La lie du bonheur - Francis Scott FITZGERALD


livre Folio 2 €, 40 pages
Titre original The Lees of Happiness (1922)
une nouvelle parue dans le recueil de nouvelles "Tales of the Jazz Age"

Le sujet
La jeune actrice Roxane Milbank épouse un écrivain connu Jeffrey Curtain. Peu de temps après, Jeffrey tombe malade, a une attaque cérabrale, et végète durant des années avant de mourir. Sa femme lui tient compagnie patiemment, fidèle et aimante. Celle-ci, peu à peu abandonnée par ses anciens amis, garde au fil des années l'amitié et la compréhension auprès de Harry, leur ami commun. Harry, lui même marié à une femme frivole, incapable de tenir une maison, d'élever leur fils, finit par en divorcer, tout en restant une sorte de "chevalier servant" auprès de Roxane.

Le verbe
Ces visites se répétèrent pendant huit ans ; à Pâques, à Noël, à Thanksgiving et souvent le dimanche, Harry faisait son apparition, montait voir Jeff puis parlait longuement avec Roxane sur la véranda. Il la chérissait. Il ne cherchait pas à cacher ni à pousser plus loin cet état de fait. Elle était la paix, le repos ; elle était le passé. Sa propre tragédie, elle seule la connaissait. (p.98)
Mon complément
Cette deuxième histoire insérée à la suite de l'étrange histoire de Benjamin Button est très différente. Ici, point d'histoire absurde. Il est question d'un amour, inconditionnel, d'une accablante destinée d'un homme et d'une femme, mariés chacun de leur côté : elle a un mari diminué qu'elle veille jusqu'à la mort, lui a épousé une mégère, sale, qui ne s'occupe pas de leur fils, et qui dépense son fric pour acheter des vêtements et de la lingerie fine qu'elle garde dans un placard. Finalement, il y a bel et bien un autre genre d'absurdité. Celle des "conventions". Là encore, un style sans rien de particulièrement remarquable. Sur le fond, un fort sentiment de tristesse et de dénégation. Et, tout au fond du regard, des visions qui ressemblent aux tableaux d'Edward Hopper.

L'étrange histoire de Benjamin Button - Francis Scott FITZGERALD

Titre original (amérique) : The curious case of benjamin Button (1922)
une nouvelle parue dans le recueil de nouvelles "les enfants du jazz" (Tales of the Jazz Age)

Le sujet
Benjamin Button vient au monde semblable à un vieillard. Son père est catastrophé, surtout par le "quand dira-t-on" de la société à laquelle il appartient. Puis Benjamin se rend compte qu'il rajeunit chaque jour, sans qu'il puisse rien y faire. Le drame, c'est que chaque génération qui le cotoie, son père, sa femme, son fils, ne lui pardonne pas d'être ce qu'il est.

Le verbe
Il ne se rappelait pas. Il ne se rappelait pas clairement si le lait de son dernier biberon était chaud ou froid, ni comment s'écoulaient les jours. Il ne connaissait que son berceau et la présence de Nana. Puis il n'eut aucune mémoire. Quand il avait faim, il pleurait. Voilà tout. (p.58)
Mon complément
J'avoue, j'ai lu ce livre après avoir été voir le film ; un film dont je n'ai pas encore eu le temps de parler. Nous verrons bien. Pour l'heure, j'ai craqué pour cette courte nouvelle afin de refermer la boucle de cette inspiration : j'étais curieuse de lire le récit qui avait été à l'origine du film, voilà tout. Quelle étrange et fascinante idée de faire vivre quelqu'un à rebours... Je ne vais pas comparer le livre au film, même si c'est tentant. J'ai juste envie de dire que le livre possède une connotation comique que ne possède pas le film.

Le père de Benjamin décide d'éduquer son fils "comme si de rien n'était" : bien que son fils ait l'apparence d'un vieil homme, il l'habille en barboteuse, puis avec des shorts et ne lui autorise les pantalons que lorsqu'il est adolescent, alors que physiquement, son fils a une cinquantaine d'années... Ensuite, les deux hommes se "rattrappent" : on les prendrait pour des frères, pendant ce temps il est noté que la société "oublie", personne ne se rend compte que le fils rajeunit... Benjamin tombe amoureux, il se marie, a un fils : Roscoe. Il continue de rajeunir, bientôt son fils se marie, et lui ressemble au fils de son fils. Inextricable sentiment d'épouvante. La société oublie là encore. Benjamin existe sans exister : il "remonte" à travers le destin de ces concitoyens qui eux cheminent vers la mort, séniles, alors que lui se dirige vers un état embryonnaire.

