27 juin 2016

Le tunnel Lynch (7)

Le titre de son livre était écrit en hangul et je ressassais en moi l'envie de lui murmurer un timide annyeonghaseyo seonsaengnim. La probabilité de prononcer ces mots pourtant parfaitement maîtrisés - je me suis longuement entraînée à les prononcer - était quasiment nulle, si l'on tient compte d'une importante constante : mon incorrigible timidité. Pour soulager un peu ma tension et les battements de mon coeur, je me mis à rire au dedans de moi. Bonjour monsieur. Et puis quoi ? Engage-t-on conversation pour si peu ? Et s'il me répondait ? De quoi aurais-je l'air ? Je ne pouvais tout simplement pas engager la conversation ainsi au prétexte de faire la preuve de mes connaissances. Je me donnais une contenance en balayant des yeux le wagon inégalement peuplé et agité. Il y avait ceux qui cherchaient à se rassurer et qui évoquaient à haute voix le temps probable restant avant que le train redémarre, et ceux qui, comme moi, attendaient stoïquement les nouvelles car, de toute façon, ils étaient impuissants sur la suite des événements.

A suivre