20 avril 2012

SHOWTIME

Je faisais semblant d'aller dormir, je m'habillais en cachette sous les draps, j'attendais le craquement du sommeil des autres et je prenais la clef des champs. Je longeais le périphérique de mon enfance sur la fréquence du logical song. J'avais 15 ans et déjà plus envie de rien. Je ne savais pas me servir des cordes alors je tendais des fils un peu en travers de la gorge, je ne savais pas parler mais j'avais des choses à dire. J'écrivais. Les enfants tu vois ne craignent pas les feuilles blanches, elles sont l'ombrelle de leur nuit. J'avançais le long d'un mur qui tournait parfois en rond. Les enfants tracent souvent un chemin qui existe au fond de leur mémoire mais que personne ne peut recopier.  Les enfants se déguisent avec des foulards en guise de cape, des bâtons en guise d'épée et rien dans leur attitude ne permet d'imaginer qu'ils ne tueront personne avec leur imagination. Car les enfants savent que la mort est le véritable exil, ils ne pensent pas que cela les concerne dans l'immédiat même si l'inconnu est toujours tentant.
© Fred Herzog
Plus tard, beaucoup plus tard, je n'avais plus eu besoin de faire semblant d'aller dormir. Personne ne me surveillait plus. Personne ne me demandait quand je reviendrais. Je n'avais plus rien à faire qu'attendre que le rideau se baisse.