23 novembre 2012

[JOURNAL] AMELIORER LE MONDE



La connaissance améliore-t-elle le monde ? Voilà le genre de question que j'aimerai voire débattue par ceux qui s'en sentent capables. Moi, j'y ai réfléchi ce matin en suspendant le linge, je ne sais pourquoi ce genre de réflexion arrive en un moment complètement aléatoire. Faire des choses répétitives et sans valeur ajoutée me donne peut-être l'occasion de laisser une part de moi vagabonder, tandis que l'autre maîtrise le choix des pinces et le claquement des vêtements qui doivent sécher bien tendus pour ne pas avoir besoin d'être repassés. Petite, j'aurai tant voulu que mes connaissances améliorent le monde. Je n'y suis pas parvenue, je pense tout de même avoir réussi à améliorer mon monde. Si la réponse globale est affirmative, oui la connaissance améliore le monde, ce monde amélioré rend-il plus heureux ? Peut-être pas.

29 octobre 2012

[RÊVE] RÊVE REPTILIEN


 
Je suis sur un manège au-dessus de la mer. Du genre siège volant. Soudain, alors que le manège semble être arrêté, je sens que je continue de m'élever dans le ciel, les autres personnes sur le manège me regardent, impuissants et muets. Un ULM passant par là m'a accroché à un fil et je me trouve entraînée, songeant en une fraction de seconde que je n'ai pas de chance, en plus j'ai le vertige. Mais je suis aussi téméraire et avant de me retrouver trop haut, j'arrache ce fil qui m'emporte.
Je tombe, très très lentement, je plane avant de toucher la surface de la mer qui m'engloutit comme une huître se ferme sur un intrus. Le contact avec l'eau est très différent de ce que j'imaginais, très doux, c'est comme si je m'enfonçais dans une sorte de matière plutôt visqueuse et à ma propre température. Ayant pris une profonde inspiration, je me rends également compte que j'arrive à respirer dans cette eau étrange, à condition de ne faire que de petits souffles. J'ignore comment cela est possible mais je suis rassurée pour un temps, j'arrive même à réaliser quelques mouvements avec mes bras de manière à remonter vers la surface. J'y arrive plutôt bien considérant que je ne sais pas particulièrement bien nager, ayant appris par moi-même et selon une méthode quasi instinctive puisée dans mon cerveau reptilien.
Parvenue hors de l'eau, je constate que je ne suis pas trop éloignée du bord et je me réveille tout en m'épuisant à le rejoindre.
 
illustration Mel Kadel

06 octobre 2012

[RÊVE] RAPA NUI(T)


 
Dans une pièce inquiétante. Au mur, quatre appliques en forme de Moaï rangées par taille croissante et mesurant entre 10 et 30 centimètres. J'ai mal à la tête. J'avale un cachet et j'entends un bruit dans mon ventre, le même bruit que faisait la perle que je mettais dans la bouche de ma poupée lorsqu'elle tombait dans son corps de plastique. Intriguée je m'ausculte : ma peau est ferme et lisse mais dessous il n'y a rien, ni os ni muscle ni organe, je suis complètement vide. Le temps que dure ma découverte, une tête Moaï a disparu sur le mur, à sa place un espace. Je panique tout en sachant que maintenant que je suis transformée en une sorte de mannequin habillé en habit indonésien, je ne risque rien. Je continue pourtant de penser, je réfléchis, je me pose des questions. Puis soudain je remarque qu'une tête de "Vierge Marie" a remplacé la tête Moaï. Un visage qui n'a rien de serein avec des yeux perçants. Soudain la tête de Marie bouge, franchement tournée de travers comme dans le film l'Exorciste (un film que m'a sacrément fichu la trouille j'avoue). Je sens sur ma peau fleurir des frissons visqueux. Je veux crier "elle a tourné la tête, elle a tourné la tête" mais aucun son ne sort de ma bouche. Je n'ai pas de langue, rien pour faire écho à ce que je pense. Je continue de hurler en moi-même "elle a tourné la tête, elle a tourné la tête" mais ce que j'entends ressemble surtout à "é a touné a tète, é a touné a tète", que je répète inlassablement. J'ai peur, je ressens cette peur sur moi comme un manteau. Pesante. Personne ne vient à mon secours. Soudain, mon mari me touche l'épaule en grognant : arrête de faire ton cauchemar. J'avais rêvé à haute voix et crié dans la nuit "é a touné a tète". Je ne me suis pas rendormie mais cette histoire a fort amusé mes enfants quand on s'est raconté nos rêves le lendemain matin.

