Je me sentais seule, mais les souvenirs de cette époque sont tout de même plutôt joyeux. Je le disais ce week-end à ma soeur. C'est étrange. J'étais du genre petite sauvage, pitoyablement timide, sans doute effrontément désobéissante. Après ce premier séjour, j'y suis retournée plusieurs années de suite, pendant les vacances, comme quoi je n'en fus pas traumatisée. Je crois que j'aimais au contraire ma liberté campagnarde. Je pouvais jouer à l'exploratrice. Avec ma copine Isabelle S., qui vivait chez sa grand mère juste en face, et Anne G., nous avions même créé notre "colonie" de vacances.
Je me souviens des dimanche à la messe à La Chapelle (il ne faut pas l'inventer !), les femmes d'un côté, les hommes de l'autre, les dos noirs et les chants en latin, effrayants. Et cette odeur d'encens pesante. Mais j'ai aussi de jolis souvenirs qui sentent la terre et les blés fanés. Même si les soirs, je comptais les voitures qui traversaient le village avant de m'endormir, en priant que mes parents passent me voir le lendemain. Je pleurais en me disant que peut-être, ils m'avaient abandonnée, que je ne les reverrai plus jamais, eux et ma petite soeur. J'en ris à présent c'est sûr, pourtant ce sont des moments que j'ai vécu avec une incroyable acuité.
Elisabeth, la soeur ainé d'Anne, faisait de la photographie. Un jour, elle m'emmena avec elle dans la chambre noire, en me disant qu'il fallait faire très attention ! J'étais très impatiente d'assister à la chose. Les bacs de révélateurs, les fils suspendus, les papiers trempés accrochés. Mystique chimique. Passionnant devant mes yeux d'enfant de 8-9 ans.
Je suis revenue à Yvoux il y a peu de temps. J'ai revu Anne qui y élève des poissons avec son mari. Elle a grandit la petite fille que je tenais par la main en lui chantant
Nous aimons vivre au fond des boisRevoir mon passé me donne une sorte d'élan, une claque dans le dos qui ne me déplait pas et qui me pousse vers l'avant. C'est comme de regarder dans la chambre noire. Je me penche un peu. Et j'entrevois une espèce de révélation sur moi même.
aller coucher sur la dure
La forêt nous dit de ses mille voix
Lance toi dans la grande aventure...






