03 octobre 2016

Le tunnel Lynch (20)

Nous étions une petite dizaine de voyageurs en ce matin d'août. J'avais pris comme chaque jour le train de 6 heures vingt cinq, un train que j'aimais bien car il est rarement annulé et les mendiants qui parcourent habituellement les trains de banlieues ne sont pas encore à l'oeuvre pour quémander quelques pièces ou des tickets restaurant. Un train parenthèse où je savoure tranquillement mes pages de livres ou la playlist de mes musiques du moment avant de m'installer devant la console où je passerai la journée tout en notant mentalement quelques idées pour mon prochain roman. Magritte peignait sur la table de sa cuisine, son épouse et ses enfants près de lui, et comme lui je puise dans la banalité quotidienne pour remonter le seau de mes fictions. Je regardais mes compagnons de wagon et me demandais lequel allait se lever et tenter d'ouvrir la porte de communication du wagon devant le nôtre. Serait-ce cet homme qui somnolait depuis le départ ? ou cette dame qui semblait plongée dans une histoire à l'eau de rose sur son kindle ? Mon compagnon touriste semblait perdu. En fait, je crois bien que tout le monde avait compris à quel point notre voyage était unique. Je me levai et lui pris la main, je le rassurai dans sa langue tout en le tirant avec moi. Gwaenchanh-ayo. Tout va bien. Combien de temps encore avant la lumière ? Dans le wagon obscurci nous continuions de glisser dans le murmure imparfait de nos consciences et tandis que je me tenais devant la porte, tenant mon bel étranger par la main, je priais intensément, ce qui peut paraître incongru dans la mesure où je suis athée. Je priais pour le voyage ne finisse jamais.

A suivre (en 2017)