22 novembre 2010

Tuer le temps - NIMZOWITSCH

Le livre
  • livre sous format électronique (pdf)
  • Date de parution : 2010
  • Editions de l’Abat-Jour
  • 499 pages
Le sujet
De nos jours. Marie, professeur, mère de famille en guerre contre les autres et avant tout contre elle-même ; pour cette guerre, toutes les armes sont bonnes pour trucider à tout va, et comme le temps passe vite, que la mémoire est faible, comme la chair, elle tient un journal de ses crimes et châtiments. Hideo Nashima, un assistant au suicide, une manière comme une autre de rendre service, trouve sa trace. Leurs destins se croisent.


Le verbe
Si vous voulez tuer dans un lieu public en journée, tranchez toujours la gorge pour empêcher votre victime de crier : il y aura beaucoup de sang, ce qui vous obligera à agir par derrière, mais la mort est assurée. (p 102)
Mon complément
Invitée par les Editions de l’Abat-Jour (que je remercie) à lire ce livre annoncé comme un "policier", j'avoue avoir été globalement déçue par l'histoire et avoir eu du mal à avancer dans ma lecture (le format électronique ne me convient  décidemment pas pour lire un roman et je n'ai pas pu imprimer 499 pages).

Ce que je lui reproche : trop de meurtres ignobles ! des répétitions de scènes macabres. Marie est une femme horrible dont on se demande si elle existe vraiment tellement elle semble inhumaine.
Marie ne comprenait pas. Elle aurait préféré être ailleurs, ne le pouvait pas, elle se serait exclue d’elle-même et mise en danger. Les filles étaient assises à côté, pour faire bonne figure. Elles avaient droit à la messe mais pas au catéchisme : Marie ne tenait pas à faire du zèle, et ne faisait absolument pas confiance au curé. Ces soupçons n’étaient peut-être pas fondés, il ne tripotait pas nécessairement les gosses. Elle se foutait qu’il le fasse ou non. Si c’était le cas il devait y aller sans capote, rien à redire, la loi de Dieu était respectée. Plus elle regardait ce sale ratichon, plus elle était sûre qu’il avait déjà dû y penser. Y penser souvent. Y penser encore. Comme elle avec les meurtres. Lui ne passerait pas à l’acte. Ou maladroitement. (p 17)
Au bout d'un moment, on a envie de trouver des "circonstances atténuantes" à Marie, même si elle est la seule à s'accuser (elle rêve quand même de tuer ses filles !)
Vous ignorez tout du chaos qui est en moi. (p 30)
Marie écrit une sorte de journal de bord dans lequel elle relate ses modes opératoires de meurtres.
Il n’y avait rien chez elle, rien hormis les cahiers dont elle refusait de se séparer, cachés là où ils n’auraient aucune chance de mettre la main dessus. (p 44)
Ce que je peux souligner, et admirer : l'auteur, dont on ne sait si c'est un homme ou une femme (et je serai personnellement bien incapable de formuler un avis) a du style, on reste subjugué par tant d'imagination ! des propos qui fleurtent avec la poésie ou même la philosophie. Beaucoup de passages caustiques et qui, après tout, font sourire.
Le monde est un roman, c’est l’avis de tous les romanciers. J’imagine que les charpentiers le perçoivent comme un bout de bois et les putes comme une MST. Ce sont sûrement elles qui sont les plus proches de la vérité. Chacun conçoit la réalité selon ses propres critères ; pour moi, le monde est une scène de crime à nettoyer, un charnier à la propreté clinique, incapable de transmettre à quiconque la moindre information sur l’identité des génocidaires. (p 112)
Un regret cependant : avec une si belle plume, un si large vocabulaire, j'aurai préféré que l'auteur soit plus concis : beaucoup de passages qui se ressemblent, de pensées tourmentées, la vie est une ordure etc...

Une lecture à réserver aux amateurs de gore, morbide, de second degré (on a souvent l'impression que l'auteur passe des messages personnels, règle quelques comptes à coup de mots, à défaut de couteaux), de mauvais sentiments, d'humour plus que noir (est-ce que cela existe ? avec ce livre on en a la preuve), ou encore de sang pour sans (mobile).

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