02 octobre 2012

[BLOG] LA CHRONIQUE A 8 ANS


 
Ce blog a 8 ans aujourd'hui. A y réfléchir, je ne pense pas avoir jamais envisagé ou même imaginé une quelconque durée de vie pour ce carnet d'écriture qui existera aussi longtemps que possible.
 

20 septembre 2012

[BLOG] NOUVELLE INTERFACE BLOGGER

 

Voilà, il est chez moi 15h45, 6h45 en France. Je me suis connectée ce matin et l'ancienne interface était toujours visible car j'avais retardé le jour et l'heure de la transition...

Je me reconnecte à l'instant et nous y voilà, la nouvelle interface de tableau de bord blogger est en place et je ne peux pas dire que je sois ravie car la précédente était à mes yeux plus intuitive et agréable, mais peut-être en est-il ainsi avec tout ce qui fait partie des meubles : on s'habitue au confort, succinct mais suffisant. 
 

 
 
Pour moi c'était mieux avant ! 

06 septembre 2012

[RÊVE] PLASTIC AGE

Dans une maison inconnue. Des discussions qui ne m'intéressent pas. Je m'éclipse dans la cuisine où j'espère trouver le calme et boire en silence. La cuisine est étrange. Les meubles en pin que je devine sont recouverts d'un plastique transparent identique à celui que l'on enroule autour des éléments fragiles dans les colis. J'étudie le système de fermeture du buffet dont la porte est entièrement enrobée de plastique, lorsque je la referme elle ne fait aucun bruit grâce à l'épaisseur de l'enveloppe. Je me demande pourquoi mes hôtes ont recouvert leurs meubles de cette façon, je me dis que cela a dû leur prendre un temps fou, que le résultat n'est pas très esthétique. Je me demande si mes hôtes ont voulu faire "de l'art" ; l'art est une chose si subjective. La maîtresse de maison arrive, prend un plateau et repart, je remarque alors que pour entrer et sortir de la cuisine il faut se glisser dans un tout petit espace étroit, large comme une silhouette humaine de taille moyenne. Pour passer avec le plateau, elle est obligée de se mettre de côté car sinon, le plateau se renverserait. Je me dis que cette cuisine n'est ni pratique d'accès, ni agréable à vivre. Sur le plan de travail "comptoir", traîne une capsule. Le maître de maison arrive à son tour. Il me demande si tout va bien. Je reconnais un ancien collègue de travail que je n'aime pas tellement car je crois qu'il me méprise. J'acquiesce. Il part en se glissant lui aussi de travers pour passer dans le boyau qui sert de couloir. Je suis soulagée de le voir partir. Je prends la capsule pour la déposer dans la poubelle. Celle-ci, comme le reste, est enveloppée de plastique à bulles, y compris la pédale et le couvercle que j'actionne. Enfoncé dans la poubelle minuscule (comme celles que l'on trouve dans les salles de bain) il y a un paquet de riz entier, ouvert et sur les grains du dessus grouillent des centaines d'insectes. Je jette la capsule sur le paquet, relâche le couvercle et sort de la cuisine sans m'attarder.
 

