03 février 2016

Dans cet étage j'ère

A ma muse

A cet étage où tu t'arrêtes, je ne suis jamais passée et pourtant j'en rêve depuis que tu as marqué l'endroit dans un cahier secret. A sept heures j’appuie sur le bouton de l'ascenseur et je m'envole ; mon esprit papillon virevolte comme une folle et se cogne à la réalité : des rides sont marquées du haut en bas comme des barres parallèles d'un monde où le temps ne s'est pas arrêté.

Il n'y a pas de temps au verbe asymétrique, ton cahier de couleurs mélangées fait un trou noir dans la constellation du Prince. Mon esprit papillon devient fou comme un chat qui passe devant le miroir, sa griffe trace une signature que tu verras peut-être si tu penches tes lunettes jusqu'au niveau de mes ailes tombées à force de dériver tes notes et tes nombres à la masse critique.

Dans cet étage où tu t'entraînes à revenir je t'attends.

    Illustration : M.Raj

14 novembre 2015

Téléphones


"Il faut prendre sur soi". Chaque jour, prendre sur soi le démon qui se réveille juste avant que l'ange ne se perche sur nos épaules. Courber la tête pour ne pas exploser. Baisser les yeux pour ne pas fusiller, du regard. Les incivilités, les conversations impolies qui emplissent le bus, le train, shut your mouth, je voudrais dire, oui, je voudrais dire ferme-la. Désolée. Parfois je suis un juge, je peine. J'accuse, mais pas à tort. Chaque jour je prends sur moi, je me moque de moi, je m'interroge. Ces incivilités sont-elles involontaires ? L'homme est-il devenu à ce point insensible au monde  qui l'entoure ? L'homme donne en spectacle sa petite vie, privée d'intimité. Dans le temps, on se mettait au secret pour parler au téléphone, on allait gérer ses contrariétés dans l'ombre feutrée. Le monde ne veut pas être sur écoute mais crie haut et fort son divorce, son compte en banque, son patron, ses gosses. Raconte tout, surtout n'importe quoi. Je mets mes écouteurs pour isoler ma conscience dans ma musique, elle adoucit les mœurs.

Les heures nous sont comptées


Je n'ai pas écrit dans ce carnet depuis longtemps, ce n'est pas faute d'y penser. Cependant les sujets qui m'inspiraient n'étaient pas agréables. Mais aujourd'hui, je prends le temps, quelques minutes. Juste pour dire que je suis toujours là, que rien ne m'abuse. Je suis ici face à moi-même en premier lieu même si je sais que de l'autre côté de la fenêtre tu es là.
Onze ans de blog, d'ivresses du verbe, de petits bonheurs.
Des rencontres et des dialogues.
Des retrouvailles et des souvenirs.
Des objets que l'on regarde, d'autres que l'on tient dans sa main, dans son coeur.

    Illustration : Ralph Gibson   

23 août 2015

Mon salon de lecture bouge

Un billet tout spécialement pour mon amie M-P. 



Chaque jour je quitte mon domicile en direction de mon arrêt de bus, puis direction la gare où je m’installe assez confortablement dans un wagon silencieux, la revanche des lève-tôt banlieusards qui habitent en “tête de ligne” donc loin de Paris. Plus de 30 minutes de trajets que je transforme en un temps béni, celui de la lecture. Mon salon de lecture bouge et je ne vois pas le temps passer, même si je surveille d’un coin de l’œil habitué la station où je dois m’arrêter. Je ne compte pas le nombre de pages, je m’autorise parfois de gros livres parce que l’envie d’un pavé l’emporte sur la raison et tant pis si mon sac à main, je devrais dire mon cabas à épaule, s’en trouve alourdi. J’ouvre mon livre toujours avec la satisfaction d’un enfant récompensé. Le soir, après ma journée, je lis plus rarement, empêchée par une somnolence envahissante et irrépressible, ou alors des conversations voisines bien trop bruyantes et parfois impolies, hélas.
Retrouver toutes mes notes de lecture rédigées au fur et à mesure sur mon blog de lecture

film dont vous êtes le héros

Je suis le héros d'un film. Tourné en noir et blanc, le film n'a pas de véritable secret, c'est un livre ouvert, un drap tendu derrière lequel mon ombre s'agite, ma voix déguste de sombres paroles et mes yeux lancent des nuages qui tournent en orage. Les vieux savent toujours quand la pluie s'annonce et courent se mettre à l'abri, s'ils le veulent, ou bien restent à attendre comme le font les enfants de la mousson, tout heureux de cette cascade imprévue. Je suis l'épouvantail dans une plaine interdite, je suis l'ange qui surveille la bibliothèque, complice des refuges des uns avec les autres. Je suis cet arlequin trempé. 
Illustration : “Bajazzo im regen” - Edgar Ende