30 août 2012

LA CARTE POSTALE

Je suis mariée avec W ce qui est hautement improbable vu qu'il est mort depuis quelques années, que je suis consciente de cela dans mon rêve mais il semble si heureux que je décide de ne rien lui dire. Nous sommes sur le point de quitter un lieu de vacance paradisiaque comme il en existe dans le Pacifique : faré sur une plage de fin sable blanc. Les bagages sont prêts mais avant de partir, je veux acheter une carte postale. Nous nous rendons dans une boutique et je demande au caissier où se trouve le présentoir de cartes. Tandis que je regarde les cartes postales, W contemple des casquettes de toutes les couleurs qui représentent les All Blacks. De mon côté, je cherche une carte postale représentant un paysage et il n'y en a pas. Il n'y a que des paquets de cartes avec le logo en forme de plume et toutes les cartes sont colorisées à la manière des oeuvres d'Andy Warhol. Je demande au vendeur s'il n'y pas de cartes postales représentant la nature. W se tourne alors vers moi en haussant un sourcil (il le faisait toujours) et me dit que nous n'avons plus le temps. L'instant d'après il disparaît soudain, je suis seule dans la boutique et je me demande si je ne vais pas acheter en souvenir une casquette au lieu de la carte postale.
illustration de mon "cru" bricolée en quelques secondes avec picasa

28 août 2012

ETRE UN OISEAU

- je n'aime pas ma vie
- Qui a-t-il dans ta vie que tu voudrais changer ?
- je voudrais être un oiseau
- Un oiseau ? mais qu'est-ce que cela t'apporterait ?
© Princesse Camcam
- je pourrais m'envoler du nid quand mes parents me grondent

23 août 2012

LA BEAUTE D'UN INSTANT

Qui possède en lui la faculté de s'extasier sur la beauté de l'instant plus que sur celle du lieu - même si l'endroit où cette félicité se révèle n'est pas étranger au sentiment - est un être privilégié ; puissons-nous tous vivre un tel moment.
© Kenneth Parker
(tentative de mise à l'air de quelques notes prises en mai 2012, photo avec accord de l'auteur)

A CONDITION QUE TU M'EN DONNES

© Kiersten Essenpreis
Fais moi plaisir. Voilà plusieurs mois que je revis les moments de nos rencontres, brèves mais toujours intenses. Les mondes qui m’entourent sont d’une maigreur effrayante et tournent comme une obsession autour de mon univers désaxé, me donnent le vertige des jours évanouis. Je ne veux plus m’émouvoir, ne ne veux plus m'en vouloir d'une telle dépendance. Je ne veux plus de ce voile qui m’accable.

J’ai joué le jeu de l’élégance, j’ai versé pour toi une brassée de mots restés lettres mortes, j'ai justifié tes signes de faiblesse. Tu ne me rappelais pas. Tu ne me répondais pas. J’ai frôlé l’ombre d’une intuition. J'ai ardemment désiré ne pas en tenir compte. Je te donnais toutes les excuses, sous contrôle de la mélancolie brute et épuisante. C’est ainsi que j’ai vécu.

Le cœur battant, remuant des zones d’espoirs comme un vaisseau creuse un sillage chaotique à la recherche d'un trésor oublié. Réveille-toi, ces histoires là ne sont pas pour nous. Nos spectres agitent des panneaux illisibles et gris dans les silences que tu installes. Tout cela mérite une sépulture. Je ne veux pas troquer la sève qui me transporte pour ta poisseuse envie de contemplation, je ne suis pas de ce bois là.

Je veux couper la corde qui me retient à tes rêves, découdre le linceul qui m’enferme chaque jour et qui dévore mes os. Un oeil se ferme et tout se désassemble. Un cil remue. Un fil ténu pourrait raccommoder mon coeur et enrouler le monde vers toi comme une vague. Je ne t'efface pas complètement. Un jour peut-être, je t’enverrai de mes nouvelles à condition que tu m'en donnes.

texte de juin 2007, amélioré et toujours d'actualité

19 août 2012

TERRAIN DE JEU

Wladyslaw Theodor Benda

Au départ je n’avais pas de compte à régler, sinon l’envie de me régaler l’esprit en m’imposant une sorte de gymnastique personnelle, une sorte d’examen de conscience qui servirait en même temps de laboratoire, c’est ainsi que j’ai conçu le début de mon blog Chronique des Temps Perdus dans la fin de l'année 2004, avec une première lectrice complice, ma soeur. Loin de moi l’idée de me masquer derrière une personne évanescente, bonne à vider son sac ou prétendre être une autre que moi-même. J’ai écrit des petites choses, je m’amusais. Je n’avais pas vraiment pris conscience que tout cela pouvait être sérieux, assez sérieux pour être consommateur d’énergie et de temps.

