18 avril 2020

[Roman] La disparition du coeur des symboles de Miguel MIRANDA (2015)


Porto. Le détective privé Mário França est invité par un architecte, également organiste de l'église de Lapa, à assister à une cérémonie commémorative en l'honneur de la relique du cœur du roi Dom Pedro IV exceptionnellement présentée à la délégation venue du Brésil et d'Uruguay en présence de la Confrérie de Lapa qui s'occupe des liens entre les pays. Il y est alors témoin de deux faits extraordinaires : le décès soudain de l'organiste qui s'écroule sur son instrument et la disparition de la relique. Il est peu après engagé par trois clients : la confrérie de Lapa et la délégation veulent retrouver la relique, puis la petite-amie de l'architecte-organiste qui pense qu'il s'agit d'un meurtre. Aidé de son équipe d'assistants, tous plus étranges et peu recommandables les uns que les autres, et même d'un pigeon voyageur, le détective se lance dans une enquête liée à l'histoire du Portugal du XIXème siècle.

Avis


Intéressée par un résumé alléchant, j'ai choisi ce livre au hasard de mes déambulations dans ma petite librairie de village.

Si la forme est travaillée : un très beau style, j'ai rapidement déchanté au bout de quelques chapitres tant le déroulement de l'affaire est totalement raté. J'ai tout de même poursuivi jusqu'à la fin et pour une fois, je ne me suis pas "spoilée", ce qui arrive souvent quand je suis impatiente de lire le dénouement.

Tout d'abord, le  personnage principal n'est absolument pas sympathique : infatué de sa personne, il en est risible, c'est peut-être le but recherché par l'auteur mais cela reste à prouver. Il se voit comme un Dom Juan et tout le long du livre il se présente même comme un obsédé, pour autant il est remis à sa place à la fin par une de ses amantes et bien on ne le plaint pas et j'avais envie d’applaudir.
Je préfère des héros ou personnages principaux qu'on a envie d'aimer, de suivre, des inspirateurs en quelque sorte.

Tous les antagonistes évoluent comme des fantômes ou des caricatures : avec très peu de corps et malheureusement pas tellement d'esprit non plus, peu de profondeurs ; cela ajouté à leurs noms qui, j'avoue, ne m'ont pas interpellés (il y a une distribution des rôles en début de livre ça aide un peu) et de surcroît certains avaient un pseudonyme.

Je l'ai dit, l'écriture est très belle mais le déroulement de l'enquête et son résultat sont au delà du guignolesque, pas dans l'effusion de sang mais dans la succession de scènes improbables (je me demande encore pourquoi il est allé à Saint-Jacques-de-Compostelle et à Montevideo alors qu'un coup de fil aurait suffit). Si  durant tout le roman, le suspens est bien là car je ne voyais pas du tout qui aurait pu faire le coup et dans quel but, le comble de l'incompréhension est atteint lorsque l'auteur s’appesantit lourdement sur le fiasco de l'enquête que mène en parallèle l'inspecteur de la police judiciaire qui passe pour un imbécile (je ne vois pas l'intérêt de cette séquence) pour qu'enfin le détective - qui se prend pour Hercule Poirot - révèle à tout le monde dans une scène finale où les protagonistes sont rassemblés (pour une raison inexpliquée et sans doute pour achever au plus vite cette histoire interminable) toutes les supercheries qui ont permis les deux affaires initiales.

N'est pas Agatha Christie qui veut !

Je retiendrais un mot dans ce roman : "anastrophe" (inversion de l'ordre habituel des mots, comme le langage de Yoda dans la guerre des étoiles "Beaucoup encore il te reste à apprendre." ) parce qu'il est employé plusieurs fois, au moins six ce qui fait beaucoup (trop) et dont l'auteur nous gratifie d'une explication régulière.

Extrait

Je suis un rêveur parce que tout ce que je rêve me fait mal. Ce sont des douleurs de membre amputé, affligeantes mais qui ne sont que des fantômes. J'ai mal quand je suis projeté hors de mes rêves, quand je me regarde tous les jours devant la glace pendant que je me rase, et que je comprends que rien de ce que j'imagine ne se réalise. (p.150)


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