31 mars 2012

PAPILLONNAGE

Excusez-moi mon cher, mais vos récits sont vides. Vides de sens et le sang me monte à la tête, je vois rouge comme si je m'étouffais dans votre mauvaise foi. Vos amitiés soit disant toujours remises à la page ont disparu depuis plusieurs années et vous n'avez rien vu. Comment est-ce possible me direz-vous ? Et bien, c'est que je crois que vous ne pêchez qu'un seul poisson à la fois, parce que votre coeur est aussi sec que le bois mort. Qu'une fois sortis de l'anonymat, vos petits protégés peuvent replonger dans votre inconnu. Peu vous importe. Votre cigare dépose sa cendre et vous changez de fauteuil sans jamais vous y asseoir de nouveau. Comment pourriez-vous savoir que ces camarades avec lesquels vous avez échangé trois paroles ont été jetés du club des bienvenus ? Vous ne demandez jamais de nouvelles de personne. Vous déambulez jetant un oeil distrait sans même voir que je suis vos traces. Excusez-moi mon cher, mais vos paroles sont vaines. J'ai l'impression de bruit, de bruit qui court, qui couvre le silence. Vous ne dites rien. C'est juste car que pourriez-vous dire ? La vérité est plus forte pour une fois. Que savez-vous de ces anciennes relations aimables qui vous ont tapé dans l'oeil ? Une vague impression de jamais vu qui vous allait bien. Mais à quoi bon cette pêche miraculeuse si c'est pour abandonner votre trésor comme une vulgaire  chenille ? Vous n'avez pu voir l'éclosion, l'infinie variation de l'étendue des ailes futures. Vous n'avez rien pu voir de leur envol et c'est pour moi un crêve-coeur. J'aurai tant voulu que vous puissiez voir ce que j'ai vu, comment les morceaux se sont finalement arrangés, comment j'ai pu suivre des traces que jamais je n'aurais pu voir si vous n'aviez pas été là. Vous ne savez rien des hommes sans chapeau ni forme qui découpaient des mots qui s'envolaient et que j'attrapais dans mon filet. J'ai des collections sans signature. Juste des projections à côté des chiffres comme des dates ou des heures. Qui peut le dire ? Ma pensée pour vous sera votre dernière ombre au tableau d'honneur de tous ceux que vous avez épinglé et qui ne vous disent même pas merci.

© Mihai Criste

28 mars 2012

TRAIN DE VIE

La vie est un travail parfois non rémunéré, et le seul défilement autorisé à protester est le train des souvenir.

illustrations sens horaire en partant du haut gauche :
Dorothea Lange, source inconnue, M. Raj et image du film "L'esprit de la ruche"

27 mars 2012

TRAINING

Nous n'aurons pas de coach. Nous déciderons par nous-même quand commencer les exercices et quand nous reposer. Nous commencerons par lister nos objectifs et observerons de manière réaliste ce que nous pourrons obtenir de nos désirs. Il ne faudra pas être trop gourmand. Tu me porteras autant que tu me supporteras. Je te quitterai aussitôt que tu auras jeté la clef qui nous relie. La porte se refermera sur le secret que nous partagerons, et plus jamais, tu entends, plus jamais nous ne recommencerons l'entraînenement.
© Vladimir Kuch

16 mars 2012

BAIGNEE DE VOS LANGUEURS

Ombre est le pays de la mémoire. Je ne veux plus prendre cette route qui ne mène nulle part. Je prends mes cliques et mes claques. Chapeau. Si je reviens parfois comme on observe une tombe, regarder si les fleurs se dévorent entre elles ou se sont sauvées, c'est par pur ennui. Désolation d'un silence qui ne devrait pas peser plus lourd qu'un poids et qui plombe tout. Mon totem est tabou. Brûler vos derniers papiers ou les éparpiller, car les relire me met le coeur en broche. Vous relire me met en boule, je ne veux plus prendre cette route qui ne trace rien. Baignée de vos langueurs, j'observe la profondeur de l'échelle que vous descendez. Je ne veux plus gratter la terre. Ma bouche  pleine ira coudre des mots inédits sur la peau d'un autre qui ne dira rien mais qui m'entendra.
© Desiree Dolron