14 novembre 2015

Téléphones


"Il faut prendre sur soi". Chaque jour, prendre sur soi le démon qui se réveille juste avant que l'ange ne se perche sur nos épaules. Courber la tête pour ne pas exploser. Baisser les yeux pour ne pas fusiller, du regard. Les incivilités, les conversations impolies qui emplissent le bus, le train, shut your mouth, je voudrais dire, oui, je voudrais dire ferme-la. Désolée. Parfois je suis un juge, je peine. J'accuse, mais pas à tort. Chaque jour je prends sur moi, je me moque de moi, je m'interroge. Ces incivilités sont-elles involontaires ? L'homme est-il devenu à ce point insensible au monde  qui l'entoure ? L'homme donne en spectacle sa petite vie, privée d'intimité. Dans le temps, on se mettait au secret pour parler au téléphone, on allait gérer ses contrariétés dans l'ombre feutrée. Le monde ne veut pas être sur écoute mais crie haut et fort son divorce, son compte en banque, son patron, ses gosses. Raconte tout, surtout n'importe quoi. Je mets mes écouteurs pour isoler ma conscience dans ma musique, elle adoucit les mœurs.

Les heures nous sont comptées


Je n'ai pas écrit dans ce carnet depuis longtemps, ce n'est pas faute d'y penser. Cependant les sujets qui m'inspiraient n'étaient pas agréables. Mais aujourd'hui, je prends le temps, quelques minutes. Juste pour dire que je suis toujours là, que rien ne m'abuse. Je suis ici face à moi-même en premier lieu même si je sais que de l'autre côté de la fenêtre tu es là.
Onze ans de blog, d'ivresses du verbe, de petits bonheurs.
Des rencontres et des dialogues.
Des retrouvailles et des souvenirs.
Des objets que l'on regarde, d'autres que l'on tient dans sa main, dans son coeur.

    Illustration : Ralph Gibson