Ce livre me fait songer à cette magnifique nouvelle qui m'a bluffée l'année dernière : l'automate de Nuremberg de Thomas Day dont je recommande la lecture !

Totto-chan - Tetsuko KUROYANAGI

Un livre aux éditions Pocket
Titre original : Madogiwa no Totto-chan (1981)
traduit du japonais par Olivier Magnani
280 pages

Le sujet
Banlieue de Tôkyô, début des années 1940. Tetsuko, surnommée Totto-chan, est une petite fille espiègle, renvoyée de la maternelle ; elle découvre l'école Tomoé créée par M. Kobayachi, dans laquelle l'enfant est responsabilisé et considéré comme "une grande personne".

Le verbe
Si j'ai choisi ce titre, c'est parce que, au moment où j'ai engagé la rédaction de ce livre, on parlait beaucoup au japon des "cancres assis près des fenêtres". Pour moi, cette expression était synonyme de "mise à l'écart" d'élèves de "second rang". Moi qui passait mon temps à guetter les musiciens de rue à la fenêtre - dans ma première école tout au moins, j'éprouvais justement ce sentiment d'exclusion. (p.276)

Mon complément
J'ai reçu ce livre reçu dans le cadre du wabi-sabi swap de la part de Fayoun.

L'auteure a relaté les souvenirs qu'elle garde de l'école Tomoé qu'elle a fréquentée dans sa jeunesse, une école moderne, dans laquelle elle a pu s'épanouir et devenir la femme qu'elle est aujourd'hui : journaliste, actrice, ambassadrice pour l'Unicef. Tetsuko découvre le profond dévouement du directeur, son investissement personnel, en dehors de codes habituels, pour favoriser le développement de ses élèves, ceux-ci, réputés désobéissants, difficiles ou handicapés, se découvrent des talents à leur hauteurs, et finissent par s'estimer eux-mêmes. Leur école est très originale : les salles sont composées de wagon de train débarassés de leurs roues. hélàs, elle est bombardée en 1945 ; elle ne renaîtra pas de ses cendres.
crédit photo : un wagon-école au Canada

Le wagon venait tout juste d'apparaître, immense, dans la brume matinale. Dans un silence absolu, il roulait sur une route ordinaire, sans rails, comme dans un rêve. (p.72)
Notons que la couverture illustrant ce livre est de Chihiro Iwasaki, dont les dessins embellissent l'édition japonaise :
Chihiro Iwasaki
Ce fût une lecture très agréable, rapide car les chapitres assez courts s'enchaînent vite. Une belle découverte d'une auteure dont je n'avais jamais entendu parler ; c'est aussi ce qui fait le charme des échanges organisés lors des swaps !

Sarn - Mary WEBB

Un livre aux éditions Grasset - série Les cahiers rouges
traduit de l'anglais par Jacques de Lacretelle et Madeleine T.Guérite.
Titre original : Precious Bane (1924)
375 pages

Le sujet
Angleterre. 1811. Prue Sarn, une jeune fermière de 16 ans affligée d'un bec de lièvre trouve réconfort dans l'écriture et dans une soumission quasi absolue à son frère ainé Gédeon qui lui promet richesses et soins dès qu'ils auront gagné suffisamment leur vie. Mais Gédéon se transforme en forcené du travail, au point de détruire autour de lui tout amour.

