23 août 2012

A CONDITION QUE TU M'EN DONNES

© Kiersten Essenpreis
Fais moi plaisir. Voilà plusieurs mois que je revis les moments de nos rencontres, brèves mais toujours intenses. Les mondes qui m’entourent sont d’une maigreur effrayante et tournent comme une obsession autour de mon univers désaxé, me donnent le vertige des jours évanouis. Je ne veux plus m’émouvoir, ne ne veux plus m'en vouloir d'une telle dépendance. Je ne veux plus de ce voile qui m’accable.

J’ai joué le jeu de l’élégance, j’ai versé pour toi une brassée de mots restés lettres mortes, j'ai justifié tes signes de faiblesse. Tu ne me rappelais pas. Tu ne me répondais pas. J’ai frôlé l’ombre d’une intuition. J'ai ardemment désiré ne pas en tenir compte. Je te donnais toutes les excuses, sous contrôle de la mélancolie brute et épuisante. C’est ainsi que j’ai vécu.

Le cœur battant, remuant des zones d’espoirs comme un vaisseau creuse un sillage chaotique à la recherche d'un trésor oublié. Réveille-toi, ces histoires là ne sont pas pour nous. Nos spectres agitent des panneaux illisibles et gris dans les silences que tu installes. Tout cela mérite une sépulture. Je ne veux pas troquer la sève qui me transporte pour ta poisseuse envie de contemplation, je ne suis pas de ce bois là.

Je veux couper la corde qui me retient à tes rêves, découdre le linceul qui m’enferme chaque jour et qui dévore mes os. Un oeil se ferme et tout se désassemble. Un cil remue. Un fil ténu pourrait raccommoder mon coeur et enrouler le monde vers toi comme une vague. Je ne t'efface pas complètement. Un jour peut-être, je t’enverrai de mes nouvelles à condition que tu m'en donnes.

texte de juin 2007, amélioré et toujours d'actualité