30 mai 2016

Le tunnel Lynch (3)

Et parce qu'il arrivait que nous restions certains jeudi chez ma grand mère, que nous n'avions rien à faire, je finissais par ouvrir les magazines empilés sur la table du salon ou dans les toilettes. Je ne comprenais pas grand chose à La Vie du Rail, je me contentais de regarder les illustrations et de lire les légendes ; j'avais une nette préférence pour Jours de France, mes pages préférées étaient celles de la mode. Les "grandes robes". Robes de gala. Taffetas. Faille de soie. Je ne comprenais pas ce que signifiait "faille". J'imaginais que les femmes dans leur robe défaillaient et que c'est pour cette raison qu'elles avaient le teint luisant et les yeux noirs, et surtout un air coincé. Coincés, c'est un peu ce que nous étions pour l'heure, dans ce train qui ne bourdonnait plus de sa mâchoire métallique mais de quelques grognements qui me parvenaient au travers de mes écouteurs.
A suivre