Le verbe
Tout prenait un autre aspect, plus clair, plus beau, comme il arrive parfois dans ces matins brillants qui succèdent à la pluie et font dire : "La journée est belle, le coucou va monter au ciel."
Seulement le jour n'y était pour rien ; c'était bien autre chose. Je ne me souciais point de savoir quoi. Lorsque l'oiseau des bois arrive dans son arbre, il ne demande pas qui l'a planté là ni comment les hommes le nomment, car cet arbre est tout pour lui ; de même ce que j'avais en cet instant était tout pour moi.
.../...
Quand il m'advint ensuite de ne plus savoir de quel côté me tourner, je courais au grenier, et c'était comme un fruit savoureux que je trouvais dans une écorce amère. (p.74)
Mon complément
Le passé n'est que le présent devenu invisible et muet ; c'est pourquoi ses lueurs et ses murmures sont infiniment précieux. Nous sommes le passé de demain. En cet instant même, nous glissons comme ces images peintes sur le cadran mobile des anciennes horloges : un navire, une maison, le soleil et la lune, un bouquet. Le cadran tourne, le navire monte et s'enfonce une fois de plus, le soleil jaune se cache, et nous, qui étions toute nouveauté, nous acquérons un charme magique par notre disparition. Dès la préface de Jacques de Lacretelle le ton est donné, qui sera du type de ceux qui ne me laisse pas indifférente. Voilà un livre que je classe comme "magique", ce qui coule de source dans la mesure où il m'a été offert par ma bonne fée.

Sarn est un village, le nom d'une famille et aussi le patronyme de maîtres des lieux. Sarn abrite aussi un vaste étang au fond duquel repose un village :
"...les cloches d'un village englouti, résonnant dans ses profondeurs."

Prue, une jeune fille défigurée par un bec de lièvre trouve refuge dans le grenier de la maison dans lequel elle trouve une véritable paix intérieure et où elle peut tranquillement écrire son journal intime.
La porte avait un grand verrou de bois que je tirais d'habitude dans raison puisque ce grenier était un lieu perdu où n'entraient jamais que le tisserand en tournée, Gédéon à l'époque de la cueillette des pommes, ou moi-même. Personne n'aurait eu l'idée de venir m'y chercher, et cela me tenait lieu à la fois de salon et d'église. (p.75)

Car Prue est une privilégiée : elle apprend à lire et écrire auprès de Beguildy, le rebouteux du coin, qui fera son malheur et son bonheur.
Alors Mme Beguildy me pria de faire le brouillon des invitations pour le lui montrer. Toutes deux en furent satisfaites, bien qu'elles fussent aussi incapables de lire ce que j'avais écrit que deux papillons essayant de déchiffrer l'inscription d'une borne. (p.119)
Le malheur, c'est que Beguildy ne peut pas voir son frère Gédéon en peinture : il lui voue une haine féroce, ce qui ne s'arrange pas lorsque sa fille ainée Jancis et Gédéon décident de se marier.

Le bonheur, c'est que Prue sachant écrire peut ainsi rédiger les lettres que Gédéon envoie à sa promise le temps de son éloignement, lettres qui seront lues par Kester le tisserand, l'amoureux de Prue, qui, de son côté, est chargé de rédiger les réponses de la fiancée. Prue et Kester se dévoilent ainsi par des lettres mises en abyme dans les missives qu'ils écrivent au nom de Gédéon et Jancis.

Ce roman est un pur joyau de leçon de vie, de destin, d'humanité, de force intérieure. Où l'on peut lire une explication originale de notre destinée selon laquelle les hommes les plus épouvantables n'ont pas choisi leur rôle :
Nous ne sommes pas en cela très différents des bêtes qui, dans les ténèbres de leur esprit, font le mal sans le savoir ; elles se gorgent de sang, sautent sur leur proie, crient dans la nuit, et cependant sont aussi innocentes qu'un bébé. Nous sommes assez semblables aussi à l'orage qui dévaste la forêt, au feu affamé qui dévore des vies humaines en un instant, à l'eau qui engloutit nos frères. Tout cela fait partie du drame. Mais si nous sommes choisis pour un rôle agréable et joyeux, ne devons-nous pas, par reconnaissance, secourir les moins fortunés, et remercier même la pauvre marionnette qui travaille sans cesse à nous nuire ? Car les choses eussent pu être tout à l'opposé. (p.208)
J'avoue ne pas forcément adhérer à cette explication, qu'importe, la lecture nous permet également d'ouvrir de nouvelles portes. Sarn est également un hymne à la nature, à la campagne, aux détails échappés qui reviennent se poser précieusement lorsque l'on prend le temps de vivre.
C'était le meilleur moment de l'année pour notre étang ; dans les chauds après-midi tout paisibles, l'eau bleu clair et tranquille paraissait si douce que nul n'eût jamais cru qu'on pût s'y noyer.C'est dans cet étang que finiront Gédéon, Jancis et leur bébé, noyés, unis dans la mort devant le dieu qui hante l'église engloutie... (p.248)
Notons également au passage, les fréquentes comparaisons des humains aux oiseaux, comme dans la trilogie de Titus à Gormenghast de Mervyn Peake :
Mais je pleurais longtemps ma pauvre mère qui, dans son cercueil, ressemblait à un oiseau gelé dont l'hiver a abrégé les jours. (p.319)
Il est bon de retrouver au fil de certaines lectures ce qui ressemble à des intérêts familiers, des impressions semblables au frôlement d'un chat heureux de notre retour dans son antre.