De nombreux autres blogueurs ont été mes parrains à leur insu : sur eux je pris exemple en n'écrivant que lorsque j'avais vraiment quelque chose à dire ; leur ancienneté sur la toile avait fait qu’ils avaient le recul nécessaire pour ne pas se laisser abuser par ce passe-temps où l’on perd vite le sens du réel et où l’on peut facilement confondre l’agréable et l’utile.

La découverte des Impromptus Littéraires (dont je fus l'un des administrateurs durant quelques années) m’a fait basculer dans une autre dimension : les nouveaux thèmes autour desquels il fallait inventer chaque semaine une petite histoire m’ont fait prendre conscience du plaisir des fictions. Mais j’ai toujours trouvé réducteur la propension du lecteur à désirer voir dans un récit une part de la vérité. Où s’achève la réalité, où commence la fiction ? Peu importe.

Aujourd’hui, j’ai moins envie d'écrire des histoires, mais je ne renonce pas à le faire. Parfois, je laisse vagabonder mon imagination comme on lâche un chien, puis quand il est l’heure, je tire sur la laisse pour qu’il revienne me lécher la figure, me composer un nouveau masque, une nouvelle expression.

La bête mystérieuse qui est en moi est insatiable.

MANQUE-T-ON AUX ABSENTS ?

Manque-t-on aux absents autant qu'ils nous manquent ? Je me pose cette question, et bien que j'ai une petite idée de la réponse, je ne pense pas détenir une simple vérité. Alors, je suis obligée d'examiner les faits. Les absents me manquent partout, quand je mange, quand je me promène, quand je regarde un film. Je pense à eux et, souvent, je leur dis, je leur écris, je les rassure en quelques sorte : "je suis toujours là, égale à moi-même, confiante. Certains absents me répondent et c'est comme s'ils étaient avec moi ; ce ne sont pas vraiment des absents, seulement des êtres chers qu'on ne rencontre pas à cause de la distance qui nous séparent mais qui sont là, bien présents. Il y a aussi des absents qui ne répondent rien, jamais ; des jours, des semaines, des mois, des années. A ce demander si j'existe encore pour eux. A se demander pourquoi je retiens encore le fil. Je me demande si je finirai par oublier ces absents qui me manquent si je lâche le fil.

12 août 2012

MANU METRO C-3PO

Dans le réseau souterrain parisien. Un touriste chanceux me croise et me demande de l'aider à se repérer. Je lui réponds qu'il ne pouvait pas mieux tomber. Il continue dans son jargon et déjà je suis en position. Très fière. Je lui montre ma main droite fermée en poing, sur le dos mes veines bleues dessinent la carte du métro et de la main gauche, je lui indique la direction à suivre. Je connais les stations par coeur et mon touriste me regarde fasciné, cherchant à comprendre comment je fais pour savoir exactement ce qu'il attend. Je le regarde partir et essaye de me souvenir depuis quand date ma capacité à traduire tous les langages. Je me demande également si je suis la seule personne au monde dont les veines de la main dessinent la carte d'un métro.
© Mauro Frascotti

10 août 2012

COOKIES A LA DEMANDE

Avec une personne que je ne connais pas. Nous prenons le thé et elle m'explique qu'elle possède une invention extraordinaire pour créer des cookies à la demande. Je suis évidemment intéressée de voir cela et lui demande de me faire une démonstration. L'amie sort alors plusieurs petits sacs de la taille d'un kilo de farine, ce sont de beaux petits sacs en velours marron, fermés par une corde soyeuse. Elle m'explique qu'il faut plonger la main dans un sac, prendre l'équivalent d'une poignée de matière que l'on dépose dans un autre sac qui lui est vide, un sac tout blanc. Elle glisse la main dans un sac, la ressort et dépose sa récolte dans le sac vide, elle recommence plusieurs fois l'opération en s'essuyant bien la main à chaque fois avant de la plonger dans un nouveau petit sac de velours. Je regarde perplexe le mouvement des mains, elle a l'air d'avoir l'habitude et ne fait rien tomber à côté : farine, sucre, chocolat, noisette, ... Quand le sac blanc semble assez gonflé, elle m'explique que le gâteau est presque prêt. Elle prend alors une grosse masse, énorme et tape le petit sac blanc d'un coup sur la table. Je sursaute mais elle me rassure en me disant que tout est normal et que le cookie va être excellent. Elle plonge alors la main dans le sac blanc et en ressort un parfait cookie légèrement doré et parsemé de billes de chocolat que je mange d'un seul coup. Alors que je m'apprête à réaliser mon propre cookie (je salive déjà à l'idée de ce que je vais y mettre et notamment des noisettes), elle me murmure "fais bien attention car tous ces ingrédients sont très chers, il faut y aller avec parcimonie sur la quantité et le résultat sera meilleur". Je regarde les petits sacs de velours et je me dis que cela ne m'étonne pas du tout car toute invention mérite d'être bien payée.

