26 novembre 2016

Le chat

Les miaulements répétés du chat des voisins ajoutés à ses griffures sur le paillasson eurent raison sur le rêve désagréable que je faisais. D'un bond je me levai, imaginant dans mon état semi conscient que j'avais peut-être enfermé le chat dans une chambre. J'entrepris de faire le tour de la maison vide à quatre heure du matin, appelant Chacha lorsque j'entrais dans une pièce, scrutant les portes de placards mi-ouvertes et je finis par aller me recoucher sans avoir rencontré le chat qui était peut-être dehors. Le chat était peut-être venu m'implorer de le laisser entrer car il faisait plutôt humide dehors mais je ne retrouvais pas trace de lui.

J'eus toutes les peines à me rendormir car à mon âge la moindre contrariété donne lieu à des cogitations infinies.

06 novembre 2016

Au début il n'y avait que moi (la CTP a 12 ans et au revoir mon Ondine)


La chronique des temps perdus a maintenant plus de 12 ans d’existence.

Comment puis-je expliquer cette longévité alors que tant de compagnons de mes débuts ont quitté la place de ces blogs des années 2000 à une époque où, pour s'exprimer, on faisait un peu l'effort de réfléchir avant d'écrire ?

Beaucoup de plateformes "sociales" ont vu le jour dans les années 2000, et j'ai été de toutes les aventures, de tous les "tests", j'ai créé des comptes dans :
- de nombreuses plateformes d'hébergeurs de blog,
- de suivi d'actualités (fils RSS),
- de gestionnaires de commentaires (utiles quand les plateformes de blog n'en proposent pas ou proposent des gestionnaires de commentaires limités),
- de compteurs de visites uniques (permet de se rendre compte si le blog est lu par quelqu'un et à quel endroit dans le monde en enregistrant les codes des adresses des ordinateurs - IP).

En vrac :
  • aufeminin.com
  • blogmarks.net
  • babelio (que j'utilise toujours)
  • blog-it express
  • canalblog
  • criteo
  • delicious
  • disqus
  • domino counter
  • facebox (bien avant facebook !)
  • geovisite
  • haloscan
  • hautetfort
  • hello (était utilisé pour envoyer des photos sur blogger depuis picasa avant que blogger ne propose les images directement dans les billets)
  • kreuzz.com
  • livejournal
  • netlog
  • netvibes
  • stumbleUpon
  • soundcloud
  • ulik
  • typepad
  • wordpress
  • xiti
  • zeblog
  • ...
et j'en oublie !

Je me suis créé des comptes sur toutes les plateformes d’hébergement de blog mais comme vous l'aurez remarqué pour ceux qui me suivent depuis quelques années, j'ai conservé Blogger, le meilleur compromis pour moi, et que j'ai étudié depuis plus de 10 ans !
ici quelques liens utiles

Bien sûr, pour des raisons pratiques d'interaction avec mes proches, je me suis également créé des comptes sur tumblr et récemment sur instagram, mais il s'agit là plus de partage d'images instantanées que d'écriture, même si l'usage de ces outils permet la saisie de texte.

Facebook, enfin, incontournable, et me permettant d'administrer mes groupes ou pages en tant que "social manager".

Au début il n'y avait que moi dans ce lieu de la Chronique des Temps Perdus (CTP). Puis des amis sont arrivés, se sont manifestés dans les commentaires, j'en ai rencontré certains, avec d'autres je suis seulement entrée en contact par mail et nous le sommes toujours. D'autres enfin se sont "envolés" de mon univers comme des papillons attirés par des lumières sans doute plus compatibles avec leurs attentes, je ne les ai pas suivi car je me suis suis sentie en quelque sorte "trahie" ! Je suis d'une nature fidèle.

Et puis il y a eu l’aventure des impromptus littéraires. J'ai fait la connaissance de Lucie, aka "Ondine" à l'époque des Impromptus, une femme de mon âge à quelques semaines près, et qui vivait au Canada. Mon pseudo d'alors était Wictoria et j'ai été active très longtemps avec les Impromptus avant de "démissionner" faute de temps (et à cause aussi d'une certaine fatigue) :
http://impromptuslitteraires.blogspot.fr/p/comment-sont-nes-les-impromptus.html

Lucie est venue en France à plusieurs reprises, et nous nous sommes rencontrées à Paris lorsque cela était possible (2 ou 3 fois il me semble). Lucie s'est éteinte il y a quelques jours, j'ai reçu l'information par son fils qui nous tenait au courant de l'état de santé de sa mère depuis quelques temps. Lucie avait toutefois ralenti sa production littéraire en nous envoyant des messages audio, une manière pour elle de continuer le partage des émotions et aussi de communiquer sa lucidité face à la maladie qui l'avait envahie... Lucie la pianiste, la journaliste, une femme qui cherchait à communiquer autour d'elle ses passions !
profil Blogger de Lucie


J'ai du mal à penser à elle comme à quelqu'un que je ne reverrai plus car, je crois que l'on est tous ainsi : nous croyons en une sorte d'éternité vis à vis de ceux que nous ne voyons pas quotidiennement, on s'imagine alors qu'ils sont encore là, dans leur lointain, vaquant à leurs occupations et qu'un jour, peut-être, on se reverra.

