31 décembre 2011

6-Le fantôme de la bibliothèque - En mon heure impatiente

La table est dressée dans le jardin d’hiver et je mesure ma joie impatiente. Mon petit domaine réservé est le vaste théâtre de cet univers qui est devenu le mien, et parfois je me demande s’il va prendre fin. Ce qui m’effraye fond comme neige dans la cheminée au contact de ton esprit. Tes mots me sauvent, je peux le dire, et je ne sais jamais par lesquels commencer. Parfois les fins me laissent un goût orphelin, parfois les pages glissent les unes sur les autres et s’envolent, parfois je me sens repu et incapable d’en faire plus. Au dernier mot je relève ma tête que j’imagine lourde comme un arbre gelé.

Les heures s’égrènent dans la grande salle de bois où les mots s’enchaînent prisonniers l’un de l’autre mais satisfaits. Les ratures disparues ne restent que les lignes appliquées et ponctuées, suspendues comme des points dans ma mémoire. C’est l’heure de l’imprévisible, les mots me rejoignent enfin comme attirés de loin, virevoltant autour de moi comme des insectes désorientés. Juste une seconde, pour le sommeil gardien. C’est l’heure du thé, de l’infusion brûlante de chrysanthèmes blancs germée d’un refrain d’enfant, dans un autre monde, il y a longtemps. Et tu étais déjà là.

Eric Beddows

LA LIBERTE EST-ELLE IMPOLIE ?



La liberté est-elle impolie ? Je (me) pose cette question mais je sais quelle est ma réponse. Je fais mes propres dialogues tout en ruminant dans ma peau. Je ne suis pas vache en affirmant que la liberté, semble bien être impolie. Forcément.


Tant d'exemples quotidiens.


Libre de ne pas répondre au bonjour donné. Libre de laisser tomber quelqu'un qu'on estime - par paresse plus que par choix délibéré (ce qui est pire). Libre de faire des coups en douce qui peinent. Libre de ne pas écrire. Libre de ne pas répondre. Libre de ne pas savoir. Libre de se moquer. Libre de faire semblant. Libre de croire qu'on est le plus beau. Libre de se sentir vachement intelligent. Libre d'envahir un espace déjà occupé. Libre de passer devant tout le monde. Libre de ne pas attendre son tour. Libre d'être égoïste. Libre de faire ce qui plaît. Libre de croire qu'on est seul au monde - et pourtant, ils sont nombreux à le penser !


Je suis enchaînée au désir de la politesse.

L'IDEE D'UNE ANNEE NEUVE

L'idée d'une année neuve et l'envie me prend de m'installer ici, dans un espace vierge comme un cahier d'écolier à la rentrée des classes, avec la promesse de bien faire, de mieux faire, de faire mieux. Je ne sais pas exactement pourquoi je continue d'écrire sur internet, une activité qui paraît aux yeux de certains aussi inutile qu'incompréhensible. Ce n'est bien entendu pas mon avis. Et mon avis compte autant que le reste, dussé-je renoncer à d'autres petites choses pour me permettre de maltraiter ici ma vue et mes doigts, sans parler de mon dos (que j'oublie parfois). Je m'installe ici dans une vieille maison que j'utilisais jusqu'à présent pour bricoler, tenter des essais de programmation en évitant de tester sur mon site "en ligne". J'aime bien l'idée de faire du neuf avec du vieux. Sans être une écolo forcenée, l'idée de recycler le virtuel me convient tout à fait !

28 décembre 2011

Quelques nouvelles

Je continue de recevoir quelques nouvelles auxquelles j'ai peine à répondre, non pas que je ne puisse pas le faire mais je ne sais pas quoi dire de plus ; je suis donc excusé d'avance même si tu n'es pas tout à fait d'accord, je m'arrange avec les exigences. Tu vois, avec le temps, je deviens de moins en moins prudent, j'offre le flan à la morsure, aux coups de bleu, alors que tout, ou presque, ne peut que me faire du mal. Je dois rester à l’abri, ne plus rien dire, ne plus rien montrer, ne plus rien demander.

