07 janvier 2012

DERIVE

© C.Magnaval
Tu dois comprendre, certaines rencontres sont comme des blocs ou des petits cailloux dans la rivière qui représente ta vie. Chaque pierre rencontrée, contournée ou surmontée produit un remous, aussi infime soit-il, et en aval, tu n’es plus équivalent. Inutile de croire que tu peux remonter quoi que ce soit. Tu es, depuis toujours, en train de dévaler la pente, c’est enivrant, souvent jouissif. Ces cailloux, nul ne sait comment ils arrivent, comment ils ont roulé jusqu’à toi ou qui les a lancés, mais tu ne peux les absorber, à peine les user. Tout dépend de la force avec laquelle tu as l’habitude de passer sur les choses. Tandis que je me coule dans ma rêverie, que le flux de mes visions accélère ma conscience, je pense à ces petits cailloux qui ont construit, guidé ou dévié mon lit. Je pense à ceux qui me sont tombés dessus, à ceux que je n’ai pu éviter et dont les turbulences m’ont battu le flan. A ceux qui se sont élancés, à ceux que j’ai accueilli, à ceux que j’ai laissé tomber, à ceux qui étaient déjà là et qui ont facilité ma progression. Je pense à tout cela tandis que je dérive vers le havre.