22 décembre 2009

Les petites filles dans leurs papiers de soie - Morgan LE THIEC



crédit photo de l'auteur
© Josée Lambert
(en page intérieure de ce livre
)

Le livre
:
Date de Parution : 2009
Editions Pleine Lune
116 pages



Le sujet
:
14 brèves nouvelles se succèdent dans ce livre autour d'un même thème : l'enfance et les traces que l'enfance nous donne à suivre pour notre vie future.

Le verbe :
Beaucoup de belles phrases. Parmi mes préférées, citons :

Tu es de ces brasiers inexpliqués de l'enfance.
(p 27)
ou encore :
Je me demande si les gens se parlent parfois, malgré la distance. De son vivant, il y avait si peu de mots entre nous. Je me demande si les gens se parlent à travers leurs rêves. Je ne sais pas mais l'idée me plaît parce qu'il y a ces bateaux, le ciel et l'océan autour, invisible, ces couleurs sur lui et parce qu'il fait beau et froid.
(p 45)

Mon complément :


C'est en lisant un billet sur le blogue canadien Clavier tempéré de Lucie Renaud que j'ai eu très envie de lire ce livre. Et avant que j'ai pu me rendre à la librairie du Québec (30, rue Gay Lussac 5 è arrondissement Paris), Lucie me l'envoyait :

Vous pouvez imaginer ma surprise et ma joie !!!

Et la surprise ne s'arrête pas à la découverte du livre lui-même mais se poursuit avec la lecture de la prose subtile de Morgan Le Thiec, une auteure (les canadiens utilisent le féminin et j'aime bien cette orthographe moi aussi) qui me touche beaucoup.

Ce recueil est une sorte d'autopsie de l'enfance, je m'explique : lorsque celle-ci s'achève (si elle se termine un jour) que nous laisse t'elle à observer ? Que découvre t'on en décortiquant la dépouille de nos jours anciens ? Que dépose l'enfance en nous telle une couche de limon qui nourrira notre vie d'adulte, quels secrets restent enfouis au plus profond de notre être qui déterminera notre destinée, qui orientera nos choix, comme le ferait un caillou, une branche au millieu d'un cours de rivière.

C'est ce qu'explore Morgan Le Thiec dans ces 14 courts récits, qui mettent en avant des hommes, des femmes, meurtris, blessés, déséquilibrés par un souvenir, un poids qu'ils n'ont jamais pu oublier ou déposer en chemin.

Certaines histoires font venir les larmes, d'autres sont un peu plus légères et nous prenons de la distance avec le personnage principal, mais à chaque fois, il reste une constante : la délicatesse d'écriture. Et aussi le thème le plus cher à mes yeux : la vie est bien fragile, un rien peut venir la perturber et broyer les rêves que nous aurions pu faire.


Liens :

16 décembre 2009

Déloger l'animal - Véronique OLVALDÉ




Le livre
Date de Parution : 2005
Editions Actes Sud
Mon livre en édition J'ai lu, 2009, 150 pages


Le sujet

Camerone (Mexique ?). De nos jours. Malgré ses quinze ans, Rose est une enfant dépendante de sa mère qu'elle vénère, une mère funambule sur un étrange fil de vie, une mère-enfant qui vend des bonbons et qui semble vivre à côté d'elle sans la voir. Une femme-enfant qui passe ses soirées entourée de musiciens.
Rose est différente et fréquente l'institut, un endroit déprimant pour elle qui aime tant vivre sur la terrasse ensoleillée et observer à longueur de journée les lapins qu'elle y élève.
Puisque sa mère ne la voit pas, Rose se jette par la fenêtre, se retrouve à l'hôpital et lorsqu'elle sort, sa mère n'est plus là. Disparue. Rose va chercher à recoudre le souvenir de sa mère et de son vrai père. Questionnant tour à tour son beau-père Monsieur Loyal, le directeur de cirque qui n'est autre qu'une boîte de nu, ou bien la vieille voisine du dessous, madame Isis avec laquelle elle aime aller déjeuner, Rose imagine la jeunesse de sa mère et de celui qu'elle imagine être son vrai père. Elle colmate les brèches de sa vie par une couche de fantaisie, une mère étouffée par une famille marginale, un père amoureux. Que leur est-il arrivé ? Est-ce que Rose pourra comprendre le fin mot de cette histoire et enfin s'épanouir ?

Le verbe
Un soir Monsieur Loyal est rentré trop tôt.
Moi j'étais au lit dans ma chambre minuscule avec sa toute petite fenêtre grillagée (ce n'était pas une chambre me semblait-il, mais bien un garde-manger, un lieu où l'on avait jadis entreposé des jambons et des pommes de terre parce qu'il y faisait sec, frais et sombre, et où l'on m'avait rangée pour les mêmes raisons, c'était, disait maman, le meilleur endroit de la maison). Je dormais et ce furent les éclats de voix qui venaient du salon qui me réveillèrent. (p.29)
Mon complément

Mon premier Ovaldé. Voilà un livre comme je l'imagine, impudique, imprudent, impromptu, impitoyable. Comme un conte : une enfant qui ne fait pas son âge : comment pourrait-elle grandir normalement alors que sa mère ne la voit pas, ne lui donne pas la place de s'envoler, comment pourrait-elle grandir et sortir de sa réserve, de son monde, elle est très bien comme cela, comme dans un cocon.
Puis la mère disparaît. Un jour, elle n'est pas là, le père imagine qu'elle a pris ses cliques et ses claques, qu'elle a eu envie de reprendre sa liberté, mais Rose n'est pas d'accord. Sa mère ne l'aurait jamais, jamais abandonnée.
Alors Rose cherche ce qui est arrivé à sa mère. Qu'a-t-elle lu dans le journal qui a bien pu la mettre dans un état de torpeur si effrayant ?
Rose accumule des preuves, des bouts de vérités. Elle brode sa version des choses sur une histoire toute effilochée. Rose n'est pas bête : elle se cache dans sa peau de petite fille attardée et sujette aux crises, mais Rose est forte. Elle veut savoir. Elle saura.

J'ai beaucoup aimé ce roman. J'aime tout : le style, l'originalité, les expressions, les images... tout.

J'ai noté une chose très singulière (plusieurs choses mais elles ne me viennent pas spontanément à cet instant) : il y a une étrange similitude entre la description de la chambre de Rose au début du livre (voir l'extrait) et l'endroit où sa mère est finalement retrouvée. Je n'en dis pas plus, au risque de révéler la chute.
Ceux qui ont lu le livre se souviendront.
Pour les autres, je ne peux que vous convaincre de tenter le voyage : c'est 4,80 € seulement en collection J'ai lu : n'hésitez plus !

12 décembre 2009

Thomas s'en fout - Thierry WOJCIAK


Le livre
Date de Parution : 2009
Editions Tédoublevé
205 pages
13,80 euros

Le sujet

Paris. De nos jours. L'histoire déjantée, parfois désenchantée mais toujours burlesque d'un journaliste à qui tout ne réussit pas toujours, au risque de nous faire rire (non nous ne sommes pas moqueurs...).

Le verbe
On vient de se prendre un but. Rien à dire. On marchait tranquillou pour revenir dans notre camp parce qu'on pensait que le gardien était parti chercher la balle derrière ses buts, quand on a vu filer sans nous saluer un gars balle au pied qui a passé Bruno les doigts dans le nez, d'un petit crochet droit, pour marquer tout seul dans le but devenu aussi vide qu'un livre de Christian Bobin. (p.47)
Mon complément
J'avais parlé de ce livre le 15 octobre dernier dans la Chronique des temps perdus puisque c'est celui de mon ami Thierry, un être à l'écriture sensible et doté d'une plume qui va avec. Ce roman a la forme d'un journal assez singulier : il y note non seulement les jours, mais encore les heures, voire les minutes où il se passe quelque chose.

Cela donne ce genre là :
p 166
00h12. Tu trouves Thomas ? J'ai dû garder une boîte de l'époque où j'étais encore avec Rémy...y'a deux ans...

00h13. Rémy met des King size ??

00h14. Je ne l'ai jamais trop aimé ce gars-là.

00h15. J'extraie la machin du bidule.

00h16. Hm...

00h17. C'est pour un rôti de veau pour cinq ?

00h18. Déjà que dans un costard trop grand tout le monde pense que je fête Mardi-Gras, mais alors là...

00h19. Alors, tu as trouvé ?

00h20. Hélas.

00h22. Je tente bien un sinon, tu n'as pas des capotes normales ? parce que là faut au minimum que je fasse un ourlet, et j'ai râté la dernière séance du club couture...
Voilà un livre sans prétention qui donne le ton d'un monde parisien avec des vrais gens : leurs quêtes, leurs défauts, leurs obligations pas toujours funs, leurs faiblesses, leurs attentes, leus amours et petites contrariétés.