Mais voilà, le cœur est fou, fou comme un oiseau qui n’arrête pas de se battre, de se débattre, de vouloir grimper au ciel. Et je me retrouve en apesanteur, au bord du précipice, avec le sentiment d’avoir fait une bêtise, de n’avoir rien écouté, d’être complice de mauvais fantômes, de ceux qu’il faut craindre, de ceux qui ne craignent plus rien et qui rient de nous voir si laids, si pitoyables. Je continue de recevoir quelques nouvelles auxquelles je ne peux pas répondre que je ne suis plus.
Kenichi Hoshine

24 décembre 2011

5-Le fantôme de la bibliothèque - Le voyage de l’esprit

Voilà deux fois que je consulte l’heure sans me souvenir de l’indication que les aiguilles donnent. Une vague notion de mouvement de ma tête en direction de l’horloge me prouve que j’ai regardé dans cette direction pourtant mon cerveau n’a pas réussi à interpréter le sens. Je ne sais donc depuis combien de temps je suis ici, il me semble que l’ombre blanche de la lune dépose une rayure différente sur le tapis. Je me sens au ralenti, je laisse quelque chose tourner en moi comme un oiseau intérieur qui cherche son nid. Les oiseaux sont certainement mes plus grands amis et jamais je songe à leur courir après, plutôt les observer de loin comme des pinceaux tremblant au tableau du ciel. Par deux fois j’ai regardé l’horloge et n’ai rien compris à ce que je voyais, peut-être que ma rétine est chiffonnée comme un morceau usé, que mon esprit n’est plus capable de repasser dans l’ordre les signes et les comprendre. J’ai peur. Peur de ne plus pouvoir lire. Il me semble que j’en mourrais car qui imagine faire la lecture à un chat ? Peut-être dois-je aller me promener dans le silence réfléchir aux conséquences. Les allées du jardin dessinent des nuances et des trajectoires secrètes que les femmes tracent du bout de leur soulier et que les hommes ont depuis longtemps renoncés à suivre. Elles parlent des rêves qu’elles peuvent faire et des voyages à envisager. Je veux suivre leur itinéraire, invisible mais conscient. Je deviens ce héros sacrifié dans le labyrinthe à la recherche d’un Minotaure trop puissant à combattre, je dois venir à bout d’un ennemi qui ignore tout de ma présence mais néanmoins bien décidé à ne pas me laisser faire. Les chats aiment jouer à se faire peur, ne le saviez-vous pas ?

Fred Griggs

21 décembre 2011

Influence

Que dirais-tu si tu savais que je corne mes livres en pensant à toi ? Que chaque page qui me parle de toi a tendance à se recroqueviller comme pour cacher un secret, que l’espace qui nous divise n’a pas d’autre raison que de nous permettre à toi comme à moi de nous relier dans la conscience de cette absence ressentie et jamais remise en question. Les autres regardent les rues de ville et comprennent que leur amour a disparu, parfois, ils ont de la peine à se souvenir mais se rassurent en expliquant que d’autres ont pris leur place. Leur regard a l’aspect d’un voile. Alors que ce que je sais de toi est net comme une pointe d’aiguille. Un centre où ma vie s’enroule, semblable au nautile au fond de la mer complètement obscure, petite épave satisfaite du fond des âges et immobile comme un trésor coulé. Que dirais-tu si toutes les pages cornées distribuaient une sorte de motif que l’on ne peut distinguer que vu de loin ? Tu ne serais peut-être plus aussi sombre.

