
Un instant avec mon ombre, le temps d'ôter la poussière des grands ménages, ceux qui font de la place dans mon tout petit espace. Ne plus s'encombrer des morceaux tombés qui roulent dans leur maigre solitude, j'arrange un peu ma mémoire, j'écarte la parenthèse, je récure les coins en friche. Engluée dans la marée noire de mes doutes, je veux partir au large.
S'abrutir alors, se regarder dans un verre de vin mauvais, n'y voir que la lie de ce qu'il faudrait essuyer et n'avoir jamais vécu. Tourner le pied ébréché dans sa main tremblante, la fatigue tu vois, un peu de peur aussi. Ne pas s’écouter. L’ivresse est nécessaire aux reclus, aux exclus. Elle éloigne les dangers, comme ce battement qui sursaute sous ma peau.
Que dit l'étoile ? Une timide lueur, voilée comme une voix qui a trop fumé. Mes anges sont pourtant là, patients, je refuse de les voir, ils ont l'habitude. Vais-je trop vite, suis-je trop lente ? Je ne suis jamais au bon endroit. Je laisse des indices, des petits mouchoirs noués, des petites croix penchées dans le linceul d’un carnet noir.
Des petits flèches gribouillées, des traces qui ne servent qu'à me retrouver moi-même, une sorte d'endolyse des anciens bonheurs perdus. Rester silencieuse, un peu au dessus des choses qui font partie du décor, comme les aubes ardoise qui me réveillent de leur éclat de fin de nuit et qui sont ma seule peinture au mur.
Et cette horloge, elle a une aiguille de trop, celle qui fait des tours qui ressemblent à une valse folle, celle qui dessine une spirale infernale, une drôle de ronde jamais achevée, qui tourne sous un diamant obscène, gras comme une monstre gavé qui éructe pas à pas le clignotement de ce temps qu’on ne peut rattraper.
Crédit peinture : Henri Vincent-Anglade
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