Les ponts de Paris

Voilà, j'ai mis le dernier pont de Paris en ligne dans un album spécialement agencé pour présenter mes photos.

L'aventure a commencé il y a presque 3 ans, lorsque cette chère Framboise de la Terre de Lumières a émis l'idée que je fasse des photos de tous les ponts.

Je savais que cela serait long, mais je me suis prise au jeu et j'ai patiemment fait ma récolte. Tout n'est pas parfait, loin s'en faut. Certains jours, la lumière m'était favorable, d'autres jours, il faisait sombre.

La mer - Yoko OGAWA

Un livre aux éditions Actes Sud (2009)
Titre original : Umi (2006)
Traduction par Rose-Marie Makino-FayolleRecueil de 7 nouvelles.
148 pages

Les sujets

I/ La mer
Le fiancé d'une jeune fille fait connaissance de sa future belle-famille, et découvre que le petit frère joue d'un mystérieux instrument de musique.

II/ Voyage à Vienne
Une jeune femme aide sa compagne de chambre à retrouver son ancien amour moribond.

III/ Le bureau de dactylographie japonaise Butterfly
Une jeune femme apprend à taper sur une machine japonaise. Certains caractères semblent plus fragiles que d'autres. Elle découvre alors le gardien des caractères d'imprimerie qui vit dans le dépôt.

IV/ Le crochet argenté
Dans un compartiment de train, une femme se souvient de sa grand-mère en observant sa compagne de voyage tricoter.

V/ Boîtes de pastilles
Pour réconforter les enfants qui parfois pleurent et dont il ne sait comment les rassurer, un chauffeur de car à l'idée de leur offrir de providentielles pastilles des bonbons pour les réconforter.

VI/ Le camion de poussins
Un vieux portier loue une chambre chez une veuve dont la petite-fille est muette ; jour après jour, l'enfant lui apporte une collection de mues d'animaux qu'ensemble ils contemplent.

VII/ La guide
Le fils d'une guide touristique qui a exceptionnellement accompagné sa mère, part à la recherche d'un vieux monsieur qui s'est égaré lors de l'excursion. Il lui tient compagnie et découvre que le métier du vieil homme est très particulier : il trouve un titre aux souvenirs de ses clients.

Le verbe
Enveloppée dans ses bras âgés, le dos caressé, je sentais la tristesse se répandre progressivement en mon coeur. Même s'il s'agissait de la mort d'un homme qui n'avait aucun lien avec moi, avec qui je n'avais jamais parlé, une douleur existait semblait-il, que les personnes présentes devaient éprouver. Elle baignait mon corps comme une source glacée. (p.49-Voyage à Vienne)
A partir d'un petit caractère, le gardien peut décrypter toutes sortes d'aspects. En réalité, le que je lui ai apporté avait seulement la moitié du trait gauche des deux traits centraux ébréchée, mais cela seul suffisait à détruire l'équilibre de l'ensemble. (p.68-Le bureau de dactylographie japonaise "Butterfly")

Mon complément
Voilà un merveilleux recueil de nouvelles, plus poétiques les unes que les autres... tout comme la couverture (de Louise Robinson) :

Au sujet de la machine à écrire, j'ai fait quelques recherches. Certes, en janvier, j'avais lu un article chez Locus Solus qui parlait de cet étrange instrument. Mais j'ai fait ma propre enquête sur le net et j'ai trouvé des choses intéressantes :
de quoi mieux se rendre compte de quel instrument particulier il s'agit dans cette histoire.