17 décembre 2011

4-Le fantôme de la bibliothèque - La pièce à raconter

J'ai pris cette habitude de me rendre aussi souvent que possible dans la pièce à raconter. Je ne me souviens pas des circonstances exactes qui m'ont rendu presque associé à cet endroit, mais le fait est que cet instant m'est beaucoup moins important que l'endroit lui même : j'y deviens mille personnages, j'embrasse des amours imprévues, je pleure, je tue, je tricote, je peux aller me faire cuire un oeuf, je suis dans le ventre ou sur le dos. Je me dirige toujours le plus lentement possible vers cet endroit de peur de me perdre en chemin et par crainte de ne pas être en mesure de reconnaître tous les signes. La lenteur me permet de respirer profondément, comme si je m'apprêtais à descendre en apnée le long d'une chaîne jusqu'à l'ancre, tel un poisson curieux cherchant sa pitance, un explorateur allant à la rencontre d'un trésor immergé. Le temps d'arriver ne paraît jamais trop court. J'ai le loisir de faire le vide, de me préparer à l'immersion. Je voudrais pouvoir me voir, peut-être souriant (est-ce encore possible ?), peut-être préoccupé, allongeant vers la fin le pas (feutré), comme une petite bête tourmentée qui finit par se sauver vers son coussin.
Eric Beddows

10 décembre 2011

3-Le fantôme de la bibliothèque - La grâce dans l’effort

Il y a cette femme - il y en a toujours une dans l’ombre. Une femme qui traîne sa petite robe dans la grande maison, que j’observe et à qui je parle souvent même si elle ne peut m’entendre. Il me semble avoir des choses merveilleuses à dire, des mots qui tournent comme un nuage au fond du ciel et qui se diluent dans un océan de mystère.
Souvent je te regarde penchée sur ton ouvrage, la nuque fléchie comme une branche courbée par le poids des vents. Ta discipline m’émerveille chaque jour, quand tu affrontes sans mot dire l’épreuve des mots résistants. La beauté de tes courbes fait trembler mon inconscient rassuré par ta silhouette. Tu fermes parfois les yeux dans un soupir à peine audible que je surprends avec tendresse, et je reste immobile pour ne pas te distraire. Ta main lisse les tensions physiques de ta peau douloureuse, semblable à une colombe frôlant l’arbre de ses ailes fatiguées. Tu te lèves avec élégance traversant de tes pas aériens l’espace de notre vie commune. Tu restes invisible alors et je t’imagine allongée quelques heures, échappant au fardeau des idées bousculées, te livrant aux forces des rêves ou des cauchemars qui nourrissent ta mémoire. Sans compter les secondes, tu relèves le défi d’écrire avec passion ce qu’il faut d’essentiel pour honorer ta promesse et atteindre ton objectif. Les blessures de ton cœur n’ont aucune importance, les cicatrices qu’elles y ont laissées ont fini par devenir supportables et ne sont plus qu’une ligne grise sur l’horizon de ton souvenir. Comme je suis sous le charme devant tant d’abnégation, surmontant les difficultés depuis tant d’années. Depuis que tu as décidé de raconter celles qui t’ont meurtrie et que tu t’obliges à revivre, désespérément. Tu es la grâce dans l’effort de l’écriture jaillissant noire comme une blessure qui finira par sécher. Tu fermes alors ton cahier et tu viens me caresser. Je ronronne.
Depuis quelques jours, je cherche sa petite robe et je l'ai trouvée séchant au soleil comme un ballon. Je parcours chaque pièce sans l'entendre, ni la voir, c'est comme si les miroirs avaient décidé de cacher la lumière, comme si la grande maison avait sombré du côté de l'Atlantide, je me sens inexorablement naufragé dans cette aventure.
Eric Beddows

08 décembre 2011

"Si j'étais"

Sous aucun prétexte cette fois, je me suis amusée à récupérer chez Kenza un "si j'étais" qui circule, histoire de se questionner un peu sur mon état d'âme actuel.
  1. une épice
  2. la coriandre
  3. un aromate
  4. la noix de muscade
  5. un végétal
  6. la menthe
  7. un minéral
  8. le sel
  9. une couleur
  10. rouge
  11. un film d'animation
  12. les aristochats
  13. un jeu de société
  14. le Pictionnary
  15. une station de métro
  16. Notre-Dame-de-Lorette (Paris)
  17. une maladie
  18. le mal de dos
  19. un meuble
  20. un fauteuil Chesterfield
C'est pas tout cela mais je dois bosser un peu moi...

06 décembre 2011

"Si j'étais" pour Kenza

Kenza, la rédactrice du Thé au jasmin m'invite à lever le voile sur un portrait de moi au travers du thème de la peinture. Comme j'aime beaucoup de thèmes et styles différents, j'en ai choisi un (pas facile cependant).

