23 décembre 2010

Digression du soir (pour moi)

Quelques mots jetés avant de me coucher, espérons qu'ils ne seront pas trop obscurs, mais allons, arrangeons-nous avec et l'esprit retournera à Morphée enfin. J'ai l'impression, mais je peux me tromper, que la plupart, j'ai bien dit la plupart des "bloggeurs"-quel vilain substantif, attend, espère, qu'une fois son billet écrit, il faut OBLIGATOIREMENT beaucoup beaucoup de commentaires pour être heureux. Je dis NON à ce harcèlement, NON à ces affiches dans la marge qui invoquent "mon blog se nourrit de commentaires", c'est tout bonnement affreux. Ceux qui me lisent depuis le début (2004) le savent, je n'ai jamais demandé une telle servitude, et j'ai même souvent publié en fermant les commentaires. Je viens de lire un article édifiant (avec hyperliens à suivre car il faut tout lire) de François Bon qui a étudié la chose, j'avoue ne pas avoir le temps à consacrer pour une telle démonstration mais j'admets qu'elle tient la route, et en plus je la suis cette route. Alors de grâce, écrivez pour VOUS faire plaisir, montrez des photos pour VOUS faire honneur, n'attendez pas la floppée des hagards de la petite fenêtre VOUS fermer les yeux de contentement après qu'ils vous aient pondu glorieusement un "j'aime", blabla, ou pire, un commentaire complétement hors sujet alors que VOUS êtes joignables normalement par mail si l'on veut vraiment échanger ou prendre de VRAIES nouvelles et pas rameuter la blogsphère parce que ça fait 3 mois que VOUS n'avez rien écrit - VOUS avez bien le droit après tout.

19 décembre 2010

La collection invisible

Il a fallu que je me sépare de quelques lettres, quarante années de cartes et feuilles reçues dans l’angoisse parfois, souvent dans la joie. Mon enfant chérie disait ma mère, ma petite poupette, des surnoms qui jaillissent comme un souffle à la fontaine de ma conscience. Je n'ai pas pu tout garder, à quoi bon ? J'ai découpé les beaux timbres pour les amateurs, et pour le reste... je n'ai gardé que quelques courriers par hasard ou par tendresse peut-être.
Et tous les courriers de mes rares disparus soudain se rejoignent dans la même danse silencieuse, collection invisible que l'on peut emporter partout avec soi.

Suggestion

Se connaît-on soi-même aussi bien que l’on suppose connaître les autres ? Je me le demande toujours quand on me suggère que je devrais plus penser à moi, à faire ce qui me plaît, vivre pour moi, pour une fois. J'ai pourtant l'impression de vivre pour moi, mais au fond, quand le sommeil reprend le dessus, que mon autre moi me montre un chemin à peine reconnaissable, je comprends que je suis peut-être trompée par mes sens, que l'endroit est peut-être à l'envers mais cela m'est égal, car je ne sais pas et je n'ai pas envie de me retrouver sans personne à servir.

18 décembre 2010

A la poste

A la poste. L’écran affiche que le numéro 30 est attendu au guichet 3. J’ai le 54. J’ignore combien de temps je vais patienter avant de pouvoir expédier mes colis. J’ai laissé les enfants à la maison et à part l’inquiétude qu’ils pourraient se chamailler, rien ne me dérange. La salle est climatisée, je suis assise, la femme à côté de moi sent bon l’eau de Cologne ou le déodorant de supermarché, cette odeur me rassure et me réconforte, elle m’enveloppe dans une grande quiétude. Je me souviens de ma Marraine, qui, à chaque fois que l’on faisait les courses, s’aspergeait d’eau de toilette, n’importe laquelle mais fleurie, parce que, disait-elle, c’était gratuit. Peut-être avait-elle tout simplement transpiré, elle avait souvent chaud et était en nage, en suée comme elle disait. Moi, j’avais honte, j’avais en fait peur qu’on nous fasse une remontrance. J’étais jeune et craintive. Me voilà, j’attends mon tour sur ma chaise en bois. La femme à côté de moi sent la laque, est-ce la même dame ? Je ne sais pas. Marraine aussi se vaporisait un casque de laque sur les cheveux qu’elle avait soyeux et blonds, de l’Elnett je crois. Tous ces souvenirs sont loins et pourtant les sensations sont bien là, intactes, je les palpe, sur moi et en dedans de moi. J'attends avec un livre, toujours. Aujourd'hui c'est Jim Harrison, la route du retour, je pourrais attendre toute la journée, dans le fleurissement de mes souvenirs et l'ombre des absents de cette saison qui n'existe que pour moi.