 

30 août 2012

[RÊVE] LA CARTE POSTALE


 
Je suis mariée avec W ce qui est hautement improbable vu qu'il est mort depuis quelques années, que je suis consciente de cela dans mon rêve mais il semble si heureux que je décide de ne rien lui dire. Nous sommes sur le point de quitter un lieu de vacance paradisiaque comme il en existe dans le Pacifique : faré sur une plage de fin sable blanc. Les bagages sont prêts mais avant de partir, je veux acheter une carte postale. Nous nous rendons dans une boutique et je demande au caissier où se trouve le présentoir de cartes. Tandis que je regarde les cartes postales, W contemple des casquettes de toutes les couleurs qui représentent les All Blacks. De mon côté, je cherche une carte postale représentant un paysage et il n'y en a pas. Il n'y a que des paquets de cartes avec le logo en forme de plume et toutes les cartes sont colorisées à la manière des oeuvres d'Andy Warhol. Je demande au vendeur s'il n'y pas de cartes postales représentant la nature. W se tourne alors vers moi en haussant un sourcil (il le faisait toujours) et me dit que nous n'avons plus le temps. L'instant d'après il disparaît soudain, je suis seule dans la boutique et je me demande si je ne vais pas acheter en souvenir une casquette au lieu de la carte postale.

 
 

illustration de mon cru

23 août 2012

[JOURNAL] LA BEAUTE D'UN INSTANT

Qui possède en lui la faculté de s'extasier sur la beauté de l'instant plus que sur celle du lieu - même si l'endroit où cette félicité se révèle n'est pas étranger au sentiment - est un être privilégié ; puissions-nous tous vivre un tel moment.

© Kenneth Parker
(tentative de mise à l'air de quelques notes prises en mai 2012, photo avec accord de l'auteur)

19 août 2012

[BLOG] TERRAIN DE JEU




Au départ je n’avais pas de compte à régler, sinon l’envie de me régaler l’esprit en m’imposant une sorte de gymnastique personnelle, une sorte d’examen de conscience qui servirait en même temps de laboratoire, c’est ainsi que j’ai conçu le début de mon blog Chronique des Temps Perdus dans la fin de l'année 2004, avec une première lectrice complice, ma sœur. Loin de moi l’idée de me masquer derrière une personne évanescente, bonne à vider son sac ou prétendre être une autre que moi-même. J’ai écrit des petites choses, je m’amusais. Je n’avais pas vraiment pris conscience que tout cela pouvait être sérieux, assez sérieux pour être consommateur d’énergie et de temps.

De nombreux autres blogueurs ont été mes parrains à leur insu : sur eux je pris exemple en n'écrivant que lorsque j'avais vraiment quelque chose à dire ; leur ancienneté sur la toile avait fait qu’ils avaient le recul nécessaire pour ne pas se laisser abuser par ce passe-temps où l’on perd vite le sens du réel et où l’on peut facilement confondre l’agréable et l’utile.

La découverte des Impromptus Littéraires (dont je fus l'un des administrateurs durant quelques années) m’a fait basculer dans une autre dimension : les nouveaux thèmes autour desquels il fallait inventer chaque semaine une petite histoire m’ont fait prendre conscience du plaisir des fictions. Mais j’ai toujours trouvé réducteur la propension du lecteur à désirer voir dans un récit une part de la vérité. Où s’achève la réalité, où commence la fiction ? Peu importe.

Aujourd’hui, j’ai moins envie d'écrire des histoires, mais je ne renonce pas à le faire. Parfois, je laisse vagabonder mon imagination comme on lâche un chien, puis quand il est l’heure, je tire sur la laisse pour qu’il revienne me lécher la figure, me composer un nouveau masque, une nouvelle expression.

La bête mystérieuse qui est en moi est insatiable.

12 août 2012

[RÊVE] MANU METRO C-3PO


 
Dans le réseau souterrain parisien. Un touriste chanceux me croise et me demande de l'aider à se repérer. Je lui réponds qu'il ne pouvait pas mieux tomber. Il continue dans son jargon et déjà je suis en position. Très fière. Je lui montre ma main droite fermée en poing, sur le dos mes veines bleues dessinent la carte du métro et de la main gauche, je lui indique la direction à suivre. Je connais les stations par cœur et mon touriste me regarde fasciné, cherchant à comprendre comment je fais pour savoir exactement ce qu'il attend. Je le regarde partir et essaye de me souvenir depuis quand date ma capacité à traduire tous les langages. Je me demande également si je suis la seule personne au monde dont les veines de la main dessinent la carte d'un métro.

