18 juillet 2016

Le tunnel Lynch (10)

Tandis que la situation oppressante de notre stationnement au début du tunnel se prolongeait malgré l'annonce enjouée que nous venions d'entendre, chacun se cherchait une contenance. Cette dame avait les yeux fermés et le visage presque détendu, cet homme que je voyais de dos semblait plongé dans une grille de casse-tête. Je n'avais pas vraiment d'appréhension mais espérais que nous ne resterions pas immobiles plus d'une heure ; le café du matin allait commencer à se faire ressentir et les toilettes à bord étaient verrouillées. Quelques minutes passèrent avant qu'un subtil mouvement circulât entre les voyageurs épars dans le wagon, mouvement que je pris au départ comme le soubresaut technique du train remis en marche avant que je comprenne qu'il ne s'agissait que de nos corps qui s'inclinaient d'avant en arrière, de gauche à droite, comme des épis de blé ployant naturellement au gré du vent. Mon épaule effleura celle de mon voisin à moins que ce ne soit lui qui se pencha vers moi au point de me frotter. L'espace d'une seconde je me demandais si nous allions agir comme deux aimants de nature contraire ou l'inverse. Son épaule resta solidaire de la mienne comme cela m'est souvent arrivé dans les transports en commun ; vous êtes parfois obligés de partager un minuscule espace vital avec un parfait inconnu le temps qu'un voyageur libère le confinement d'un wagon surpeuplé. Je n'osais pas bouger, inexplicablement satisfaite de la tournure des événements.

A suivre