L'amour, l'Amour (grand A) sera t-il au rendez-vous ?

Vous le saurez en vous rendant sur le site de Thomas s'en fout pour une petite commande parfaite pour Noël si vous avez des amis qui aiment les surprises (bonnes) et rire (pas jaune) !

09 décembre 2009

Le symbole perdu - Dan BROWN

Le livre

  • Date de Parution : 2009
  • Titre original : The lost symbol
  • Editions française JC Lattès
  • 594 pages

Le sujet
Washington, de nos jours. Andros, un fou furieux qui se prend pour un ange déchu attire le professeur Robert Langdon dans un piège pour que ce dernier l'aide à trouver le symbole perdu qui doit lui permettre de découvrir les derniers secrets de l'humanité et devenir ainsi un dieu. Il a tort car Langdon va s'avérer être un adversaire corriace, le grain de sable dans sa parfaite machination.

Le verbe
Après ce lourd préambule, Langdon s'attendait à quelque chose de plus impressionnant qu'un cube de sept ou huit centimètres de côté, emballé dans du papier kraft attaché avec une ficelle. A en juger par la taille et le poids considérable de l'objet, il s'agissait probablement d'un bloc de pierre ou de métal. C'est tout ? pensa Langdon en le retournant entre ses mains. Il remarqua que la ficelle était fixée à l'une des faces par un sceau à la cire, tel un édit ancien. Le sceau représentait un phoenix à deux têtes avec le numéro 33 sur la gorge - le symbole du plus haut degré de la franc-maçonnerie. (p.134)
Mon complément :
Un livre reçu "direct" de la maison d'édition JC Lattès grâce aux volontaires de blog-O-book que je remercie pour cette heureuse manne. Très honnêtement, c'est un livre a comblé mes attentes : j'avais lu il y a quelques années le Code da Vinci, que j'avais dévoré, j'ai vu le film adapté (je n'ai pas trop apprécié le jeu d'Audrey Tautou qui ne ressemble pas à l'héroïne que je m'étais imaginée à l'époque) et, un soir de la semaine dernière j'ai -enfin- pris le temps de regarder "Anges et démons" sur ma télé (pas mal du tout, j'aime les films d'action, même si j'avais plus ou pressenti la chute...).

Bref, Dan Brown reste dans le registre des secrets, de l'ésotérime, des initiés et des drames qui se jouent à la barbe et la conscience des pauvres âmes que nous sommes.
Et alors ? Moi j'aime bien être sur un petit nuage, j'aime avoir l'esprit emporté. J'aime absolument tout ce qui est déraisonnable.

J'ai aimé me faire mener en bateau depuis la macabre découverte sous la coupole du Capitole, jusqu'au sommet de l'obelisque,

j'ai aimé me triturer la cervelle avec les codes et les carrés magiques et pouvoir me replonger à chaque instant possible dans mon "pavé" afin de progresser dans ma lecture en même temps que le pauvre Langdon tâtonnait dans son énigme.

Notons que l'histoire se déroule en une soirée, exception faite de quelques souvenirs des uns et des autres qui hachent un peu le récit, ce qui donne un rythme digne d'un livre d'aventure : pas le temps de souffler. Certains personnages sont très caricaturaux mais assez sympatiques (sauf le méchant vraiment ignoble mais je ne peux en dire plus). Sinon, j'ai eu ma dose de bondieuseries, mais pour un livre qui parle de franc-maçonnerie j'imagine qu'il faut ne passer par les livres saints de toutes époques, histoire de rappeler l'universalité de la croyance en un démiurge suprême pour expliquer l'inexplicable.

Cependant, j'aime aussi le scepticisme du personnage principal : Langton à qui il ne faut pas trop en compter s'en tire très bien au milieu des plus puissants, la CIA et les franc-maçons qui ont bien des secrets à ne pas mettre entre toutes les mains.

Washington, la bibliothèque du Capitole
chez Eric Sibert

Je suis restée sur ma faim concernant la fameuse nouvelle science : la noétique, je m'attendais à des démonstrations de capacités extraordinaires qui viendraient en aide à nos héros, mais non, ce sera peu-être pour le prochain volume...

Au final, un sacré livre de fiction qui tient sa promesse : pas seulement celle de l'aube, mais aussi celle d'un voyage intérieur, car qui que nous soyons, nous sommes forcément confrontés à nos propres croyances en lisant ce genre de livre ; nous sommes renvoyés à nos questions intimes : qui suis-je ? pourquoi et pour qui ? qui me regarde ?

Liens externes
  • Le site officiel du livre
  • des photos sur les monuments dont il est question dans le livre sont visibles sur le site de Sebyoda (vous y reconnaîtrez quelques images vues dans la Nuit au musée II pour ceux qui connaissent)
Sinon, j'ai cherché à quoi ressemble la Freedom Plaza dont il est également question dans ce livre :
photo Wikipedia
(clic sur l'image pour l'agrandir)

27 novembre 2009

La route - Cormac McCARTHY




Le livre
:
Date de Parution : 2006
Titre original : The road
Traduction par François Hirsch
Editions de l'Olivier
250 pages

Le sujet

Dans un monde dévasté, un homme et son jeune fils tentent de survivre en échappant à des groupes d'hommes devenus barbares tout en poursuivant un but : trouver d'autres survivants qui, comme eux, portent le feu de l'espoir.

Le verbe
Il pensait qu'il pourrait encore y avoir des navires mortuaires quelque part au large, à la dérive avec leurs lambeaux de voiles qui pendaient comme des langues. Ou de la vie dans les profondeurs. De grandes pieuvres se mouvant sur le fond marin dans la froide obscurité. Faisant la navette comme des trains, leurs yeux de la taille de soucoupes. Et peut-être qu'au-delà des vagues en deuil il y avait un autre homme qui marchait avec un autre enfant sur les sables gris et morts. Peut-être endormis séparés d'eux par à peine une mer sur une autre plage parmi les cendres amères du monde ou peut-être debout dans leurs guenilles oubliés du même indifférent soleil. (p.195)
Mon complément
Je ne pensais pas lire ce livre dont je me doutais qu'il fut émouvant et déprimant. Mais un ami me l'a prêté et je me suis laissée convaincre. C'est un livre formidable. Vous savez, le "formidable" qui inspire l'admiration et la crainte. C'est tout cela. Impossible de ne pas rester insensible devant cette vision apocalyptique de ce monde dénaturé où un père tente d'arracher son fils (que j'estime âgé de 6 ans vu ma propre expérience mais ce détail n'est pas mentionné) à la terreur et à la mort dans un monde effrayant.

De l'autre côté de la vallée la route passait à travers un brûlis totalement noir. A perte de vue de chaque côté de la route des troncs d'arbre carbonisés amputés de leurs branches. La cendre volante se déplaçant au-dessus de la route et dans le vent le grêle gémissement des fils morts tombant des mains flasques des poteaux électriques noircis. (p 13)
Equipés d'un révolver destiné à leur assurer une mort rapide (échapper à la barbarie des cannibales), d'une carte routière en lambeaux, ils tentent de rallier une côte au sud, d'échapper au froid et à la faim qui les tenaillent, se cachant des hordes de sauvages qui asservissent les miséreux qui ont le malheur de croiser leur route. Poussant un caddie dans lequel ils transportent leur nourriture, leurs couvertures, ils avancent, portés par l'élan du père et la confiance aveugle de son fils. Ce qu'ils croisent est au-delà de tout cauchemar, et le père ne peut toujours épargner les visions d'horreur à son fils qu'il appelle le "petit".

Il avait taillé pour le petit une flûte dans une tige de jonc qu'il avait trouvée au bord de la route et il la sortit de sa veste et la lui tendit. Le petit la prit sans mot dire. Au bout d'un moment il ralentit le pas et resta en arrière et au bout d'un moment l'homme l'entendit qui jouait. Une musique informe pour les temps à venir. Ou peut-être l'ultime musique terrestre tirée des cendres des ruines. L'homme s'était retourné et le regardait. Perdu dans sa concentration. Triste et solitaire enfant-fée annonçant l'arrivée d'un spectacle ambulant dans un bourg ou un village sans savoir que les acteurs ont tous été enlevés par des loups. (p 74)
Terrible évocation d'un monde revenu à l'état sauvage, dans lequel il n'y a plus d'agriculture possible sur une terre devenu stérile (l'homme et son fils se nourrissent de boîtes de conserves qu'ils dénichent dans les maisons abandonnées, des galettes qu'ils fabriquent avec de la farine.) Parfois, ils croisent des "gentils", c'est à dire ceux qui ne sont pas devenus cannibales, parfois, ils doivent faire face aux hordes sanguinaires. L'épouvante. Le père pense continuellement à la survie de son fils qu'il a fait naître (nous apprenons que la mère s'est suicidée). Son fils, sa seule raison de rester en vie.

