le bon qui arrive. On veut des bateaux ivres, si possible, qui laissent des lignes derrière eux mais que personne ne remonte. On veut que le temps coule sans histoire, sans faire de vague, on compose un sillage, on dévore les sables et parfois, on voudrait se rouler dedans. On voudrait recommencer à rouler le message dans la bouteille mais le jardin est fermé au public.

09 août 2011

En boucle

J'ai pas trouvé cela super beau tu vois, mais pour toi, pour toi, j'ai fermé les yeux. Et quand j'ai regardé à nouveau, il n'y avait plus rien. J'ai pas trouvé cela super intéressant tu vois, mais pour toi, pour toi, je me suis mise sur la pointe des pieds. Et quand je me suis assise de nouveau, il n'y avait plus rien. J'ai pas trouvé cela très bon tu vois, mais pour toi, pour toi, j'ai tout mangé. Et quand j'ai eu tout terminé, j'ai payé. J'ai pas trouvé cela très long tu vois, mais pour toi, pour toi, j'ai voulu que cela dure éternellement. Et quand notre baiser s'est achevé, tout a recommencé.
Stuart Lee

04 août 2011

Polarisation des habitudes

Sowa
Alors on danse nos pieds instables, jamais au courant du chemin à suivre, le guide est fou, ou malhonnête, déguisé sous un manteau très chic mais qui ne tient pas chaud. J'ai posé Rimbaud sur la table et j'ai attendu qu'il me demande pourquoi. Un ange à ma table. C'est que j'ai vu. Un ange qui ne voit plus, qui écoute le coeur battre, le coeur ruisseler comme un métronome irrégulier. Fracture des habitudes. J’ai fait un deuil de ton amour et revenir dans ta vie ne ferait que morceler un peu plus l’image que j’ai de toi en mille éclats. Des bouts de miroir éclatés se rassemblent sur le reflet de ton absence. J'ai appris à me passer de toi comme on capture les petites douleurs, on les domine, on les sépare pour mieux les digérer, on les transforme en silence tandis qu'elles transpercent l'âme furtive en souriant. Je me tiens désormais à cet endroit qui supprime les trous, au terrier des souvenirs.

01 août 2011

Au wagon des adieux

Ce pourrait être toi dans la nuit qui m'amuse, qui se frotte la peau le long de ma fenêtre, et qui pour me dire des choses fait semblant de paraître un peu absent ou distrait ou simplement lent.
Ce pourrait être toi que j'ai dans la mémoire comme un oiseau tremblant qui perce les orages, ma seule étoile n'est pas tellement morte ce soir et je n'ai pas le coeur à compter les étoiles.
Ce pourrait être toi dans un lointain plaisir, qui remonte la rue pavée des amoureux, sans savoir que nos mains un jour se feront signe dans une dernière parade au wagon des adieux.

photo M.Raj