[Roman] Un bon jour pour mourir par Jim Harrison (1973)

Résumé

Un homme désœuvré, séparé de sa famille (il a une femme et une fille), passe son temps à aller à la pêche et à parier sur d'improbables parties de billard ; il fait alors la connaissance de Tim, un ancien militaire blessé du Vietnam qui l'invite à boire et à manger. Devant cette force de la nature pourtant abîmée, le narrateur évoque la construction d'un barrage dans le Grand Canyon. Tim se met en tête de la faire exploser et les voilà sur la route, en compagnie de Sylvia, la petite amie de Tim, pour une road-story mouvementée entre réflexions sur la place de l'homme dans la nature et la place de la femme dans la vie d'un homme.

extrait

- Ils vont construire un barrage sur le Grand Canyon, dis-je, à mi-chemin, en traversant Duval Street.
Tim s'arrêta et me regarda, perplexe. Une voiture klaxonna.
- Tu te fous de moi ?
- Non.
Nous entrâmes dans le restaurant et l'hôtesse, après un coup d’œil averti, nos installa dans un coin, aussi loin que possible de autres clients.
- Où as-tu entendu une chose pareille ? demanda-t-il en consultant la carte.
- Je l'ai lu quelque part. C'est vrai.
Pendant un moment, j'avais été pris de court. Ce n'était de ma part qu'une simple divagation.
- Tu es sérieux ?
- Ma parole d'honneur, dis-je en levant mes deux doigts, tel un chef scout.
- Mon dieu ! Alors il va se remplir d'eau ? Il était visiblement troublé et je cherchais à détourner la conversation. (p.26)

mon avis

C'est un bonheur d'avoir à lire encore quelques romans avant d'achever la lecture de tous les romans de Jim Harrison. Ce livre fait partie des tous premiers puisque c'est son deuxième roman (après Wolf). Jim Harrison dessine déjà le personnage type qu'il mettra en scène dans une bonne partie de ses romans : un homme tiraillé, souvent solitaire, désabusé mais bon vivant, souvent fauché, aimant la nature, la pêche autant que les femmes mais les craignant aussi un peu, surtout celles appartenant à un autre. La destruction de l'environnement naturel, la description de paysages se superpose toujours avec le passé peu glorieux des américains non natifs ayant pris le dessus sur les indiens à force de roublardise.
Le style de narration, toujours riche, très peu superficiel, nous emporte dans une réflexion sur la vie, ses motivations, ce qui nous fait "aller de l'avant", même si le personnage principal, comme souvent, se retrouve seul, sacrifiant son propre bonheur immédiat pour quelque chose de moins égoïste.

A good day to die.
traduit de l'anglais (américain) par Sara Oudin
210 pages