Une lecture puissante pour une histoire qui l'est autant : une exploration sur les sentiments humains ou comment le rester quand tout indique que le monde meurt.



Et pour ceux qui aiment les films du genre, La Route sort en film le 2 décembre sur les écrans français ; je ne pense pas aller le voir, mais je suis certaine que le film sera déroutant !




Viggo Mortensen dans le rôle du père et Kodi Smit-McPhee dans le rôle du fils

24 novembre 2009

Le poète - Michael CONNELLY




Le livre

Date de Parution : 1996
Titre original : The poet
Editions du Seuil pour la France
Traduction par Jean Esch
540 pages


Le sujet

Etats Unis. Années 1990. Un journaliste cherche à comprendre le suicide de son jumeau et découvre un lien entre une série de meurtres de policiers déguisés en suicides. Ceux-ci enquêtaient tous sur des assassinats particulièrement horribles, parfois commis sur des enfants. Tous les policiers ont laissé en guise d'adieu un extrait de poème.

Le verbe
La nuit, le fantôme qui me hante le plus est le mal enfoui en moi qui me conduisit un jour à douter de la chose dont j'avais le plus envie.
Mon complément

Trop beau ! trop TOUT ! Un livre qu'on lit debout sous la pluie, la nuit, dans le bruit, peu importe au fond, car nous ne voyons rien d'autre. Une enquête qui tient la route, avec des rebondissements "at the end". J'ai trouvé amusant les détails concernant les transmissions de données : il faut dire qu'en 1996, internet n'était pas aussi "naturel" que maintenant. Peu de particuliers avaient le matériel pour envoyer et recevoir des fichiers, de quelque nature que ce soit.

- Vous savez ce qu'est un appareil-photo numérique ?
- Oui. C'est un appareil sans pellicule. Ils les ont essayé au journal.
- Exact. Pas de pellicule. L'image prise par l'appareil est enregistrée sur une puce et elle peut ensuite être visionnée sur un ordinateur, agrandie, retouchée, etc., et imprimée. En fonction du matériel dont on dispose- en l'occurence, on a ce qui se fait de mieux, avec un objectif Nikon - on peut obtenir des photos d'une grande perfection. Plus vraies que nature.
J'ignore si, dans la réalité, un journaliste pourrait participer à une enquête menée par le FBI,comme le fait Jack McEvoy, mais ce détail laissé de côté, on y croit ! d'autant que Jack est un homme des plus perspicaces et attachant. Un intègre, qui va jusqu'au bout pour découvrir la vérité, ce qui n'est pas sans me déplaire.

Mon frère jumeau. A-t-il regardé les yeux de son meurtrier au dernier instant ? Et y a-t-il vu la même chose que moi ? Y a-t-il un Mal aussi pur et ravageur qu'une flamme ? Je continue de porter le deuil de Sean. Je le porterai toujours.
Liens externes

18 novembre 2009

Trois femmes puissantes - Marie NDIAYE



Photo © Mercure / Opale

Le livre

Date de Parution : 2009
Editions Gallimard
316 pages



Le sujet

Dakar. Enrichi suite au rachat de Dara Salam, un village de vacances, et aujourd'hui ruiné, le père de Norah, avocate à Paris, la presse de venir. Il s'agit de défendre son fils Sony, le frère de Norah. Sony, qui s'est accusé du meurtre de sa belle-mère, la nouvelle femme de son vieux père, et dont il a eu des jumelles (leur nounou est Khady). Que s'est-il passé pour que le petit prince chéri de son père, l'enfant gâté et riche, enlevé à sa famille l'année de ses 5 ans, soit aujoud'hui enfermé à Reubeuss ? Quel monstre s'est assis sur son ventre pour ne plus se relever ?

Abel Descas, l'ancien propriétaire de Dara Salam a assassiné son associé africain avant de se suicider dans sa prison de Reubeuss. Alors âgé de 5 ans, son fils Rudy, est reparti en France d'où il est revenu adulte et professeur. C'est au lycée Mermoz qu'il rencontre Fanta, puis ils se marient, ont un fils Djibril. Accusé d'être le fils d'un assassin par des élèves, Rudy les tabasse, ce qui lui vaut une mise à pieds et l'oblige à rentrer en France où plus rien ne sera pareil.

A la mort de son mari dont elle n'a pu enfanter, Khady se retrouve sans ressources et à la merci de l'indifférence de sa belle-famille qui ne tarde pas à l'expédier clandestinement en Europe où elle doit retrouver sa cousine Fanta et assurer l'envoi d'argent. Mais Kadhy refuse de s'embarquer et traverse de douloureuses épreuves avant de trouver sa seule liberté possible.

Le verbe

Parce que leur fils unique l'avait épousée en dépit de leurs objections, parce qu'elle n'avait jamais enfanté et qu'elle ne jouissait d'aucune protection, ils l'avaient tacitement, naturellement, sans haine ni arrière pensée, écartée de la communauté humaine, et leurs yeux durs, étrécis, leurs yeux de vieilles gens qui se posaient sur elle ne distinguaient pas entre cette forme nommée Kadhy et celles, innombrables, des bêtes et des choses qui se trouvent aussi habiter le monde. (p.256)
Mon complément
Dire que pour moi, il s'agit bien d'un roman et pas de 3 nouvelles comme j'ai pu le lire et l'entendre. Roman dont l'unité est complexe, mais bien réelle. C'est un roman qui parle de l'Afrique, dont les héros sont blancs et noirs, tous sont des pions dans le grand jeu du hasard comme sur un échiquier. Les histoires des personnages sont imbriquées comme les motifs d'un tissu africain, d'ombres et de lumières.

Dans le premier récit, nous sommes Norah, perdue à l'heure des retrouvailles avec ce père qu'elle redoute, qu'elle exècre, qu'elle identifie à un oiseau qui va se nicher le soir dans le grand flamboyant à côté de la maison. Dans le deuxième récit, Rudy se débat avec sa culpabilité d'avoir arraché sa femme à son pays et d'avoir causé sa perte, ou plutôt sa morne déconvenue de n'avoir pas retrouvé un travail équivalent à celui qu'elle exerçait dans son pays. Fanta qu'il imagine être devenue une buse chargée de fondre sur lui désormais comme pour le punir. Et pour achever ce roman, nous suivons Khady, obligée de se réfugier dans un certain abandon de son corps de souffrance. La faim, la soif, la douleur, ne lui sont plus rien dans sa bulle de rêve. Elle n'est plus de ce monde et rien ne peut lui arriver. Elle vole.

Chaque femme s'échappe d'une réalité insupportable, à leur manière : oubli du passé, oubli de soi, oubli de ses désirs. Elles deviennent des oiseaux, libres de se déplacer dans un ciel bienveillant, sans frontières, sans entraves, sans jugements.

Globalement, c'est un roman puissant mais j'ai pourtant eu du mal à accrocher à cette lecture. Ce n'est pas les personnages eux-mêmes que j'ai trouvé peu attrayants, pas du tout, au contraire, ils sont très attachant. Non c'est plutôt le style qui ne colle pas :avec ce que j'aime lire. Un style trop travaillé et qui ne fait pas "naturel", avec lequel je n'ai pas pu me fondre.

La touche mystérieuse est bien vue, elle apporte l'onirisme, le côté magique, "vaudou", à cette histoire africaine.

Au fil de la lecture, j'ai très vite songé à la trilogie de Krzysztof Kieślowski : Bleu, Blanc, Rouge, car comme dans ces films, il y a la présence de personnages qui se croisent sans se rencontrer, qui fréquentent les mêmes espaces en un temps décalé, qui s'effleurent sans se reconnaître.

Je n'aime pas trop le titre que je ne trouve pas particulièrement bien choisi : d'abord, il n'est pas vraiment question de trois femmes pour moi, car Fanta est trop en retrait d'un récit plutôt focalisé sur les sentiments de son mari Rudy.
Ensuite, elles ne sont pas vraiment puissantes. Ou plutôt, une seule d'entre elles l'est : Khady, la plus miséreuse, la moins instruite, la plus faible, la plus humiliée, la seule qui n'a rien d'autre qu'elle même pour se sauver, mettre son âme à l'abri de l'adversité.

Lien externe

14 novembre 2009

Le rêve des bêtes

Souvent c’était ainsi, je n’avais pas de nouvelles d’elles pendant des jours, des mois, et à l’instant où je commençais à désirer ne jamais les avoir connues elles surgissaient des profondeurs de leur absence. Leurs dents carnassières se plantaient dans mon cœur. Je faisais semblant de ne rien sentir, je faisais comme si je m’y attendais, que je m’étais préparée, endurcie. Mais je n’étais pas si bien que je le laissais paraître. Au fond de moi, je sentais un gouffre s’agrandir, m’attirer, me retirer toutes les particules que j’avais pu capter. Et dans ce gouffre, les bêtes m’attendaient, silencieuses, affutées à la chasse, inquiètes de tout, de ne pas survivre, mais elles sont pourtant éternelles. Nous nous frôlions à peine sur ce chemin emprunté aux fées, aux oiseaux, aux enfants, nous dévalions les sentes dans la même précipitation que les poètes ambulants se permettent de ruer sur les fleuves impassibles, dans une ivresse un peu cruelle. Pendant ce temps, l’abysse grondait, exponentiel, devenait de plus en plus vorace, emportant les petits carnets noirs vers une sorte de tombeau de la mémoire.

