06 octobre 2012

RAPA NUI(T)

Dans une pièce inquiétante. Au mur, quatre appliques en forme de Moaï rangées par taille croissante et mesurant entre 10 et 30 centimètres. J'ai mal à la tête. J'avale un cachet et j'entends un bruit dans mon ventre, le même bruit que faisait la perle que je mettais dans la bouche de ma poupée lorqu'elle tombait dans son corps de plastique. Intriguée je m'ausculte : ma peau est ferme et lisse mais dessous il n'y a rien, ni os ni muscle ni organe, je suis complètement vide. Le temps que dure ma découverte, une tête Moaï a disparu sur le mur, à sa place un espace. Je panique tout en sachant que maintenant que je suis transformée en une sorte de mannequin, je ne risque rien. Je continue pourtant de penser, je réfléchis, je me pose des questions. Puis soudain je remarque qu'une tête de "Vierge Marie" a remplacé la tête Moaï. Un visage qui n'a rien de serein avec des yeux perçants. Soudain la tête de Marie bouge, franchement tournée de travers comme dans le film l'Exorciste (un film que m'a sacrément fichu la trouille j'avoue). Je sens sur ma peau fleurir des frissons visqueux. Je veux crier "elle a tourné la tête, elle a tourné la tête" mais aucun son ne sort de ma bouche. Je n'ai pas de langue, rien pour faire écho à ce que je pense. Je continue de hurler en moi-même "elle a tourné la tête, elle a tourné la tête" mais ce que j'entends ressemble surtout à "é a touné a tète, é a touné a tète", que je répète inlassablement. J'ai peur, je ressens cette peur sur moi comme un manteau. Pesante. Personne ne vient à mon secours. Soudain, mon mari me touche l'épaule en grognant : arrête de faire ton cauchemar. J'avais rêvé à haute voix et crié dans la nuit "é a touné a tète". Je ne me suis pas rendormie mais cette histoire a fort amusé mes enfants quand on s'est raconté nos rêves le lendemain matin.