07 août 2012

LE PLUS BEL AMOUR POSSIBLE

C'est la guerre dans un pays d'Europe où nous parlons anglais. Je suis interrogée sur mes notes de terminale et sur la facilité avec laquelle j'ai réussi mon examen de mathématiques sans rien avoir jamais appris. Des juges me questionnent sur ma jeunesse et me reprochent d'être toujours de bonne humeur. Nous sommes une bonne centaine de personnes installées très inconfortablement sur des chaises à bascule autour de l'axe d'un pied que nous devons orienter tant bien que mal en fonction de notre morphologie pour que le siège ovoïde nous soutienne en équilibre à peu près stable, ce qui fait que nous avons la tête en arrière, le regard au plafond. Il m'est difficile de voir à qui je réponds et je n'ose pas redresser la tête de peur de perdre l'équilibre. Tout le monde autour de moi réagit lorsque l'on parle de mon sourire "oui c'est vrai, on l'a toujours vu sourire et c'est agaçant" murmurent-ils tous. Je réplique que tout cela est faux, absolument. Je me tourne vers ma mère qui se trouve un peu plus loin, j'y vois une ennemie qui me rejette en riant. Je suis condamnée à partir rapidement et je dois faire mes bagages. On me donne un vélo en me disant que tout ce que j'emporte doit être caché dans le vélo, que rien ne doit apparaître. J'ai un petit tas de vêtements à côté de moi et quelqu'un que je ne connais pas me rassure en me disant qu'il existe une machine à compacter les vêtements en forme de tube ; cela ressemble à une pompe à vélo : le vêtement entre par un bout (est en quelque sorte aspiré) et ressort tout compacté de l'autre côté de manière à pouvoir être enfoncé facilement dans les tubes de la structure du bicycle ; je suis très étonnée de cette invention. Un temps. Je me retrouve la première arrivée dans une grande salle de gymnastique recouverte de tatamis. Il y a des matelas empilés dans un coin, des couvertures et même des petites tentes individuelles qui s'installent en 2 secondes. Je prends juste une couverture car je n'aime pas dormir sans rien sur moi, la couverture est très épaisse et je m'allonge soulagée. Je me mets à penser aux derniers événements et je pleure parce que je ne comprends rien à ce qui se passe ni pourquoi ma mère s'est moquée de moi. C'est alors que Ros Myers s'agenouille à côté de moi et me prend par les épaules, elle aussi pleure. Je lui demande si elle aussi doit partir (tout cela en anglais bien sûr). Elle me répond qu'elle n'a pas le choix car elle doit mourir dans quelques heures. Je tente de la réconforter en lui disant qu'Adam ne lui survivra pas, qu'il meurt dans quelques épisodes mais je lui rappelle qu'ils ont vécu ensemble le plus bel amour possible. Elle semble rassurée et nous continuons de pleurer dans les bras l'une de l'autre.
© Ken Rosenthal

[notons que je regarde en ce moment la série "Spook", ceci explique peut-être cela.]

06 août 2012

BLACK SWAN

© Miss Clara
Je dois rejoindre mes anciens collègues de travail dans une salle de spectacle. J'arrive habillée comme Natalie Portman dans "Black Swan" et je marche sur mes pointes de pieds, entourée de deux hommes qui me supportent car j'ai peur de trébucher dans l'allée en pente. J'aperçois très nettement mes chevilles noires dans les chaussons à pointe, elles semblent dures comme du bois mais ne me font pas vraiment mal, je suis même fière d'être costumée ainsi (car je me rend compte que c'est un déguisement). Un temps. C'est la fin de l'année, mon amoureux m'emmène souper avec la troupe dans un restaurant tape à l'oeil très éclairé que je n'apprécie pas beaucoup et je me sens d'humeur maussade. Je lui dis que j'aurais préféré manger dans un restaurant russe. Dans mon assiette sont disposés des petits fours qui ne sont pas très appétissants, ils ressemblent à des coquilles d'escargot fourrées de pain de mie trempé de beurre à l'ail. Je sais que si je mange cela je vais avoir mal au ventre toute la soirée. Ma voisine qui est en fait ma tante N me demande si elle peut prendre ma part, je glisse le contenu de mon assiette dans la sienne. Un temps. Un homme masqué entre dans la salle et s'approche de notre table, il dérange tout le monde pour s'assoir à côté de moi et je me sens très mal, complétement tétanisée. Lorsqu'il parle sa voix est fluette comme celle d'un enfant et je me dis que quelque chose ne colle pas du tout avec le personnage. J'ai envie de me moquer de lui. Soudain il se lève, me tire par le bras et s'exclame : "Au nom du roi je vous enlève", et continue à me tirer vers la sortie ; je ne peux pas bouger, mes bras sont devenus comme de larges ailes de cygne que je n'arrive pas à ressentir, au bout de mes mains, mes ongles sont longs d'au moins dix centimètres et vernis de noir. Je me sens très mal car je ne me souviens pas m'être appliqué du vernis. Dehors, un carrosse est stationné, l'inconnu me pousse dedans et claque la porte, je me retrouve dans le noir complet. Je me réveille.

[avec tout ce noir, est-ce que cela signifie que je vais bientôt mourir ?]