11 novembre 2009

La Chorale des maîtres bouchers - Louise ERDRICH



Le livre

Date de Parution : 2003
Titre original : The master butchers singing club
Editions Albin Michel
568 pages

Le sujet

1918. En Allemagne, Fidelis revient de la guerre, se débarrasse de ses poux à défaut de se débarrasser de ses horribles souvenirs, épouse Eva, la fiancée de son meilleur ami mort, et décide d'émigrer en Amérique, attiré par un pays où vivent ceux qui sont capables d'inventer le pain de mie.
Dakota du Nord, Delphine est une artiste de cirque, en ménage avec Cyprian qui préfère pourtant les hommes.
Fidelis et Delphine, deux êtres assoiffés d'absolu et qui forment des "taches dans le grand motif du monde" et que nous allons suivre durant plus de 30 ans (d'une guerre mondiale à l'autre) ...

Le verbe
"Celui-ci n'est qu'un gamin, même pas de duvet aux couilles, je parie." Qu'aurait-il rétorqué, de toute façon, se demanda-t-il, dans la mesure où le soldat avait plus ou moins raison ?
...
... Erich fut horrifié de s'entendre hurler :
"Grands dieux, je vous en prie de me tirez pas dessus.
- Merde alors !
- Je suis né dans le Dakota du Nord, articula Erich d'une voix étranglée. Mon papa vit toujours là-bas.
- Qu'il aille se faire foutre. Qu'est-ce que tu fiches ici, espèce de morveux ?
- On m'a envoyé ici avant la guerre.
- Alors qui t'es, putain, un putain de nazi ou un putain d'américain ?"
Erich fut encore choqué par son cri inattendu.
"Je ne sais pas ce que je suis, mais je n'ai pas de poil aux couilles !"
Les Américains se tordirent de rire, et ses camarades de classe de la Hitler Schule, les deux qui restaient, considérèrent Erich avec un étonnement indécis et grave, en se disant qu'il possédait une intelligence supérieure jusque-là ignorée, ou bien que sous la pression du combat il avait totalement perdu la tête. (p.510)
Mon complément
Un livre cadeau de la part de Suzanne de http://www.chez-les-filles.com/. Je sors à peine de cette magnifique, je dis bien MA-GNI-FIQUE histoire qu'il est difficile de résumer. Il ne faudrait pas s'arrêter au titre, trompeur. Certes, la chorale existe bien, mais ce n'est pas le thème principal de ce roman, qui reste une grande fresque. Amour, amitié, guerre, homosexualité, deni de grossesse, faim, dénuement, génocide (indien et juif), courage, survie, tels sont pour moi les thèmes abordés dans ce "roman-chorale". Il y a même une enquête liée à la mort d'une famille enfermée dans une cave. Impossible de rester insensible à la richesse des émotions, des messages, qui sont contenus et délivrés au cours de plus de 550 pages.

L'extrait que j'ai choisi traduit à mes yeux ce que je retiens du style de Louise Erdrich : elle sait nous faire passer du rire aux larmes (oh ! que oui j'ai pleuré en lisant ce livre), inspirant tour à tour, la pitié ou l'amusement. Un livre profond comme les sentiments.
Vraiment, mais vraiment hautement recommandable.

Couvertures en version anglaise

Fin de partie - Samuel BECKETT

Le sujet
Scène à 4 personnages. Un temps où les dragées existent, et aussi les poubelles. Hamm est aveugle et infirme, il dépend de Clov, qui est peut-être son fils adoptif et qui pousse sa chaise à roulettes en fonction de ses aspirations. Surgissent de temps à autre, Nagg et Nell, les parents de Hamm, infirmes également, qui sont reclus dans des poubelles et qui réclamment à manger.

Le verbe
- NAGG. - Tu m'entends?
- NELL.- Oui. Et toi ?
- NAGG. - Oui. (Un temps.) Notre ouïe n'a pas baissé.
- NELL.- Notre quoi ?
- NAGG. - Notre ouïe.
- NELL.- Non. (Un temps.) As-tu autre chose à me dire ?
- NAGG. - Tu te rappelles...
- NELL.- Non.
- NAGG. - L'accident de tandem où nous laissâmes nos guibolles.
Ils rient.
- NELL.- C'était dans les Ardennes.
(p.29)
Mon complément
Le théâtre est forcément un genre spécial à lire. J'ai toujours aimé le théâtre, depuis toute petite, si j'avais osé, j'aurai pu faire carrière. En attendant, je me contente de garder le souvenir que, petite, mes parents me surnommaient la tragédienne, et s'amusaient à me donner le pseudo de Sarah Bernhardt, j'imagine qu'ils se moquaient de moi mais pourtant j'étais fière.

Mais revenons à ce livre. La quatrième de couverture indique qu'il s'agit là d'un niveau théâtral absolument direct. Je ne peux que confirmer sans savoir ce que cela veut dire exactement : mais il se trouve que j'ai tout à fait ressentit la scène, j'ai pu l'imaginer. Les indications de l'auteur, les signalements des physionomies suffisament explicites mais pas trop, m'ont permi de visualiser ce que je voulais voir. J'étais donc le metteur en scène. Peut-être est-ce là l'idée du "niveau théâtral absolument direct" : la faculté de se fondre avec les personnages.
L'histoire en elle-même n'est pas d'une absolue limpidité, nous sommes face à une situation absurde : deux vieillards se terrent dans des poubelles d'où ils sortent de temps en temps pour parler entre eux ou avec leur fils.
source photo
Car il faut lire entre les lignes. Cette pièce est la mise en scène d'autre chose : un monde réduit à sa plus simple expression : quelques personnages voués à l'immobilité, condamnés à revivre toujours et encore les mêmes choses, jusqu'à épuisement.

Photo © DR

Hamm et Clov se donnent la réplique, s'expliquent, se brouille, se confondent, se divertissent comme ils peuvent. Ils vivent tous les sentiments : la haine, l'amour, au cours de cette pièce qui semble définie par une journée type.

- HAMM. - Embrasse-moi. (Un temps.) Tu ne veux pas m'embrasser ?
- CLOV.- Non.
- HAMM. - Sur le front.
- CLOV.- Je ne veux t'embrasse nulle part.

Un temps.
- HAMM (tendant la main). - Donne-moi la main au moins. (Un temps.) Tu ne veux pas me donner la main ?
- CLOV.- Je ne veux pas te toucher.
(p.87)
Je remarque les jeux de mots, les alliterations, les rimes parfois.

Vivons-nous la fin, proche mais pas encore arrivée, attendue ?

Le monde est recouvert de cendres pour certains, voir carrément remisé dans les ténèbres pour Hamm qui ne voit plus rien, qui ne peut que tenter de sentir le soleil lorsque Clov le pousse vers la fenêtre. Mais une telle ouverture est-elle possible ? Nous ne le savons pas. J'imagine que Clov fabule, simule, comme il feint de partir à la fin.

Et le temps passe.

- CLOV.- Tu me siffles. Je ne viens pas. Le réveil sonne. Je suis loin. Il ne sonne pas. Je suis mort.

Un temps.
- HAMM. - Est-ce qu'il marche ? (Un temps. Impatient) Le réveil, est-ce qu'il marche ?
- CLOV.- Pourquoi ne marcherait-il pas ?
- HAMM. - D'avoir trop marché.
- CLOV.- Mais il n'a presque pas marché.
- HAMM (avec colère). - Alors d'avoir trop peu marché !
- CLOV.- Je vais voir. (Il sort. Jeu de mouchoir. Entre Clov, le réveil à la main. il l'approche de l'oreille de Hamm, déclenche le sonnerie. Ils l'écoutent sonner jusqu'au bout. Un temps.) Digne du jugement dernier ! Tu as entendu ?
- HAMM. - Vaguement.
- CLOV.- La fin est inouïe.
- HAMM. Je préfère le milieu. (Un temps.) Ce n'est d'ailleurs pas l'heure de mon calmant ?
- CLOV.- Non. (Il va à la porte, se retourne.) Je te quitte.
- HAMM. - C'est l'heure de mon histoire. Tu veux écouter mon histoire ?
(p.64)
Tout porte à croire que face à l'immobilité, celle de l'espace et celle du temps, il y a un autre voyage à faire, un voyage dans les mots, les sons, une exploration plus fascinante, et aussi plus libre. Un texte réservé à un public un peu poète, un peu maso aussi, un texte pour ceux qui aiment se triturer l'imagination.

