28 juillet 2012

SOUS LE FEU

C'est aujourd'hui l'anniversaire de C et bien qu'elle ne m'ait jamais réellement donné de ses nouvelles je retourne dans son salon de coiffure que je ne reconnais pas. Elle me dit que mes cheveux ont poussé ce qui est naturel car voici deux ans qu'elle ne m'a pas revue. Ses mains sont douces. Je regarde par la vitrine et quatre jeunes sont devant, deux hommes et deux femmes, l'un d'eux tient une arme à feu, genre pistolet, et tire dans les genoux de ses camarades qui tombent sur les leurs sans bruit mais avec une grimace affreuse. Je me glisse doucement de mon fauteuil jusqu'à disparaître derrière le bac à shampoing que j'espère assez haut pour me protéger, je murmure aux autres dans le salon qu'il faut se mettre à couvert et si possible, descendre très rapidement le rideau de fer qui protège la vitrine du salon mais soudain le tireur entre et demande ce que nous avons vu. Nous sommes quatres femmes à plat ventre, au moins, d'après ce que je peux voir, et tout à fait silencieuses. Personne ne pleure sur son sort ni ne gémit. Je ne veux pas paraître lâche, en plus je suis la plus vieille et je dois donc faire face à l'intrus. Je me redresse devant lui et je lui réponds qu'à cause de son comportement ma couleur est fichue. Je me regarde dans le miroir, mes cheveux sont d'un violet très sombre. Dans mon dos, je remarque qu'il n'y a plus personne sur le trottoir, les trois blessés se sont évanouis ou n'ont jamais existés, le tireur disparaît lui aussi et en fait, je me retrouve complètement seule dans le salon de coiffure. C'est la nuit.
© Daniele Cascone