31 décembre 2011

6-Le fantôme de la bibliothèque - En mon heure impatiente

La table est dressée dans le jardin d’hiver et je mesure ma joie impatiente. Mon petit domaine réservé est le vaste théâtre de cet univers qui est devenu le mien, et parfois je me demande s’il va prendre fin. Ce qui m’effraye fond comme neige dans la cheminée au contact de ton esprit. Tes mots me sauvent, je peux le dire, et je ne sais jamais par lesquels commencer. Parfois les fins me laissent un goût orphelin, parfois les pages glissent les unes sur les autres et s’envolent, parfois je me sens repu et incapable d’en faire plus. Au dernier mot je relève ma tête que j’imagine lourde comme un arbre gelé.

Les heures s’égrènent dans la grande salle de bois où les mots s’enchaînent prisonniers l’un de l’autre mais satisfaits. Les ratures disparues ne restent que les lignes appliquées et ponctuées, suspendues comme des points dans ma mémoire. C’est l’heure de l’imprévisible, les mots me rejoignent enfin comme attirés de loin, virevoltant autour de moi comme des insectes désorientés. Juste une seconde, pour le sommeil gardien. C’est l’heure du thé, de l’infusion brûlante de chrysanthèmes blancs germée d’un refrain d’enfant, dans un autre monde, il y a longtemps. Et tu étais déjà là.

Eric Beddows