Date de Parution : 1957
Editions de Minuit
110 pages

08 novembre 2009

Les paupières - Yoko OGAWA


Le livre

  • Date de Parution : 2001
  • Titre original : Mabuta
  • Traduction par Rose-Marie Makino-Fayolle
  • Editions Actes Sud - Babel
  • 205 pages


Un recueil de 8 nouvelles :
1- C'est difficile de dormir en avion
2- L'art de cultiver les légumes chinois
3- Les paupières
4- Le cours de cuisine
5- Une collection d'odeurs
6- Backstroke
7- Les ovaires de la poétesse
8- Les jumeaux de l'avenue des Tilleuls

1- C'est difficile de dormir en avion

Le sujet
Une femme stressée part en voyage. Dans l'avion, son voisin engage la conversation et lui raconte l'histoire qui conduit au sommeil.
Le verbe
- Quoi qu'il arrive, je ferme les yeux. Je me renferme dans l'obscurité.
Il recroisa ses jambes dans l'autre sens, lissa sa couverture. Il ne regardait pas dans ma direction et parlait en fixant un point dans la pénombre.
- Et dans l'obscurité se déroule le récit qui me conduit au sommeil.
- Le récit ? répétai-je.
- Oui, le récit, me répondit-il. Tout le monde a un récit pour dormir qui lui appartient en propre. Une sorte de guide qui le conduit dans le monde du sommeil en lui disant de se détendre, qu'il n'a rien à craindre.
Je me retournai légèrement vers lui et arrangeai mon oreiller de manière à mieux pouvoir l'écouter. (p.8)

2- L'art de cultiver les légumes chinois

Le sujet
Une femme achète des légumes à une vieille dame qui les vend en porte à porte. Cette dernière lui fait un cadeau : d'étranges graines fluorescentes qui croissent la nuit.
Le verbe
- Dis-moi, quand crois-tu qu'on va pouvoir les manger ? ai-je demandé à mon mari un soir que nous nous trouvions au lit.
- Ca... Tant qu'ils seront dans cet état, ils ne sont pas très appétissants.
Couché sur le ventre, il regardait l'aquarium.
- Avec cette allure dégingandée et ces feuilles si fines, on ne dirait pas qu'ils contiennent vingt fois plus de carotènes que les carottes, tu ne trouves pas ?
- Finalement, ce ne serait pas mieux de les mettre au soleil ?
- Mais la grand-mère a dit qu'ils aimaient les endroits sombres.
- Elle était peut-être gâteuse, tu sais. (p.39)

3- Les paupières

Le sujet
Une jeune fille suit N, un homme qui semble vulnérable et se prête à ses fantaisies dans l'intervalle de temps où elle est sensée se rendre à son cours de piscine. N lui demande de jouer du violon alors qu'elle ne sait pas en jouer, l'admire quand elle prend sa douche et lui fait connaître son hamster.
Le verbe
- Quelqu'un nous épie.
- Ce n'est pas grave, disait-il, comme s'il le savait depuis longtemps. C'est le hamster. C'est lui qui nous observe. Il a fallu lui enlever les paupières à cause d'une maladie des yeux et il ne peut plus les fermer.
Et ses doigts arrivèrent à mes yeux. Ils se promenèrent à loisir sur mes paupières. (p.70)

4- Le cours de cuisine

Le sujet
Une jeune femme répond à une annonce pour prendre des cours de cuisine. Le jour où elle se présente, elle se retrouve la seule élève face à une cuisinière qui ne lui donne rien à faire. Soudain, deux hommes se présentent pour déboucher les canalisations et affirment pouvoir faire disparaître tout ce qui s'y cachent. Bientôt, les deux femmes voient refluer tout ce qui a été emporté dans les tuyaux sous la maison.
Le verbe
Regardez bien. C'est le produit que j'ai injecté tout à l'heure. Dans quelques instants, soixante années de saletés, du plus récent au plus ancien, vont revenir à la surface, dit le jeune homme.
Il y eut tout d'abord quelque chose de noir et de grumeleux.
- Oh regardez. C'est de l'encre de seiche, dit la dame, aussi excitée que devant un tour de magie. (p.98)

5- Une collection d'odeurs

Le sujet
Un homme fait la connaissance d'une femme, collectionneuse, dont le séjour est largement occupé par des étagères sur les trois murs de son salon. Les étagères du haut semblent receler de bien étranges spécimens.
Le verbe
L'échelle n'était pas très solide et je ne pouvais pas m'empêcher d'être inquiet. Je lui répétais sans cesse que j'allais m'en occuper à sa place mais elle n'écoutait pas.
- C'est ma collection, personne n'a le droit d'y toucher.
Perché sur son échelle, elle me faisait un clin d'oeil. Je me contentais donc de regarder ses pieds blancs et graciles. (p.111)

6- Backstroke

Le sujet
Un jeune prodige en natation, soumis à la volonté de sa mère qui veut faire de lui un grand champion, se réveille un matin avec un de ses bras tendu et levé le long de son oreille. Impossible pour lui de le bouger. Sa soeur se souvient.
Le verbe
Ma mère a pris son bras, et elle a voulu le baisser, mais il n'a pas bougé d'un millimètre. Sa position était tellement figée qu'il donnait à penser que pendant son sommeil, son bras avait finit par adhérer à son oreille. (p.132)

7- Les ovaires de la poétesse

Le sujet
Une femme qui souffre d'insomnie part en vacances dans une ville lointaine dans le but de retrouver le sommeil. Cherchant à s'abriter de la pluie, elle pénètre dans un musée dédié à une poétesse sur l'invitation d'une jeune mendiant.
Le verbe
- Quel âge avait-elle ?
- Trente-huit ans. Elle avait une maladie des ovaires. Tenez, regardez la vitrine là-bas.
Je ne compris pas tout de suite ce qu'il y avait dans cette vitrine. Quelque chose qui ressemblait à du fil de coton ou du fil de fer très fin, enchevêtré en forme de cocon. Autrefois, cela avait dû être coloré, mais maintenant, c'était devenu d'un gris mat et sans nuances. (p.167)

8- Les jumeaux de l'avenue des Tilleuls

Le sujet
Lors d'un déplacement, un romancier japonais rencontre son traducteur autrichien, un vieillard, infirme, qui vit avec son frère jumeau.
Le verbe
- Vraiment, vous n'avez pas mis le nez dehors depuis cinq ans ?
- Non.
- Même en chaise roulante ?
- Je n'en ai pas besoin. Karl va à la poste pour moi. Et il fait les courses. Le médecin me rend visite. Je peux traduire en restant dans cette pièce.
Heinz tripotait les franges de son plaid.
- Je suis un peu comme un vieil écureuil qui a grimpé sans s'en apercevoir tout en hait d'un arbre dont il ne peut redescendre.
- Si ça ne vous ennuie pas, commençais-je en quittant la fenêtre pour venir me rasseoir sur le sofa, vous ne voulez pas que nous sortions ensemble ? Je vais vous porter. (p.197)

Mon complément

Parce qu'il y a cette impression de déjà vu, déjà murmuré, déjà compris, je prends toujours plaisir à ouvrir un nouveau livre de Yoko Ogawa comme on retrouve un familier rassurant. Un livre d'Ogawa est comme un gâteau gourmand dont je me délecte.

Dans ce recueil, j'ai retrouvé quelques thèmes chers à Ogawa : le baseball, la piscine, la mère abusive, l'enfant soumis, les collections...

Si la plupart des histoires traitent du sommeil, et des changements qu'il entraîne, j'ai également remarqué une petite curiosité pour les 6 premières nouvelles, il s'agit d'un objet transitionnel : le sac :
  • le sac qui contient le bric à brac de la vieille dame dans "C'est difficile de dormir en avion",
  • celui qui contient les étranges légumes chinois dans "L'art de cultiver les légumes chinois",
  • celui qui contient le maillot de bain de la fille dans "Les paupières",
  • le sac contient les instruments qui permettent l'évacuation des canalisations dans "Le cours de cuisine",
  • dans "Une collection d'odeurs", pas de sac proprement évoqué mais que l'on imagine quand la collectionneuse rapporte ses précieux petits flacons marrons prêt à remplir...
Et maintenant, les ressemblances avec d'autres romans :

Parfum de Glace :
  • la japonaise qui voyage en Europe dans "C'est difficile de dormir en avion"
  • un interprète dans un pays étranger dans "Backstroke"
  • la mère possessive dans "Backstroke"
  • la collection d'odeur dans "Une collection d'odeurs"
Hotel iris
  • les liens puissants entre un vieil homme et une jeune fille dans "Les paupières"
Amours en marge
  • se faire coiffer les cheveux par le conjoint dans "Une collection d'odeurs"
Le musée du silence
  • les morceaux de corps enfermés dans les petits flacons dans "Une collection d'odeurs"
J'en oublie certainement.

