28 janvier 2012

NEVER LET ME DOWN AGAIN

© Eric Drooker




Mes amis sont en ligne
la liste vertigineuse de leur statut
me fait tomber des nues
ils ne peuvent rien dire d'autre
qu'ils aiment
ils publient à se coller la rétine
sur des écrans plasma
ils n'ont guère le temps de lire
autre chose que des commentaires
ils font des pages et moi je tourne
le dos aux rumeurs silencieuses
moi j'attends que la fenêtre s'ouvre
que l'on me marque, me remarque
j'attends de voir si tu
ne me laisse plus jamais tomber

25 janvier 2012

FANTAISIES





Aime-moi encore Aurore
Baises-moi les doigts Benoît
Casse-moi les pieds Chloé
Donne-moi la main Damien
Entre par ici Elsie
Fais-moi du bien Fabien
Glisse-toi par là Gina
Hisse le drapeau Hugo



Lèche-moi les cils Lucile
Mords-moi l'oreille Mireille
Pince-moi le sein Poussin
Remue ton nez Roger
Serre-moi la main Sylvain
Tire-moi du lit Tony
Verse-moi un verre Valère
...

24 janvier 2012

TOI QUE J'AIME A TRAVERS VOUS

Qui es-tu dans la réalité ? Ton visage pâle fait figure de lueur qui attire l'insecte, le rat, la fouine. Tu n'es pas autre chose que l'indicateur changeant d'un monde qui reste immobile. Par dessus les toits.
Nous pouvons nous héberger et nous dire que nous ne payons pas de loyer l'un à l'autre, ni aucune autre forme de souvenirs. Nous sommes d'accord pour vivre nus, ayant seulement besoin de choses qui restent à inventer. Notre corps ruisselant s'assèche dans un souffle tandis que les fenêtres grandes icônes se referment dans un clic. La douleur s'éloigne dans un grand soupir. Nous n’avons aucun rêve impossible. Nous devenons notre propre enfant, admiratif et abusé par les signaux de lumières qu'il entrevoit comme des pistes clignotantes. Nous préparons le terrain. Par dessus toi, je vois la promesse que tu caches. Mon rire est la dune de tes rêves. Tu t'y enlises. Mon rire est ton désert. Je peux attendre des lunes ici ou ailleurs sans jamais m'ennuyer, ni ressentir le besoin de parler, car c'est toi que j'aime à travers vous.

20 janvier 2012

JETER LES MOTS

© Mstislav Pavlov

Je me demande pourquoi je ressens le besoin de jeter les mots dans mon journal car j'ai peur qu'ils ne soient pas compris comme je l'entends, ou qu'ils soient déchiffrés comme je ne le voudrais pas. Je suppose que c'est ainsi que les mots se comportent : une fois délivrés, ils s'échappent. C’est un risque à prendre. Faut-il préciser si telle histoire est réelle, alors qu’au fond, je n’ai pas envie de le dire ? Pour moi chaque histoire est réelle, en revanche, je ne suis pas l'objet de cette histoire même si j'utilise la première personne. JE deviens le personnage qui parle, qui me dicte, qui me presse le coeur de tout ce que je pense. Une forme de mue. Car il y a un peu de moi dans les mots que je jette et si ce n’est pas dans ce journal irrégulier, ce serait dans un endroit inaccessible. Mais ce qui est réellement motivant, c’est de taper des textes ici. C'est comme si j'étendais de grands draps dans le vent, je peux les entendre claquer, encore et encore, à voix haute, et être satisfaite de la résonnance qu’ils me donnent, je me roule dedans, je les brode, je leur donne du relief et des couleurs. Je les reprise, je les repasse. Je ne les laisse pas enfermés dans un tiroir, même si ce serait plus commode de ne pas avoir à les raccommoder, à remplacer une pièce ou deux, à les raccourcir ou les rallonger. J'ai un réel plaisir - au moins pour un temps – de les avoir sous les yeux à peu près convenables. Et quand je les trouve un peu trop usés, j'ai envie de les ramasser dans le grenier silencieux.

12 janvier 2012

IL ME FAUDRA PLUS D'UN JOUR

© Eric Lacombe

Il me faudra plus d'un jour pour te dire tout ce que je sais de toi. Ton avancée fragile sur le chemin de sable noir. Et moi qui attend la fin de l'éclipse. Il me faudra plus d'un jour pour te dire ce que tu as semé sans y songer et la manière dont j'ai pris racine en toi. Il me faudra plus d'un jour pour avancer vers toi et te regarder, et peut-être que jamais je ne te rejoindrai mais qu'importe, l'idée de ce voyage me bouleverse et me fait tenir debout. Il me faudra plus d'un jour pour te prendre la main, déguiser tes doigts en araignée, tes yeux en chauves-souris et ton sourire en fantôme. Il te faudra peut-être autant de temps pour que nos rêves collés l’un à l’autre comme les ailes d’un papillon se séparent et nous détruisent.