La dernière page tournée, je suis comme orpheline. Alors, je me feuillette les pages, je les respire encore pour retrouver mon foyer, une certaine mesure des choses, des mots. Un murmure, un doux crépitement, celui des ailes qui battent, la présence d'une forme qui est ma muse. Yoko Ogawa est mon alter ego, enfin, le genre d'écrivain que j'aurais pu être...
Allez, pour l'émotion, encore un bel extrait :
- J'aimerais que vous donniez un titre à la journée d'aujourd'hui.
L'homme a acquiescé en silence, et il a fixé un point dans le ciel cerné par les ténèbres de la nuit. Sans ciller, sans laisser échapper sa voix, même son souffle n'arrivait pas jusqu'à moi. Pour ne pas le déranger dans son travail, je suis resté immobile.
.../...
J'ai tout de suite su que c'était le titre. Mon titre pour graver cette journée-là dans ma mémoire. (p.147)

Le comité Tiziano - Iain PEARS


Un livre aux éditions 10-18
Titre original : the Titian Committee (1991)
310 pages

Le sujet
Venise, de nos jours. Louise Materson, une experte du comité Tiziano, lequel est chargé d'expertiser les oeuvres du Titien, est retrouvée assassinée au beau milieu d'un parterre de lis. Peu de temps après, des tableaux anciens sont volés, deux affaires apparemment distinctes si ce n'est que l'un des tableaux avait retenu l'attention de la victime. Flavia di Stefano, enquêtrice à la  brigade romaine du patrimoine artistique est dépêchée sur place pour mener sa propre enquête, au grand dam de Bovolo, le carabinieri chargé de retrouver le meurtrier.

Le verbe
L'homme parlait comme si chaque mot de son discours commençait par une majuscule, et dans son oeil luisait un certain éclat annonçant qu'il se préparait à une longue tirade. (p.82)
Mon complément
Une bonne petite enquête dans le milieu de l'art. Venise et ses eaux mouvantes, Padoue et son église, dans laquelle Louise Materson étudie deux oeuvres du Titien :

Le miracle du Nouveau Né
le miracle du mari jaloux (1511)
Côté personnages, nos héros récurrents : Flavia, l'enquêtrice italienne et Jonathan Argyll, vendeur de tableaux ont des personnalités un peu ternes. Leur histoire pseudo amoureuse ne tient pas trop la route, ou alors, ils sont encore plus timides que moi, et là, je ne sais si cela est vraiment possible... bref. Sur le fond, il s'agit donc du comité Tiziano, dont les 6 membres doivent étudier l'authenticité des tableaux du peintre. Qui mettrait en doute le verdict des éminents spécialistes en la matière ? Titien or not Titien ? That is the question... Bien sûr, dès qu'il s'agit de s'en mettre plein les poches, la spéculation est toujours possible, mais pas sans danger.

Du même auteur, et avec les mêmes personnages, j'avais lu autrefois L'enigme San Giovanni, un livre paru en 2004.

La véranda - Robert ALEXIS


Un livre aux éditions José Corti (2007)
158 pages

Le sujet
Europe, début XXème siècle. Un homme riche, la cinquantaine, voyage en train et se souvient. Lors d'un trajet sur un fleuve, il avait aperçu une maison, avait tout mis en oeuvre pour l'acquérir, malgré ce que disaient les gens du village : le propriétaire avait disparu soudainement, et sa veuve et leur fille y habitaient seules.
Une fois installé, il comprend que le proprétaire c'est lui-même...

Le verbe
Chacun de mes pas, en même temps qu'il froissait les jours de mon existence passée, ouvrait les pages d'un livre longtemps tenu secret. (p.26)