Certains personnages de Yoko Ogawa ont besoin du contact de l'autre pour se ressaisir Ses iris marron clair épiaient mes réactions. Il essuyait avec un mouchoir la sueur qui perlait à mon front, tandis que de son autre main, il me frictionnait le dos. (p 120, Backstroke) et moi, j'ai besoin de savoir qu'il me reste encore quelques titres pour m'apaiser : "La bénédiction inattendue" et "La marche de Mina", deux romans que je n'ai pas encore achetés, il me reste encore la joie du désir.

Lien externe

04 novembre 2009

Dans la nuit Mozambique - Laurent GAUDÉ

Le livre

  • Date de Parution : 2007
  • Editions Actes Sud
  • 159 pages
  • Recueil de 4 nouvelles : Sang Négrier, Gramercy Park Hotel, Le colonel Barbaque, Dans la nuit Mozambique

Sang Négrier

Le sujet
France, Saint Malo. Début 19 ème siècle. Cinq Africains s'échappent du bateau qui les emporte vers l'Amérique où ils seront vendus comme esclaves. Toute la ville se met en chasse pour les tuer. Un seul en réchappe, et sème ses doigts tranchés qu'il abandonne dans toute la ville. Un jour, un onzième doigt noir est retrouvé. La Capitaine du navire, responsable du drame, vit dans la terreur d'être retrouvé par l'homme qu'il considère comme le fantôme de sa conscience.

Le verbe

La ville se mit à grouiller de plusieurs rumeurs. On en avait vu un près de la porte Saint-Louis. Un autre sur les toits du marché couvert. C'était des géants aux dents qui brillaient dans la nuit. Même nous qui connaissions ces nègres pour les avoir eus sous nos pieds pendant trois semaines de traversée, même nous qui savions qu'ils n'avaient rien de géants mais étaient secs et épuisés comme des fauves en captivité, nous laissions dire. Les hommes avaient besoin de cela. Il fallait que croisse la démence pour que nous sortions de nous-même. (p.24)

Gramercy Park Hotel

Le sujet
New York. Après avoir été passé à tabac, et abandonné pour mort sur le trottoir, un vieil homme se souvient de son amour, une femme schizophrène, morte sans avoir revu l'hôtel dans lequel ils avaient passé une merveilleuse nuit d'amour romantique. Il décide d'y retourner.

Le verbe

Je suis le dernier. Tous ceux à qui je pense, tous ceux qui peuplent ma mémoire, tous ces noms que je connais, qui me rappellent un visage, sont des noms de disparus. Je suis un vieux drogué. La longue pipe de ma mémoire, sur laquelle je tire des bouffées de passé, emplit mon âme de visages morts et de sourires blessés. Tu règnes au milieu d'eux tous, Ella. Vous m'avez tous abandonné. Je suis le seul en vie. Le dernier à tenir. C'est horrible de solitude. (p.80)

Le colonel Barbaque

Le sujet
Afrique. Fin de la 1ère guerre mondiale. Un ancien "poilu" devient trafiquant, et vend toutes sortes de marchandises. Il finit par se rebeller contre toute autorité, déclare la guerre aux colons français, et se proclame "roi" de la jungle. Malade et fièvreux, il est abandonné par les tribus aux côtés desquelles il a combattu. Il est installé au fond d'une pirogue qui part à la dérive le long d'un fleuve d'où il vit ses derniers instants.

Le verbe

Je ne suis plus le colonel Barbaque. Pour la première fois depuis si longtemps, je ne suis plus l'homme aux mains de sang. La fièvre fait disparaître un à un tous ces hommes en moi : Barbaque, Ripoll, ils me quittent. Je reste nu. Le ciel immense au-dessus de moi. Je sens le vent chaud me caresser la peau. Laissez passer l'homme qui meurt. (p.122)

Dans la nuit Mozambique

Le sujet
Portugal. Deux hommes, l'amiral de Medeiros et Fernando se retrouvent pour parler de leur amicale : ils étaient trois marins à se rencontrer épisodiquement autour d'une bonne table dans le restaurant de Fernando. Maintenant, le contre-amiral Da Costa est mort, et le commandant Passeo est parti pour le Mozambique ; en reviendra-t-il pour raconter ses nouvelles aventures ?

Le verbe

Avec l'aide de Fernando, ils refirent le plan de table. Ils observèrent la place du commandant Passeo. Une petite tache de vin rouge semblait la marquer avec exactitude. Les mains qui avaient fait cette tache savaient-elles qu'elles ne reviendraient jamais ? pensa l'amiral. Il avait sous les yeux une trace tangible de leur amitié et il trouva cela beau. (p.130)

Mon complément
Ce recueil de nouvelles rassemble des hommes confrontés à la solitude et à leur destin. La mort est proche, et telle un poisson pilote, elle éclaire les fantômes qui les accompagnent. Ma préférence est pour "Sang négrier", une histoire des plus sinistres et angoissante, ensuite, j'ai été touchée par "Dans la nuit Mozambique", une merveille de sensibilité, célébrant l'amitité dans sa forme la plus pure. "Le colonel Barbaque" est un récit proche du souverain Tigre bleu de l'Euphrate. J'ai moins aimé "Gramercy Park Hotel" dont le sujet est peut-être moins puissant. Dans chaque récit, j'ai retrouvé l'univers de Laurent Gaudé, un monde qu'il me faut entièrement parcourir.

22 octobre 2009

La peau des doigts - Katia BELKHODJA



Le livre

Date de Parution : 2008
XYZ Éditeur
98 pages




Le sujet

Paris, Montréal. De nos jours. La narratrice, une jeune femme accompagnée de sa cousine Célia qui déprime à la mort de sa mère, de sa grand-mère prénommée Célia également, qui prend le métro dans l'espoir d'apercevoir son amour de jeunesse, et des jumeaux : Gan, l'autiste amoureux de Marguerite Yourcenar, et Fril l'artiste-peintre, ces cinq personnages sillonnent les villes, se cherchant, cherchant à survivre, cherchant l'amour. Cinq vies, cinq destins qui se croisent et se lient comme les doigts d'une main.


Le verbe

Est-ce qu'on sait à quoi elle ressemble, Marguerite Yourcenar ?
Et bien sûr, non, personne. Moi, j'ai ri. Les jumeaux m'ont regardée comme si j'avais tué l'un d'eux. Alors comme on cherchait, il fallait bien qu'on trouve à quoi elle ressemblait, Marguerite Yourcenar. On a cherché des bios, à la bibliothèque nationale, celle en forme de livres ouverts. La BnF, qu'on l'appelle ici. Des photos qu'on cherchait surtout. On en a trouvé une. Elle avait un foulard sur la tête, enfin une écharpe. Qui couvrait la tête et les épaules, qui encadrait son visage, ses yeux fentes, sa bouche, une bouche de baiser, une bouche trop rouge, même en noir et blanc, trop sanguine, trop jeune pour ce visage de vieille femme. Une bouche qui mange toujours, qui embrasse toujours, goulue, qui refuse la mort, et qui veut se faire manger à son tour : lèvres pleines, fermées, demi-sourire, rides aux coins, bagues à un doigt sur chacune de ses mains.(p.31)

Marguerite Yourcenar

Mon complément


Je vous parle d'un livre "surprise", offert par Ondine la semaine dernière lors de sa venue en France, et au cours d'un repas partagé en belle amitié, une première rencontre après des années d'échanges au dessus de la "grande mare". Un livre que je n'aurais jamais lu autrement, car il s'agit d'une maison d'édition canadienne. Et quel livre ! Un mélange de poésie, qui me rappelle Prévert, et de bouleversements. Les personnages sont des écorchés vifs, des nomades qui peuvent tout quitter pour un but aussi fou et déraisonnable soit-il. Ce sont des aventuriers, des funambules même, qui marchent sur le fil invisible de leur destin.

Une lecture soyeuse qui parfois nous perd : les situations, les personnages s'embrouillent un peu comme si un enfant avait mélangé les cartes dessinées par Katia Belkhodja, mais rien de désagréable, au contraire, nous avons envie de reprendre là où le fil s'est distendu, et revenir nous fondre dans les mots maniés comme une caresse ou comme une morsure.