07 août 2012

[RÊVE] LE PLUS BEL AMOUR POSSIBLE


 
C'est la guerre dans un pays d'Europe où nous parlons anglais. Je suis interrogée sur mes notes de terminale et sur la facilité avec laquelle j'ai réussi mon examen de mathématiques sans rien avoir jamais appris. Des juges me questionnent sur ma jeunesse et me reprochent d'être toujours de bonne humeur. Nous sommes une bonne centaine de personnes installées très inconfortablement sur des chaises à bascule autour de l'axe d'un pied que nous devons orienter tant bien que mal en fonction de notre morphologie pour que le siège ovoïde nous soutienne en équilibre à peu près stable, ce qui fait que nous avons la tête en arrière, le regard au plafond. Il m'est difficile de voir à qui je réponds et je n'ose pas redresser la tête de peur de perdre l'équilibre. Tout le monde autour de moi réagit lorsque l'on parle de mon sourire "oui c'est vrai, on l'a toujours vu sourire et c'est agaçant" murmurent-ils tous. Je réplique que tout cela est faux, absolument. Je me tourne vers ma mère qui se trouve un peu plus loin, j'y vois une ennemie qui me rejette en riant. Je suis condamnée à partir rapidement et je dois faire mes bagages. On me donne un vélo en me disant que tout ce que j'emporte doit être caché dans le vélo, que rien ne doit apparaître. J'ai un petit tas de vêtements à côté de moi et quelqu'un que je ne connais pas me rassure en me disant qu'il existe une machine à compacter les vêtements en forme de tube ; cela ressemble à une pompe à vélo : le vêtement entre par un bout (est en quelque sorte aspiré) et ressort tout compacté de l'autre côté de manière à pouvoir être enfoncé facilement dans les tubes de la structure du bicycle ; je suis très étonnée de cette invention. Un temps. Je me retrouve la première arrivée dans une grande salle de gymnastique recouverte de tatamis. Il y a des matelas empilés dans un coin, des couvertures et même des petites tentes individuelles qui s'installent en 2 secondes. Je prends juste une couverture car je n'aime pas dormir sans rien sur moi, la couverture est très épaisse et je m'allonge soulagée. Je me mets à penser aux derniers événements et je pleure parce que je ne comprends rien à ce qui se passe ni pourquoi ma mère s'est moquée de moi. C'est alors que Ros Myers s'agenouille à côté de moi et me prend par les épaules, elle aussi pleure. Je lui demande si elle aussi doit partir (tout cela en anglais bien sûr). Elle me répond qu'elle n'a pas le choix car elle doit mourir dans quelques heures. Je tente de la réconforter en lui disant qu'Adam ne lui survivra pas, qu'il meurt dans quelques épisodes mais je lui rappelle qu'ils ont vécu ensemble le plus bel amour possible. Elle semble rassurée et nous continuons de pleurer dans les bras l'une de l'autre.
 