dernière publication de Lucie sur son tumblr


Dans la rubrique la vie du blog lire aussi :


03 octobre 2016

Le tunnel Lynch (20)

Nous étions une petite dizaine de voyageurs en ce matin d'août. J'avais pris comme chaque jour le train de 6 heures vingt cinq, un train que j'aimais bien car il est rarement annulé et les mendiants qui parcourent habituellement les trains de banlieues ne sont pas encore à l'oeuvre pour quémander quelques pièces ou des tickets restaurant. Un train parenthèse où je savoure tranquillement mes pages de livres ou la playlist de mes musiques du moment avant de m'installer devant la console où je passerai la journée tout en notant mentalement quelques idées pour mon prochain roman. Magritte peignait sur la table de sa cuisine, son épouse et ses enfants près de lui, et comme lui je puise dans la banalité quotidienne pour remonter le seau de mes fictions. Je regardais mes compagnons de wagon et me demandais lequel allait se lever et tenter d'ouvrir la porte de communication du wagon devant le nôtre. Serait-ce cet homme qui somnolait depuis le départ ? ou cette dame qui semblait plongée dans une histoire à l'eau de rose sur son kindle ? Mon compagnon touriste semblait perdu. En fait, je crois bien que tout le monde avait compris à quel point notre voyage était unique. Je me levai et lui pris la main, je le rassurai dans sa langue tout en le tirant avec moi. Gwaenchanh-ayo. Tout va bien. Combien de temps encore avant la lumière ? Dans le wagon obscurci nous continuions de glisser dans le murmure imparfait de nos consciences et tandis que je me tenais devant la porte, tenant mon bel étranger par la main, je priais intensément, ce qui peut paraître incongru dans la mesure où je suis athée. Je priais pour le voyage ne finisse jamais.

A suivre (en 2017)

26 septembre 2016

Le tunnel Lynch (19)

Il était maintenant évident qu'il se passait quelque chose d'anormal. Nous progressions toujours à vitesse réduite dans le tunnel mais nous aurions dû en sortir et arriver depuis de longues minutes déjà à la station suivante. Mon voisin qui devait sans doute faire ce trajet pour la première fois ne sourcillait pas mais restait attentif et, tout en se frottant légèrement le poignet, surveillait de son regard lumineux l'animation du wagon. Dans mon fort intérieur je cherchais une explication rationnelle sans en trouver de plausible ; étions-nous passés dans un boyau oublié pris à cause d'une erreur d'embranchement ? Mais cette solution ne pouvait coïncider avec la topographie que je connaissais du réseau historique de cette ligne. La seule explication que je pouvais admettre était que nous avions progressé dans un nouveau tunnel creusé plus profond et dans lequel nous nous étions engagés tandis que les événements du début, l'arrêt prolongé, les hoquets brutaux qui s'ensuivirent, nous avaient fait perdre la notion du niveau auquel nous aurions dû nous trouver. Mais alors qui avait construit ce tunnel et dans quel but ? Où nous dirigions-nous ?

A suivre

12 septembre 2016

Le tunnel Lynch (18)

Bien que ralentie notre vitesse aurait dû nous faire rejoindre la prochaine station, cependant nous avancions toujours dans le tunnel en clair-obscur, le ronronnement du wagon ressemblait au sommeil d'une bête qui glissait sans fin, portant dans son ventre sa pêche miraculeuse comme la baleine de Pinocchio. Étrangement, je n'avais pas peur, j'observais mes compagnons dont certains commencèrent à s'agiter sur leur siège, incertains de la conduite à tenir. Je me mis à parier sur celle ou celui qui parlerait le premier, qui serait le premier à s’insurger contre le tunnel qui, après nous avoir stoppé durant quelques minutes à son entrée, ne nous laissait plus sortir.

A suivre

05 septembre 2016

Le tunnel Lynch (17)

Oui, le mois d'août est un mois très particulier, car malgré les touristes que l'on peut espérer dans et aux alentours de la capitale, le nombre important de vacanciers urbains et aoûtiens permet la poursuite des travaux d'infrastructure entamés depuis plusieurs décennies intra-muros et plusieurs semaines avant le début des travaux, des affiches informent les passagers des coupures annoncées, des déviations mises en place et des nouveaux circuits à suivre. Dans le train où nous étions, il n'y avait aucun changement de prévu, et pourtant, rien ne semblait normal. Tout en faisant cette réflexion à mon compagnon que je ne voulais en aucun cas alarmer mais dont je voulais captiver un peu plus longtemps l'attention, je me rendis compte que nous aurions dû être sortis du tunnel depuis plusieurs minutes maintenant, et pourtant, notre train avançait toujours dans l'obscurité.