Mon complément
Je découvre avec ce roman l'univers particulier de Robert Alexis. Les premières pages m'ont enchantée, tant que le récit tenait la route. Puis, l'intérêt à l'histoire s'appauvrit. Je déconnecte en même temps que le héros ne sait plus s'il vit dans un rêve. Passage entre une sublime poésie du départ et un récit fantastique à la fin que j'ai trouvé inapproprié. J'avais hâte de lire la fin, j'avais un sentiment de malaise. Il faut dire que R. Alexis passe en revue pas mal d'images insolites. D'accord, il s'agit au départ d'un homme qui, blasé, désire s'installer dans cette maison idéale. Ensuite, il se souvient de ses voyages, de la drogue, de séances pseudo érotiques, voire, pédophiles !
Adossés aux coussins brodés, nous attendions que la maquerelle revint avec la nymphette. La petite abyssine et sa soeur étaient très demandées. Soucieux d'accélérer les choses, Kelsey avait glissé de gros billets dans le caraco de la danseuse ; les filles, le rassura-t-elle, descendraient le rejoindre par une porte dérobée. (p.128)
Malaise je vous dis, je ne m'attendais pas à cela ! Peut-être que ce genre de roman réclame une lecture continue, je ne sais. J'ai vraiment eu l'impression que Robert Alexis ne savait pas trop comment achever son histoire. Au final, il opte pour un héros qui "perd un peu la boule", qui oublie qui il est, qui finit par le découvrir, est-il un fantôme ? Vit-il entouré de ses fantômes ? Rien n'est évident. Un vrai labyrinthe de l'esprit. C'était sans doute l'effet recherché, y compris pour le lecteur.

Le guépard - Giuseppe TOMASI DI LAMPEDUSA

  • Un livre aux éditions Hachette (2005)
  • Titre original (Italie) : Il Gattopardo
  • édité en 1958
  • Traduction (très soignée !) par Jean-Paul Manganaro
  • 285 pages (roman seul)

Le sujet
Sicile. 1860. Fabrizio, le prince de Salina observe la dérive de sa propre famille et s'accommode, bon gré mal gré, des bouleversements politiques qui s'opèrent lors de la création de l'unité de l'Italie. Le personnage dont Fabrizio se sent le plus proche est Tancrédi, le fils de sa soeur, dont il devient le tuteur lorsque celui-ci se retrouve orphelin à 14 ans. Il autorise le jeune homme à se marier avec la belle Anjelica, une fille d'origine plébéienne. L'heure de la fin de l'aristocratie pure a sonné son glas.

Le verbe
Il faisait le bilan général de sa vie, il voulait ramasser petit à petit hors de l'immense tas de cendres du passif les paillettes d'or des moments heureux : les voici. (p.265)

Mon complément
Quel livre merveilleux ! Je veux dire élégant. Une écriture remarquable et, j'ajoute, subtile. J'avais entendu parlé du film, adapté de ce roman, mais je ne connaissais pas vraiment l'histoire. J'ai donc acheté le livre "les yeux fermés" après l'avoir repéré en librairie. Je ne regrette pas cet achat impulsif car c'est réellement un roman touchant et instructif ; l'auteur est l'arrière petit-fils du personnage qui a inspiré le prince de Salina. Tomasi décide d'écrire de manière romancée le récit d’une journée de la vie de son arrière-grand-père, coïncidant avec le débarquement de Garibaldi en Sicile en 1860.

Emporté dans son élan, Tomasi rajoute au fil du temps des chapitres qui étayent l'édifice fragile du récit de la vie d'un homme, ses fiertés, ses amours, ses loisirs, sa prestance dans un monde qui se dérobe aux usages.

Tomasi désirait à toutes forces être édité, cependant, le livre ne fut imprimé qu'après sa mort et obtint en 1959, le prix Strega, le prix littéraire le plus prestigieux en Italie (équivalent de notre Goncourt).
Greuze- la malédiction paternelle
[Il est question de ce tableau qui trône dans la bibliothèque de la maison Salina.]

Le livre est composé de huit parties, auxquelles s'ajoutent des addenda, justifiés par la complexité des fragments retrouvés plusieurs années après la première publication. L'auteur avait annoté quantité de feuillets dactylographiés et rédigé un testament consignant ses dernières volontés autour de ce roman.