Si j'étais
  1. Une époque
  2. le XIXème
  3. un mouvement pictural
  4. préraphaélisme
  5. un musée
  6. le Victoria and Albert Museum
  7. un peintre
  8. Waterhouse
  9. une égérie
  10. The Lady of Shallot
  11. un tableau
  12. "The Crystal Ball"
  13. un sujet
  14. un mythe (ou un mystère)
  15. un support
  16. la toile
  17. une matière
  18. la soie
  19. une couleur
  20. le rouge
John William Waterhouse
The Crystal Ball (1902)

Ayant déjà eu l'occcasion de participer à de nombreux "autoportraits", j'ai moi aussi proposé à d'autres "lecteurs" de poursuivre le jeu mais ils n'ont jamais répondu ; alors cette fois, je ne cite personne.

Retour aux sources

Je ne suis pas partie si loin, juste au niveau du souvenir. Il y a comme une bouée en flottaison sur une surface un peu tiède qui tend sa pointe comme une aiguille : c’est l’heure ou le nord, je ne sais pas lequel des deux me fait signe, je m’avance un peu. Je n’ai pas de peine, juste envie de faire un petit tour, de mesurer à quel point l’espace peut rétrécir ; mon château est une maison de poupée habitée par de minuscules araignées, mon champ de batailles est un tout petit jardin parsemé d’herbes folles ou mortes. Anamorphose de la distance par la durée. Je vivais ici autrefois un monde énigmatique que je pourrais étendre si j’en prenais le temps (et si je le voulais vraiment). J’ai été triste et joyeuse comme une enfant qui se fait peur et trouve malgré tout de quoi se rassurer. J'aime me plonger dans ces souvenirs-là. Ma mémoire est un pinceau qui veut noircir le blanc du silence. Je porte en moi des notes accrochées comme une clef à un trousseau qui tintinnabule. Beaucoup de choses m’interpellent, peu doivent me retenir. Je dois alléger mon trait comme le ferait un peintre chinois, Yvoux incarne l'essence de mon enfance.

Le labyrinthe à venir

C'est ici qu'il faut descendre. Il n'y a pas de station plus lointaine, par ailleurs, nous sommes épuisés par le voyage, tellement fatigués que nous aurions pu le commencer en un jour qui n'est pas de ce siècle. Il en est certainement ainsi. Nous le devinons sans avoir marqué ni le jour, ni l'heure du départ, sans même avoir besoin de connaître l'endroit où nous allions. Notre esprit est comme balayé, un fétu de paille qui s'effiloche de pierre en pierre, de pointe en pointe, de prières en abandons. Il désire échapper à la griffe et à l'entaille. Nous ne pouvons dormir, pourtant la crainte du sommeil s'est envolée comme l'oiseau migrateur détale à l'approche des saisons froides. Nous ne pouvons pas dormir mais tu ne peux pas me suivre. Dans ce passage où je m'engage, je ne t'emmène pas. D'autres rives doivent te faire naviguer. La boucle de l'univers doit défaire les liens qui te maintiennent. Tu dois avancer dans le labyrinthe à venir. Arracher les mauvaises herbes d'un jardin que personne ne foule mais où poussent les fleurs du chaos. Mon sommeil est blanc comme la neige, froid comme l'absence, douloureux comme un deuil épuisant, mais tu dois inventer ta solitude.
Odd Nerdrum

03 décembre 2011

2-Le fantôme de la bibliothèque - Une vie sans histoire

Je repense à cet écrivain qui disait qu’une vie sans histoire est impossible. Il expliquait que très tôt, le besoin d’écrire lui était apparu comme une évidence aussi sincère que le besoin de boire ou de manger. Je repense à lui car il estimait que le livre était le seul endroit où deux étrangers se rencontrent d’une manière intime et absolue ; comment ne pas être d’accord à présent que je dévore les vies d’inconnus tout en étant rarement rassasié.