 
illustration : Rupert Penry-Jones dans le rôle d'Adam de la série Spook

14 juin 2012

[RÊVE] ECO-VOTE


 
Je suis arrivée dix minutes après la fermeture du bureau. Dans la salle résonnaient quelques noms et des chiffres comme dans une salle des marchés. Un peu plus tard, c'est le deuxième tour. J'aperçois les deux piles, en m'approchant je constate qu'il y a le même nom sur les deux tas et je pense à une blague du citoyen précédent. Un peu perdue, je lève la main. Quelqu'un s'approche et je lui murmure qu'il doit y avoir une erreur, qu'on nous demande de venir voter alors qu'il n'y a qu'un seul nom. L'huissier - je vais l'appeler ainsi - me confirme qu'il n'y a pas d'erreur et qu'il n'y a qu'un seul candidat. Je commence à m'énerver, en parlant très fort. Je m'exclame : "C'EST INVRAISEMBLABLE", "JE NE COMPRENDS PAS BIEN POURQUOI ON ORGANISE UN VOTE ALORS QU'IL NY A PAS DE CHOIX", "ON AURAIT PU FAIRE DES ECONOMIES", "TOUS CES BULLETINS IMPRIMES QUI NE SERVENT A RIEN", "CES GENS QUE L'ON A DEPLACE INUTILEMENT" : CEUX QUI VIENNENT VOTER AUTANT QUE CEUX QUI DOIVENT SURVEILLER, UNE JOURNEE PERDUE POUR TOUT LE MONDE, QUE C'EST UNE HONTE ! L'huissier me réplique que c'est la loi. Je me réveille toute chamboulée.

22 mai 2012

[RÊVE] 19 DEGRES DANS LA MAISON

Je suis plus jeune qu’aujourd’hui, je ne semble pas avoir d’enfants ni de conjoint. J’habite dans une chambre immense, le couvre lit est en velours rouge, devant, un lit d’hôpital est recouvert d’un drap noir avec une forme bizarre et inhumaine allongée dessous, je soulève le drap il s’agit d’une vieille femme (que je dois sans doute autopsier), elle tient une poupée thaïlandaise serrée dans ses bras, une grande poupée de presque un mètre de long, ses yeux peints sont noirs et son costume est bleu nuit. Je dois sortir. Dans ma précipitation, j’oublie mon badge pour pouvoir ouvrir la porte au retour, mais je n’ai pas le temps de m’en occuper. J’arrive dans la salle de spectacle, une grande salle mais il y a très peu de public. Je suis au deuxième rang, il y a au moins 2 mètres entre chaque rangée de sièges. Je rejoins facilement mes deux amies qui sont déjà arrivées. Ce sont des amies que je connais depuis quelques mois, elles sont 70 ans et je dois en avoir autour de 25. Nous nous embrassons. Le spectacle commence. Le chanteur se nomme Zaalee, il est derrière nous dans la salle et nous encourage à entamer une farandole. Fidèle à mes angoisses je refuse, je ne sais absolument pas danser, je m’excuse de ne pas suivre mes copines et prétends prendre des photos officielles pour mon blog. Mon appareil photo est rose et minuscule, le même que je viens de m’acheter. Je prends le temps de faire le point sur le chanteur, je me doute qu’avec l’obscurité de la salle, il faudra le flash. J’entends ma mère qui m’appelle. Sans la regarder, je prends la photo et je me tourne vers elle en lui demandant d’attendre, la prochaine fois qu’elle voudra me parler, que la photo soit prise. Je n’ai pas vu ma mère depuis deux ans (c'est également la réalité : elle vit à 18 000 km de chez moi). Elle semble pourtant rajeunie, son front est très lisse. Elle est assise à côté d’une vitrine qui présente des gâteaux, sans doute le dessert qui sera servi plus tard. Il y a également de grands plats de porcelaine blanche. Les gâteaux sont étranges, en forme de cône, et constitués de haricots rouges éclatés façon pop-corn en pièce montée et saupoudrés de sucre glace pour imiter la neige comme sur les bûches de Noël. Leur structure est extraordinaire et ressemble étrangement aux alvéoles des nids d’abeilles (si Pierre Hermé réalise ce dessert, j'espère qu'il pensera à me donner une part de la recette car c'est moi qui l'ai inventé). Ma mère me demande ce que c’est, je lui réponds que les desserts aux haricots rouges sont excellents, les japonais en raffolent et moi aussi. Zaalee chante des rythmes plutôt africains et entraînants, je m’éclipse sans dire au revoir à personne. Je suis en bas de mon immeuble. J’explique au portier que j’ai oublié mon badge à l’intérieur. Le portier est une jeune femme, elle rit et me demande des nouvelles de mon petit cochon. Je me souviens alors être sortie sans donner à manger à mon cochon (qui doit vivre en liberté dans ma chambre). Je pénètre dans ma chambre sans problème. Je cherche le petit cochon, je l’appelle, il est introuvable. Je m’approche du lit d’hôpital : la forme sous le drap noir semble affaissée, je soulève le drap et constate que le corps est déjà en décomposition, la peau du visage est toute décrochée et tient à peine sur les os de la tête, dessous la peau, il y a une sorte de texture comme des morceaux de coton dermatologique prédécoupé mais gris foncé. Je suis surprise mais ce qui m’intrigue le plus c’est que la poupée thaïlandaise a elle aussi le visage tout décomposé.