Tu te laisses embrasser comme on se laisse écrire. Et ta bouche étonnée qui se meut, qui s'émeut, qui se mue, ta bouche gercée craquelée salée. De la pulpe très sèche et parfumée au gloss. Framboise. Sel.
Et la peau, la peau des lèvres qui s'effrite.
Qui s'arrache.(p.96)

16 octobre 2009

Monestarium - Andrea H. JAPP

Andrea H. Japp

Le livre

Date de Parution : 2007
Editions Calmann-Levy
Mon livre : édition du Livre de poche 2009
279 pages


Le sujet
1605. France, Abbaye de femmes des Clairets (ancien conté du Perche). Plaisance de Champlois, la mère abbesse âgée de 15 ans, doit faire face à plusieurs ennemis : ceux du dehors, qui tentent de récupérer un mystérieux coffre soustrait à un vendeur en Egypte plusieurs années auparavant, et ceux du dedans, les religieuses qui refusent l'autorité qui est devenue la sienne à la mort prématurée de sa mère adoptive, Catherine de Normilly, la précédente abbesse. La révolte couve. Une jeune moniale est retrouvée assassinée, étranglée. Une autre a trouvé refuge dans l'abbaye et cherche l'autre moitié d'un mystérieux dyptique qu'a peint son amant avant qu'il ne meure égorgé. Un secret y est dissimulé. Au moment où Plaisance décide de requérir l'aide du comte Aimery de Mortagne, celui-ci s'invite car il désire enquêter sur les motivations qui ont conduit le vil Monseigneur de Valézan à faire déplacer un groupe de lépreux depuis ses terres, en direction de l'abbaye des Clairets. Comme sur un échiquier, les pions s'avancent, masqués.

Le verbe
Elle tomba à genoux en se cramponnant au rebord de son étroit lit et pria longtemps pour le repos de la petite morte. Un terrifiant chagrin la submergea. Tout cela avait un sens. La mort, le meurtre avaient un sens, sombre et inacceptable, mais compréhensible. Elle devait le comprendre. Il le fallait car alors elle châtierait celui ou celle qui en était responsable, sans une hésitation, sans une arrière pensée. (p.159)
Mon complément :

Avec Monestarium, nous entrons dans l'univers impitoyable du moyen âge : ses guerres, ses famines, ses croyances, ses mortifications. L'intrigue se situe dans l'ancien comté du Perche, pour ceux qui ignorent où cela se situe, c'est entre Chartres et Alençon :

L'excellente Andrea H. Japp nous écrit une sorte de huis clos au coeur d'un monastère imaginaire, mais qui ressemble beaucoup à celui-ci, du moins dans mon imagination :




Abbaye de Sénanque
Les soeurs qui y vivent se "tirent dans les pattes", cherchant parfois autre chose que l'amour de dieu ! J'avoue avoir été très intéressée par la lecture de ce roman, y foumillent nombre détails, la rédaction du carnet de bord de la mère abbesse où elle écrit le quotidien de l'abbaye (dépenses, achats, dons, évènements,...). Nous découvrons aussi le contenu des assiettes :

Clotilde Bouvier avait rivalisé d'inventivité en ce soir de maigre. Une terrine d'oeufs d'assellus au lait fermenté et au vin, servie sur de fins tranchoirs, constituaient le premier service. (p.194)
Nous imaginons le froid qui régnait dans les bâtisses, la faim qui creusait le ventre des petits paysans.
Plaisance savait : certains monastères jetaient leur détritus de nourriture par-dessus leur mur d'enceinte. Ils les lançaient aux miséreux comme à des bêtes. Les affamés se battaient au pied de la muraille pour arracher quelques bouchées, la plupart du temps gâtées. Dans d'autres, les serviteurs de cuisine ou les celliers les vendaient ou les troquaient, contre quelques fretins, ou les charmes d'une gamine, avec l'approbation tacites des frères officiers. (p.253)
Les habitantes des Clairets sont des religieuses bernardines, je suppose que leur vêtement n'a guère changé depuis l'époque :



Soeurs Bernardines
La main d'une moniale dont la robe blanche se confondait avec la neige. Marie-Gillette avança comme dans un rêve vers le corps, escortée par les plaintes sèches des poteries qu'elle écrasait sous ses pas. Figée, elle détailla le visage bleui, les lèvres boursouflées d'un violet presque noir dont sortait une langue gonflée, les immenses yeux bleus ouverts sur le néant... (p.143)
Ce livre est aussi une manière de plonger dans les manigances politique de l'époque : exécutions sommaires pour "raison d'état", crainte du pouvoir de l'église, peur panique d'admettre une autre vérité que ce que disent les écritures saintes. Et j'ai trouvé l'intrigue des plus réussies ! Je recommande ce genre de lecture à ceux qu'une galerie de personnages n'affole pas. Notons , pour une meilleure compréhension du texte et du contexte, de nombreuses explications de bas de page, assortis d'une annexe historique et d'un glossaire à la fin du livre.




Die Nonne im Klostergarten
(La religieuse dans le cloître) par Max Gabriel (1869)

11 octobre 2009

La mort et la belle vie - Richard HUGO


Le livre

  • Date de Parution : 1991
  • Titre original : Death and the Good life
  • Editions Albin Michel pour la traduction française (1997)
  • préface de James Welch
  • traduction par Michel Lederer
  • 260 pages

Le sujet
Montana. De nos jours. Un homme est retrouvé le crâne affreusement défoncé au bord du lac où il pêchait tranquillement. Peu de temps après, un autre homme est retrouvé mort de la même manière, quoique le meurtrier s'est moins acharné. L'enquête que commence Barnes, dit "la tendresse", se poursuit jusque dans l'état de l'Orégon (côte ouest) car le second meurtre est peut-être lié à un assassinat qui remonte à 19 ans. Barnes flaire une piste qui l'amènera à se poser des questions sur ce que peut faire l'argent quand on ne sait qu'en faire...

Le verbe
Les entreprises de l'étalon payaient plus de mine que de loyer. (p.90)

A la réflexion, je ne regrettais plus tellement la ville. Quand on vit avec tant de violence autour de soi, on finit par l'accepter. On se surprend à plaisanter à ce sujet pour être sûr qu'on est encore vivant. (p.111)
Mon complément :

Voilà un livre qu'on ne lâche pas ! Repéré parmi un tas de livres dans une petite librairie : la couverture essentiellement, car je ne connaissais pas l'auteur, et le titre ne me disait rien du tout, je ne peux que me féliciter de ma bonne fortune. Au dos du livre, j'apprends que l'auteur "frôla de peu le prix Pulitzer" (honnêtement, je ne sais pas si le fait d'avoir un prix est important pour un auteur), le fait est que prix ou pas prix : tel est ce genre de livre qu'il faut prendre.

Rainbow Lake (clic sur l'image pour agrandir)
photo choisie sur http://www.panoramio.com/
J'imagine les trois hommes en train de s'amuser. Je les imagine en train de chanter.
On sait qu'au petit déjeuner, ils ont bu de la bière chez les Hammer et que Lynn, la soeur de Lee, leur a servi des pancakes et du jambon. A six heures, ils partaient pêcher au Rainbow Lake. On était à la mi-septembre, et à notre altitude, les nuits étaient déjà fraîches. Maintenant que la surface de l'eau devenait plus froide, la laîche commençait à disparaître et les grosses truites arc-en-cien à arriver. (p.15)
Il s'agit d'un policier, je ne m'en lasse pas, à condition que ce soit un policier de ce genre là : c'est à dire une atmosphère, des personnages intéressants, une sorte d'osmose, pas trop de détails "gore" (j'ai le coeur fragile) et beaucoup, beaucoup d'humour, même noir. Le personnage principal : Al Barnes, dit Barnes-la-tendresse est un policier-poète, voulant profiter de la vie après une carrière à Seattle. Sa perspicacité et son amour pour la justice, le conduisent à enquêter sur un ancien meurtre, et son esprit n'aura de cesse de trouver le chaînon manquant qui relie les deux affaires.

Lien externe
Richard Hugo (1923-1982)

10 octobre 2009

Le musée du silence - Yoko OGAWA




Le livre

Date de Parution : 2000
315 pages
Titre original : Chinmoku hakubutsukan
Editions Actes Sud / babel
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle


Le sujet

Un jeune muséographe entreprend d'aménager un musée unique au monde dans les anciennes écuries d'un étrange manoir. La propriétaire, une vieille dame acariâtre lui demande de créer le musée qui lui permettra d'exposera les objets subtilisés à ceux qui sont morts dans son entourage. Bientôt, le jeune homme est lui même chargé d'aller recueillir un objet révélateur du défunt. Aidé de la fille adoptive de sa patronne, du jardinier, de la femme de ménage, il entreprend de faire vivre la collection, tandis qu'autour de ce petit monde, de jeunes femmes sont assassinées. L'entreprise du musée, bientôt, le passionne, au point de l'éloigner d'une certaine réalité.

Le verbe
Vous voyez, je cherche l'objet qui soit la preuve la plus vivante et la plus fidèle de l'existence physique de la personne. Ou alors, quelque chose empêchant éternellement l'accomplissement de la mort qui fait s'écrouler à la base cet empilement si précieux des années de vie. (p.45)

Mon complément

Observation et conservation de la mémoire, voici les mots qui me viennent à l'esprit. Il s'agit dans ce roman du thème du passage de la vie à la mort, et de ce que nos proches parviennent à garder de nous pour nous représenter : il ne s'agit pas de piocher au hasard de nos possessions un objet quelconque, mais de repérer l'objet qui nous appelle, celui dans lequel est passée notre âme. Ainsi, le jeune homme, garde t-il auprès de lui le microscope de son grand-frère, le livre préféré de sa mère.

