08 août 2016

Le tunnel Lynch (13)

Après un léger hoquet mécanique le train reprit sa progression dans le tunnel Lynch. Ce n'est pas son véritable nom, lequel porte simplement le nom de la ville alentours mais j'aime rebaptiser à ma guise les lieux qui n'ont pas un nom approprié. Je crois pouvoir dire que l'ensemble de notre wagon lâcha un soupir de soulagement et certains se mirent même à plaisanter. Je ressentais moi-même une sorte de joie indescriptible de voir qu'il se passait enfin quelque chose de positif au bout de ces quelques minutes d'immobilisation qui m'avaient plongée dans quelques lointains souvenirs. Je cherchais le regard de mon voisin et je décelai en lui un air plutôt inquiet ce qui n'allait pas avec le personnage que je m'étais bâti : un homme plutôt cool, sûr de lui et fort malgré son poignet foulé. D'une manière inexpliquée la récente ruade qui nous avait projetés tous deux agenouillés sur la banquette avait fait de nous des partenaires, comme si le partage de cette mésaventure nous avait soudés l'un à l'autre dans une histoire commune. Le train avançait mais beaucoup plus lentement que d'habitude, je m'en rendais compte car je suivais cet itinéraire depuis plusieurs dizaines d'années, et la moindre modification prenait pour moi des allures de feu d'artifice : impossible de ne pas la remarquer. Je compris soudain ce qu'il y avait de troublant : les néons du wagon étaient éteints et celui-ci n'était éclairé que par des lueurs extérieures au train.

A suivre