07 janvier 2012

7-Le fantôme de la bibliothèque - La longue plage du temps

Il me semble entendre un petit souffle qui dormait en mon cœur, il me murmure qu'il est l'heure d'avancer dans une autre lumière, qu'il est temps de m'enrouler pour vérifier si mes ailleurs sont aussi enviables que mes rêves intimes et formidables. Je n'ai pas peur, je suppose que c'est là une conviction humaine et déjà je ne suis plus qu'une cicatrice dans le tissu de mon ancienne essence, une ondulation interminable. Les abeilles se taisent, les fruits pourrissent lentement, un bourdonnement me recouvre comme un cocon. Il faisait bon rester un peu dans l’antre des histoires, survivre un peu au temps qui passe et croire que la durée n’existe plus. Je suis prêt à partir et j’attends mon vaisseau sur la longue plage du temps.
Eric Beddows

DERIVE

© C.Magnaval
Tu dois comprendre, certaines rencontres sont comme des blocs ou des petits cailloux dans la rivière qui représente ta vie. Chaque pierre rencontrée, contournée ou surmontée produit un remous, aussi infime soit-il, et en aval, tu n’es plus équivalent. Inutile de croire que tu peux remonter quoi que ce soit. Tu es, depuis toujours, en train de dévaler la pente, c’est enivrant, souvent jouissif. Ces cailloux, nul ne sait comment ils arrivent, comment ils ont roulé jusqu’à toi ou qui les a lancés, mais tu ne peux les absorber, à peine les user. Tout dépend de la force avec laquelle tu as l’habitude de passer sur les choses. Tandis que je me coule dans ma rêverie, que le flux de mes visions accélère ma conscience, je pense à ces petits cailloux qui ont construit, guidé ou dévié mon lit. Je pense à ceux qui me sont tombés dessus, à ceux que je n’ai pu éviter et dont les turbulences m’ont battu le flan. A ceux qui se sont élancés, à ceux que j’ai accueilli, à ceux que j’ai laissé tomber, à ceux qui étaient déjà là et qui ont facilité ma progression. Je pense à tout cela tandis que je dérive vers le havre.


IL FAUDRAIT DECORTIQUER

Il faudrait décortiquer pour être sûr de ne pas s'étouffer, ne pas se sentir pris à la gorge, être certain que ce que l'on voit, ce que l'on entend, ce que l'on respire est bien ce que l'on perçoit, mais comment être sûr ? Il faudrait décortiquer, triturer la texture, défaire la chair, donner des coups tranchants dans le sujet mort ou vif.
© Rodney Smith
Mais alors ce ne serait plus la même chose, il manquerait l'inattendu, le surprenant, l'indélicat. Il faudrait décortiquer, se creuser de l'intérieur, se limer le coeur, et faire le portrait de ce qui reste. Tout cela en une seconde.

01 janvier 2012

TON UNIVERS A LA PAILLE

Shiori Matsumoto




Je voudrais
ton univers à la paille
les lèvres plantées
au jus glacé du ciel
aspirer le velours venin
de ton dos
dormir au fond
de la cave
inondée
de ta bouche
muette.







LE PREMIER GESTE DU MATIN

Le premier geste du matin consiste à me préparer un bon café que j'aime boire en lisant. Je sais qu'il ne faut pas faire plusieurs choses à la fois, cependant il n'y a pas pour moi de meilleur moment de la journée que celui de contempler la petite surface liquide et noire qui tremble et qui ne reflète rien. J'aime le vide de cette sensation où tout est possible, tout est à écrire. J'aime cette odeur grillée et suave. J'aime boire mon café au calme, si possible dehors, à la fraîche, sous ma varangue. Il a plu cette nuit de nouvelle année et la température baissée de quelques degrés est vraiment très agréable. Je ne peux m'empêcher de songer à tous ces instants où j'ai bu un café sans passion, sans émotions particulières, sans m'en rendre compte, par habitude. Des litres et des litres d'un breuvage plus ou moins brûlant et insipide. Je pense que je serai de nouveau un jour dans cette situation, par commodité ou par ennui. C'est d'ailleurs cette pensée qui me fait apprécier d'autant plus ce moment d'exception que je prends chaque matin.