Le style y est d'une incroyable maîtrise. Les mots, les sentiments, le bruissement de la nature, celle des étoffes des vêtements concourent à nous introduire dans un monde passé mais universel.
Lorsque, ensuite, il eut appris à mieux connaître Don Fabrizio, il retrouva bien sûr, chez ce dernier, la mollesse et l'incapacité à se défendre qui étaient les caractéristiques de son noble-mouton prédéfini, mais en plus, une force d'attraction différente dans le ton mais égale en intensité à celle du jeune Falconeri ; et encore une certaine énergie qui tendait à l'abstraction, une disposition à chercher la forme de sa vie en ce qui venait de lui-même et non en ce qu'il pouvait arracher aux autres, il fut fortement frappé par cette énergie d'abstraction bien qu'elle se présentât à lui sous une forme brute et non réductible à des mots comme on est tenté de la faire ; mais il s'aperçut qu'une bonne partie de ce charme provenait des bonnes manières et il se rendit compte combien un homme bien élevé est agréable, car, au fond, ce n'est que quelqu'un qui élimine les manifestations toujours déplaisantes d'une grande partie de la condition humaine et exerce une sorte d'altruisme profitable (une formule dans laquelle l'efficacité de l'adjectif lui fit tolérer l'inutilité du substantif). (p.145 - Don Calogero Sedàra, le père d'Anjelica décrit Don Fabrizio).
Le monde des hommes et de leur infinie nostalgie.
...mais ils étaient quand même contents car le bonheur consiste à rechercher des buts et non à les atteindre ; c'est du moins ce que l'on dit. (extrait du fragment A, addendum au roman)
Liens externes

Sale tête

Je l'avais constaté avant que l'on me fit la remarque, cependant, l'acceptation de ce genre de jugement est toujours accompagnée d'une réaction, une surprise ou un désaveu. Dans mon cas, je savais que je n'avais pas ma tête des meilleurs jours, ceux-ci étaient aussi loin que les souvenirs qui en restent. Peu importe, pour rien au monde je ne voudrais replonger dans les meilleurs jours, ils appartiennent à une entité incapable de décision, une ancienne forme, ce n'est donc pas un sort enviable. J'accusais les remarques inquiètes concernant ma sale tête avec sérénité et complaisance, sans nier. Bien sûr, ils avaient raison. Mais tort de croire que j'étais si fatiguée. J'avais espéré que mon manque d'éclat soit occulté par mon dynamisme habituel, j'avais négligé de masquer les traces de l'hiver, celles des habitudes lancinantes et du manque de nuits complètes.

J'étais venue chez eux passer un week-end, j'avais bien l'intention de rester nature, pas de khôl, d'anti cerne, de rouges à lèvres ; j'allais redevenir pour un temps la petite fille dorlotée à qui l'on prépare les petits plats qu'elle aime, qui ne se complique pas la vie sous les regards inquisiteurs, livrée à elle-même, sans artifice. Tout cela était bien entendu pipé, comme les dés sur le tapis vert d'un casino clandestin. Mon camouflage était globalement raté, et j'eus droit à une salve inquiétante de recommandations. Tu n'aurais pas dû venir nous voir. Tu t'es fatiguée...

Non. Tout va bien. Je gère. Comme d'habitude. Le temps passe, vous allez disparaître. Rien ne dit que l'on se verra tant que cela dans les années à venir. Nous sommes infimes et infirmes. Profitons de rouler cette bosse que d'autres regrettent de n'avoir assez tâté. Profitons. Gérons nos absences comme nous le faisons du Soleil. Ce sont des choses qui ne se commandent pas. Et les envies de se voir sont des sortes d'éclaircies.

Nous vieillissons ; tu vas trop vite pour nous. Certes. Je ne sais pas vraiment faire autrement. Je suis une sorte de moissonneuse-batteuse, je laisse derrière moi des bottes de foin ficelées et mortifiées, perdues. Pardonnez-moi. Donnez moi du blé à tordre et du grain à moudre, ils sont mon carburant, mon huile, ma récolte et ma raison. Laissez-moi être l'oeil, la bouche, l'oreille et le doigt, greffez-moi une peau d'âme, que mes sensations ne soient pas en déséquilibre impatient. Je me reposerai plus tard. J'irai au spectacle, au cirque ou au jardin d'hiver, au palais des glaces.

Je fais une liste. Encore une. Bien appliquée, avec des lettres rondes qui tournent dans la bille. J'aime bien le dessin des mots, rassurant, qui me donne l'impression d'un début d'achèvement ; comme lorsque la rédaction d'une adresse sur une enveloppe présume un départ imminent.

1) prendre un peu plus de temps pour moi
2) ...