A suivre

29 août 2016

Le tunnel Lynch (16)

Le voyage à petite vitesse de notre train se poursuivait dans une semi-obscurité satisfaisante et j'oubliais l'inscription mystérieuse en expliquant à mon compagnon que la plupart du temps, rien ne se passait de singulier à part les jours de grève ou les jours d'intempéries pour les raisons que l'on peut aisément imaginer. Retard, annulation, ou parfois terminus prématuré dans une station aux multiples voies ce qui ne manque pas d'occasionner les bousculades dans les escaliers souterrains, précipitations et bien entendu panique chez les passagers perdus auquel il faut souvent expliquer la nouvelle direction à suivre. Dans ces moments là, je ne suis jamais la dernière pour proposer mon aide, rassurant la mère de famille qui doit descendre avec une poussette, expliquant à la vieille dame qu'il faut changer de voie ou indiquant au touriste perdu le quai d'en face pour retourner sur la ville. La plupart du temps, rien ne se passe et le mécanisme bien rôdé des horloges cadence les petits pas que chacun fait sur le bitume pour prendre le train à la même heure que la veille, qui nous déposera à la même heure à notre destination. Le mois d'Août est cependant un mois très particulier, avec les travaux d'été, les horaires sont bien moins fixes et il faut toujours prendre une marge pour les imprévus.

A suivre

22 août 2016

Le tunnel Lynch (15)

Je me demandais si l'inscription était visible lorsque l'intérieur des wagons est allumé et pourquoi je ne l'avais jamais remarqué, ou si je pouvais la voir parce que les lumières du tunnel mettaient le mur en évidence. C'était une assez grosse inscription, comme celles que font les tagueurs en quête de reconnaissance et qui marquent les murs de leurs lettres déformées aux lignes souvent brisées pour un message globalement abscons que seuls les initiés peuvent déchiffrer. Notre vitesse bien que plus lente que d'habitude ne me permit pas de relever le message qui nous poursuivit pendant quelques secondes, certaines figures répétées, des O, des zéros, étaient semblables à un oeil. Mon voisin remarqua lui aussi les inscriptions sur le mur car mon intérêt pour l'observation par la fenêtre lui donna le même et nous étions côté à côte le front contre la vitre car il s'était déplacé face à moi. Je répondis à son air interrogateur en indiquant que c'était la première fois que je voyais cette inscription, depuis plus de 20 ans que j'empruntais ce trajet. Il me répondit poliment avec une voix presque sans accent que 20 ans c'était une sacrée durée et que je devais avoir un tas d'histoires à raconter, des anecdotes dont j'avais dû être le témoin sur cette ligne. J’éclatais de rire car en effet j'avais vu beaucoup de scènes, certaines touchantes, d'autres vulgaires, mais aucune n'était étrange comme celle que nous vivions en cet instant.

A suivre

15 août 2016

Le tunnel Lynch (14)

Je ne me rappelle pas à quel moment les lumières du wagon se sont éteintes mais nous ne fûmes jamais dans une totale obscurité. L'intensité des néons du tunnel donnaient une intéressante vision de notre wagon : ceux qui n'avaient pas refermé les yeux dans le confort retrouvé de la vitesse couplée à la musique ou aux diverses pensées auxquelles on s'occupe durant les voyages routiniers, avaient comme moi découvert le wagon dans ses ombres et lumières, et certains avaient même recommencé la lecture de leur livre ou de leur tablette. Pour d'autres, l'étonnement l'emportait sur l'inquiétude. Je me tournais vers la vitre et posais mon front contre le verre tentant de distinguer quelque détail qui pourrait être étrange et que j'aurais voulu être la première à découvrir. Je me demandais si certains soirs, lorsque le trafic s'arrête, quelqu'un prend son service pour parcourir à pieds ou sur un petit wagonnet motorisé les quatre kilomètres du tunnel, à la recherche d'un animal mort ou d'un objet quelconque tombé sur les voies et qui pourrait être un danger. Il y a tant de déchets jetés, bouteilles, paquets, sacs, chaussettes ou même chaussures, sans compter les mégots crasseux ; bien sûr dans le tunnel il ne peut y avoir autant de pollution qu'en voies extérieures ; je me demandais donc quel type d'objet était parfois ramassé lorsque j'aperçus une inscription géante.

A suivre

14 août 2016

Je vous retrouve

Je vous retrouve après une heure après un an. Je tape ton nom dans ma paume et je profite enfin de cette chaise vide pour m’asseoir à côté de toi. Tu as les yeux fermés mais tu souris, sans doute à faire ce rêve en miroir dans lequel tu te reposes. Je te retrouve et tu ne vois rien d'autre que ces souvenirs cendrés enfouis dans la brume électrique des archives, photographies délimitées par un cadre blanc et à leurs dos quelques dates et endroits surprenants écrits au futur ; tu n'as jamais été bon ni en grammaire, ni en vitesse.

Tu abandonnes les casques, les cuirs, les ventouses, les aiguilles, tu jettes tout dans le panier qui ira aux encombrants, c'est pratique ils passent chaque premier jeudi du mois et c'est après-demain. Tu mettras un tabouret sous le panier pour qu'il ne se balance pas sous les pieds nus des gamins désœuvrés. Tu es tellement raisonnable lorsqu'il ne s'agit pas de donner des rendez-vous ou des promesses. Je tape ton nom dans ma paume et la piqûre habituelle revient anesthésier mes phalanges, heureusement il me reste tes bras.