11 juillet 2016

Le tunnel Lynch (9)

Ce voyage de quelques minutes dans la cabine de pilotage m'avait plongée dans une euphorie de satisfaction proche de celle que l'on ressent lorsque l'on marque un but (pour les sportifs) ou que l'on empile cent cubes sans qu'ils s'écroulent : une joie d'enfant qui accomplit un rêve. Je m'étais vue comme dans la bête humaine, les pulsions morbides en moins, ivre d'une étrange liberté, machiniste temporaire d'un monstre entrevu dans La vie du rail. Tandis que les derniers mots d'information me parvenaient dans leur phrasé rassurant, d'autres voix s'élevaient pour acclamer la bonne nouvelle. Qui soupirant. Qui se rendormant. Qui se remettant à la musique. J'avais complètement baissé le volume de mes écouteurs pour écouter les annonces et les réactions mais je les avais gardés insérés dans mes oreilles. De son côté, mon voisin n'avait pas repris sa lecture. Mon souvenir de cet instant "déjà vu" s'estompait pour laisser place à une envie plus forte qui venait du fond des âges : l'envie de capter l'attention de mon voisin si sexy. Cette agitation mentale m'empêchait de me focaliser sur notre avarie, l'infime retard que nous avions pris, la promesse de bientôt repartir. Mon coeur battait la chamade inutilement. Mon voisin qui ne lisait plus se mit à sortir son téléphone. 

A suivre