Parfois je me demande qu’elle aurait pu être ma vie si j’avais vécu assis devant un bureau, certainement encombré mais riche de mille souvenirs qui agiraient sur moi comme autant d’influences, et qui m’auraient guidé dans le choix des mots. Parfois, vaguement allongé, je regarde distraitement par la fenêtre sans vraiment voir autre chose qu’un intérêt distrait sur ma propre existence, un flottement poussiéreux. Je devine que celui qui m’observe croit que je m’endors.

Je ne veux pas dormir mais je fais semblant. J’ai appris que lorsque je prends cette pose d’abandon, le flanc de profil, celui qui est là désire se rapprocher, me toucher, tâter sur ma fourrure une chaleur rassurante. Ce contact espéré me fait toujours l’effet d’un voyage que je ne souhaite pas achever. Je me souviens alors des efforts rassurants de l’Autre qui toujours partageait mes moments les plus doux. Je pourrais presque me souvenir de tout mais je crois que seules les belles impressions demeurent, pour éviter de me rendre trop triste.

Parfois, je me laisse flatter quelques instants et je saute par la fenêtre ; avantage de ceux qui ont un caractère changeant : personne ne m’en veut. Je vais me perdre un peu sous d’autres feuilles, frôler de mes moustaches des herbes plus hautes que moi, imaginant que je suis un cosaque, un compagnon d’Ulysse ou un hibou, éperdu d’une liberté que je découvre au fur et mesure et que je ne peux pas vraiment raconter sous peine d’en perdre un peu en cours de route. Car les mots pèsent sur la capacité des sentiments.

Je me raconte des histoires et si elles ne tiennent pas vraiment debout elles me consolident. Je triture les rouages de mon propre mécanisme de sauvegarde jusqu’à les arrimer à mon squelette, qu’ils me soulagent comme une attelle arrive à dissoudre la douleur d’un os cassé. Une vie sans histoire ne serait pas vraiment une vie rêvée. Tout le monde a besoin de poser le pied sur une route, un pont, une embarcation. Et moi, plus que jamais, désire poser ma patte dans les allées tracées par ceux qui viennent à ma rencontre.

Certaines choses ne peuvent être faites que parce que l’on en prend conscience, d’autres par habitude ou pire, inconscience. Je ne veux pas être à la traîne mais plutôt plonger dans un univers inconnu, frémir de tout mon poil et braver ma peur, grimper aux arbres et observer la lune. J'ai besoin d'évasion pour retrouver mon chemin, mon véritable foyer. C'est alors que je comprends ce que je cherche et que je parviens à aimer ce que je trouve. Il n'est pas plus heureux qu'un être qui devine ce qu'il a perdu et qui se contente de ce qui lui reste.

Theophile-Alexandre Steinlen

01 décembre 2011

Garçombre


Tu ne sais pas tout ce que tu penses savoir. J'ai soigneusement dissimulé l'essentiel derrière mes paupières, ne reste que le battement asynchrone de mon coeur pour prouver que j'ai peur mais tu ne l'entends pas de cette oreille. Cela me convient. J'ai parfois hésité à te dire ce qui me remue les sangs, ce qui fourmille et m'agace, mais au bout du compte, rien ne me semble assez important pour que tu partages avec moi cet épuisement qui est le mien. Je te regarde, de loin je contemple un point fixe émouvant. Ce que je vois me comble et je me murmure à moi-même ces mots que je te refuse, parce qu'ils n'ont pas d'avenir et qu'ils te tordraient un peu plus. Je porte pour nous cette déviation du temps. Vois-tu que je suis percluse comme un os kystique, bossue comme une sorcière, vois-tu que je remue de vagues panacées dans le chaudron de mes pensées. Vibration preque inutile d'une naine rouge. Toi, tu voles comme un ange adoré. Parfois, tu te retournes et tu m'envoies un baiser qui m'emporte à mon tour ; je me suis toujours laissée faire. Sans cela, sans toi, jamais je n'aurais pu supporter ce que j'ai vu, écouté ce que j'ai surpris sans broncher. Sur mon lit je te demande ta main sur mes yeux, tes lèvres sur mon front. Que tu pèses encore de ton poids sur moi comme au premier jour de ta naissance.
Je t'attends sur notre étoile.