18 mai 2014

Une douleur absente

Je dors en enlevant mon bras qui repose à côté de moi, je trouve ma position dans le lit plus confortable. Je ne sais pas depuis combien de temps j'ai cette prothèse. Personne ne la remarque habituellement et je l'oublie de plus en plus souvent : parfois j'oublie de l'emboîter le matin, mon os s'adapte parfaitement autour ça "clique" comme les Lego auxquels je joue parfois avec mon fils quand il me demande de l'aide. Je rencontre un homme, le soir je m'endors dans ses bras, il ne remarque rien. Un matin, je veux remettre mon bras et constate qu'il ne se s'adapte plus, comme si les matières avaient été modifiées, comme si mon moignon avait grandit et ne pouvait plus s'adapter autour du bras articifiel. Je panique, je tente désespéremment de forcer mon bras factice à s'emboiter dans mon épaule sans succès. Je pleure sans avoir mal, la blessure doit dater depuis quelques années et je pense que je m'affole plus du fait de ne plus jamais pouvoir remettre le bras artificiel que de l'allure que je vais avoir sans lui. Je me dis que je n'aurais jamais dû rester autant de temps sans remettre mon bras à sa place, mais je ne peux remonter le temps. Je me réveille épouvantée.
Je viens de lire un témoignage sur la 1ère guerre mondiale et je mets ce cauchemar sur le compte de ma dernière lecture.
illustration © Kiersten Essenpreis


09 mai 2014

Les carnets du livre

Je lis toujours les mêmes auteurs. De plus en plus. Je suis arrivée à un stade où je comprends que si certains écrivains détiennent une bonne histoire, il leur manque du style ! Ou oublient de se relire ! C'est lourd, grossier, bref, ça ne donne pas envie de continuer... Autrefois, j'essayai de poursuivre, maintenant, j'abandonne. Et je reviens à mes auteurs, ceux qui ne me déçoivent pas. Je les retrouve avec bonheur, impatience. Ce moment de rendez-vous vaut celui où l'on referme le livre et que l'on se dit : formidable ! il faut que je le prête à...car il n'est pas de bons moments que l'on ne veuille partager avec ceux qu'on aime.


Retrouvez mes lectures sur : Des Livres Et Des Heures (2005-2011) ou Lectures en Contrepoint (2012...) 

08 mai 2014

Que tu m'expliques quelque chose

Je suis dans une salle de sport pour m'entraîner au kyūdō. A la fin, toute l'assemblée va au restaurant ; autour d'une longue table rectangulaire, chacun prend place. Une fille en face de moi se présente comme si nous étions dans un association d'addict anonyme. "Bonjour je m'appelle Audrey, j'ai 25 ans et je suis étudiante en histoire mais je fais parfois du mannequinat". Je trouve cette pratique de se présenter à tour de rôle bizarre. Quand vient mon tour je me présente aussi, tout le monde sait à présent que je suis la plus âgée du groupe. 50 ans. Tous les regards se tournent vers moi, admiratifs, comme si j'avais accompli quelque chose d'important. Mon voisin de droite, que je ne connais pas vraiment, me caresse le bras durant le repas. Cela me gêne et j'essaye de l'éviter du mieux que je peux. Le repas est long, nous buvons beaucoup, je crois être un peu soûle, mon voisin qui a la vingtaine, met son bras autour de mon cou, n'arrête pas de m'embrasser la main, le cou, les cheveux. Je n'y prête plus attention, pour moi il est comme un chat qui s'amuse avec un nouveau jouet et je laisse faire. Personne ne trouve notre comportement génant ou absurde. Après le repas, nous montons tous à bord d'un bus de tourisme qui nous dépose devant notre domicile. Je descends devant le mien abandonnant mon jeune ami qui ne m'a pas lâchée et qui finit par me laisser partir. Mon amie m'a suivie et me demande avec un sourire entendu : "il faut que tu m'expliques quelque chose". J'en suis incapable, je ne peux pas parler, troublée, je me réveille.


illustration: Guillaume Seignac