01 août 2016

Le tunnel Lynch (12)

La surprise laissa certains sans voix tandis que d'autres laissèrent échapper une exclamation. Mon épaule quitta celle de mon nouvel ami et nous allâmes ensemble nous agenouiller sur la banquette en face de nous, heureusement vide. La force d'inertie ne laissa aucun voyageur à sa place et je fus bienheureuse de ne pas me faire mal mais j'entendis un os craquer du côté de mon compagnon de voyage. Nous nous aidâmes mutuellement à nous rasseoir. La patience qui jusque là m'avait retenue de ne pas montrer des signes d'affolement fut à sa limite ; je marmonnai quelque chose comme "c'est pas possible" dans un ton de lamentation et j'avais l'impression que ma voix n'était plus la mienne. Je me rendis compte qu'il me regardait avec curiosité. J'en profitai pour lui sourire bien que le coeur n'y était pas. Je remarquai qu'il se tenait le poignet et lui demandai s'il avait mal. Il me répondit que ce n'était rien mais nous fûmes  d'accord pour préconiser un petit bandage après un massage pour une mise au repos salutaire dès que possible. Autour de nous chaque voyageur se remettait à sa place mais semblait à bout de sérénité. Les fronts étaient plissés, les bouches avançaient en cul de poule et entre les deux, les yeux jetaient des signes d'inquiétude et je crois pouvoir le dire, de peur. C'est alors que nous entendîmes une nouvelle annonce de la reprise de notre trajet ; j'eus la désagréable impression que la voix qui communiquait n'était pas la même.

A suivre