Je me réveille lorsque ma fille se glisse contre moi en me disant qu’il fait 19 degrés dans la maison.

23 avril 2012

[RÊVE] SOUS LE FEU

C'est aujourd'hui l'anniversaire de C et bien qu'elle ne m'ait jamais réellement donné de ses nouvelles je retourne dans son salon de coiffure que je ne reconnais pas. Elle me dit que mes cheveux ont poussé ce qui est naturel car voici deux ans qu'elle ne m'a pas revue. Ses mains sont douces. Je regarde par la vitrine et quatre jeunes sont devant, deux hommes et deux femmes, l'un d'eux tient une arme à feu, genre pistolet, et tire dans les genoux de ses camarades qui tombent sur les leurs sans bruit mais avec une grimace affreuse. Je me glisse doucement de mon fauteuil jusqu'à disparaître derrière le bac à shampoing que j'espère assez haut pour me protéger, je murmure aux autres dans le salon qu'il faut se mettre à couvert et si possible, descendre très rapidement le rideau de fer qui protège la vitrine du salon mais soudain le tireur entre et demande ce que nous avons vu. Nous sommes quatres femmes à plat ventre, au moins, d'après ce que je peux voir, et tout à fait silencieuses. Personne ne pleure sur son sort ni ne gémit. Je ne veux pas paraître lâche, en plus je suis la plus vieille et je dois donc faire face à l'intrus. Je me redresse devant lui et je lui réponds qu'à cause de son comportement ma couleur est fichue. Je me regarde dans le miroir, mes cheveux sont d'un violet très sombre. Dans mon dos, je remarque qu'il n'y a plus personne sur le trottoir, les trois blessés se sont évanouis ou n'ont jamais existés, le tireur disparaît lui aussi et en fait, je me retrouve complètement seule dans le salon de coiffure. C'est la nuit.

28 mars 2012

[JOURNAL] TRAIN DE VIE

La vie est un travail parfois non rémunéré, et le seul défilement autorisé à protester est le train des souvenir.

illustrations sens horaire en partant du haut gauche :
Dorothea Lange, source inconnue, M. Raj et image du film "L'esprit de la ruche"

01 janvier 2012

[JOURNAL] LE PREMIER GESTE DU MATIN

Le premier geste du matin consiste à me préparer un bon café que j'aime boire en lisant. Je sais qu'il ne faut pas faire plusieurs choses à la fois, cependant il n'y a pas pour moi de meilleur moment de la journée que celui de contempler la petite surface liquide et noire qui tremble et qui ne reflète rien. J'aime le vide de cette sensation où tout est possible, tout est à écrire. J'aime cette odeur grillée et suave. J'aime boire mon café au calme, si possible dehors, à la fraîche, sous ma varangue. Il a plu cette nuit de nouvelle année et la température baissée de quelques degrés est vraiment très agréable. Je ne peux m'empêcher de songer à tous ces instants où j'ai bu un café sans passion, sans émotions particulières, sans m'en rendre compte, par habitude. Des litres et des litres d'un breuvage plus ou moins brûlant et insipide. Je pense que je serai de nouveau un jour dans cette situation, par commodité ou par ennui. C'est d'ailleurs cette pensée qui me fait apprécier d'autant plus ce moment d'exception que je prends chaque matin.