Quand je suis arrivé au village, je n'avais qu'un petit sac de voyage à la main. A l'intérieur, quelques vêtements de rechange, mes affaires pour écrire, le nécessaire pour me raser, mon microscope, et deux livres, le Traité de muséologie et le Journal d'Anne Franck, c'est tout. (p.7)
Le narrateur est le jeune muséographe et, comme souvent chez Ogawa, nous devenons le personnage, nous épousons ses formes, son passé, ses pensées. Cette fois, nous sommes celui qui met tout son coeur et toute son âme à mettre en valeur les objets qu'il doit sauvegarder et évoquer. Ce jeune homme arrive dans cet étrange endroit légèrement coupé du monde et tente de réussir au mieux la tâche qui lui est confiée. Sa plus grande peine est de voir disparaître les objets.

Quelque part dans un endroit que nous ne connaissons pas, il y aurait un musée pour exposer les collections qui ont disparu de ce monde. (p.280)
Peu à peu, il va faire connaissance d'une étrange communauté de moines "prédicateurs du silence" qui vivent reclus, ayant fait voeu de silence et se couvrant de peaux de bisons des roches blanches. Lui et la jeune fille qui lui sert d'assistante rencontre un jeune novice sont le charme ne laisse pas la jeune fille indifférente. Très vite, la vieille dame ne pouvant plus se déplacer facilement, il est chargé de choisir et rapporter pour le futur musée les objets, tandis que des policiers cherchent à connaître son emploi du temps, les jours où de jeunes femmes ont été tuées et mutilées.

Un roman qui vibre comme une surface liquide où ne se reflète pas toujours la vérité. Nous y trouvons plusieurs thèmes habituels d'Ogawa : les collections, la patience, les mutilations, le microsope : l'observation des cellules,
Lorsque je manipule pendant longtemps le microscope, il m'arrive souvent d'avoir l'impression de ne plus être derrière l'oculaire, mais à l'intérieur de la petite goutte prise entre la lame et la lamelle. C'est l'instant où je suis le plus heureux. Parce que je peux fouiller ma mémoire de mes propres yeux. (p.179)
... le temps qui passe, les ombres portées, les illusions, et, pour la première fois, même si l'enquête reste en filigrane : des meurtres mystérieux. Je le savais déjà : Ogawa est merveilleuse, même lorsqu'il s'agit de tracer les limites d'un nouveau labyrinthe : celui du temps qui passe.

03 octobre 2009

En attendant Godot - Samuel BECKETT




Le livre
:
Date de Parution : 1952
les Editions de Minuit
120 pages



Le sujet
:
En un lieu indéterminé. Deux hommes attendent Godot depuis un temps indéfini, dans un lieu non précisé mais à proximité d'un arbre. Tandis qu'ils devisent sur l'intérêt d'attendre quelqu'un sans être certain qu'il viendra : ils connaissent l'heure du rendez-vous mais ne savent quel jour il est, ils font la rencontre de deux autres hommes dont l'un est tenu en laisse par l'autre. Enfin, Godot leur envoie un émissaire expliquer qu'il viendra demain.


Le verbe
:
POZZO (tranchant). - Qui est Godot ?
ESTRAGON. - Godot ?
POZZO. - Vous m'avez pris pour Godot.
VLADIMIR. - Oh non, monsieur, pas un seul instant, monsieur.
POZZO. - Qui est-ce ?
VLADIMIR. - Eh bien, c'est un... c'est une connaissance.
ESTRAGON. - Mais non, voyons, on le connaît à peine.
VLADIMIR.- Evidemment... on ne le connaît pas très bien... mais tout de même...
ESTRAGON. - Pour ma part je ne le reconnaîtrais même pas.
POZZO. - Vous m'avez pris pour lui.
ESTRAGON. - C'est-à-dire... l'obscurité... la fatigue... la faiblesse... l'attente... j'avoue... j'ai cru... un instant...
VLADIMIR. - Ne l'écoutez pas, monsieur, ne l'écoutez pas !
(p 28-29)

Mon complément
:

J'ai acheté ce livre en février 2008, dans une librairie pour enfant, aujourd'hui fermée mais qui a refait surface en e-boutique. J'ai pris ce livre sur les étagères un peu au hasard, pour le nom de l'auteur, et sans en connaître l'histoire. Nous sommes dans un étrange endroit, ni paradis, ni enfer, mais un endroit qui semble abstrait, et presque universel. Estragon et Vladimir attendent Godot. Surgissent deux nouveaux venus Lucky et Pozzo. Leur attitude est bizarre : Pozzo tient Lucky en laisse, le brusque.
Godot ne vient pas mais il envoie un émissaire.
Godot est-il dieu ? le garçon est-il un ange ?
C'est l'effet que cela m' a fait.

VLADIMIR. - Qu'est-ce qu'il fait, monsieur Godot ? (un temps) Tu entends ?
GARÇON. -Oui monsieur.
VLADIMIR. - Et alors ?
GARÇON. - Il ne fait rien monsieur.

Silence.
VLADIMIR. - Comment va ton frère ?
GARÇON. - Il est malade, monsieur.
VLADIMIR. - C'est peut-être lui qui est venu hier.
GARÇON. - Je ne sais pas, monsieur.
Silence.
VLADIMIR. - Il a une barbe, monsieur Godot ?
GARÇON. - Oui monsieur.
VLADIMIR. - Blonde ou... (il hésite)...noire ?
GARÇON(hésitant). - Je crois qu'elle est blanche monsieur.

Silence.
VLADIMIR. - Miséricorde.
(p 120)

Une lecture qui oscille entre le comique et le tragique car les personnages sont tour à tour ridicules ou violents les uns avec les autres.


VLADIMIR (résolu et bafouillant). - Traiter un homme (geste vers Lucky) de cette façon...je trouve ça...un être humain...non...c'est une honte !
ESTRAGON (ne voulant pas être en reste). - Un scandale ! (il se remet à ronger)
J'avoue que même si j'ai lu cette histoire rapidement, je n'en ai pas trouvé la lecture facile : à cause du grand nombre de personnages, de leurs réparties parfois insensées, j'avoue que je m'y perdais un peu.

Je ne savais plus qui était qui.
Peut-être n'est-ce pas important au fond, de mélanger les personnages, justement.
Peut-être que l'on peut être soit l'un, soit l'autre.
Que l'important c'est de savoir qui l'on est.

Samuel Beckett pendant une répétition de En attendant Godot, 1961

© Photo Roger Pic © Département des Arts du Spectacle – Bibliothèque nationale de France

Trouvant Beckett intéressant, je viens d'acheter une nouvelle pièce de théâtre !

...espérons que ce livre ne subisse pas le syndrome de la pal ;)

Le tigre bleu de l'Euphrate - Laurent GAUDÉ

Le livre
Date de Parution : 2002
Editions Actes Sud-Papiers (collection théâtre)
50 pages

Le sujet

Babylone. An - 323. Alexandre le Grand, mourant dans sa chambre, congédie sa suite afin de se retrouver face à la Mort. Il passe en revue ses conquêtes, affronte ses souvenirs, évoque ce qui le poussa à conquérir les terres vers l'Inde, aussi loin que la faim et la soif ont rassasié son désir. Restera à jamais, le souvenir mi rêve, mi réalité de ce tigre bleu aperçu un jour au bord du fleuve, qui indiquait peut-être le chemin de l'éternité.


Le verbe

Sans réveiller personne, me faufilant en silence à travers les tentes,
je suis allé retrouver Bucéphale.
Je l'ai sellé et suis parti vers les berges du fleuve.
Il faisait encore frais.
La brume de l'aurore montait de la terre, et c'était comme des nuages qui couraient à mes pieds.
Tout dormait d'un silence de rêve.
Aucun chant d'oiseau encore,
Aucun cri de bête,
Pas même un bruissement de l'eau que la brume semblait étouffer.
Je contemplais ce grand fleuve barbare, la rive ennemie, là-bas,
au delà du cours infranchissable,
Et c'est là que je le vis.
A une centaine de pas devant moi, avançant avec précaution dans les hauts roseaux du fleuve,
Un tigre bleu.
Mon complément
Une belle pièce, puissante en émotions, une histoire ancienne portée par la prose de Laurent dont je suis une enthousiaste lectrice, mais qui parle d'éternité, de volonté, de désirs. Laurent Gaudé est, pour moi (depuis que j'ai lu Le Soleil des Scorta et La porte des Enfers), un des meilleurs auteurs de langue française vivant. Un auteur avec lequel je partage une sorte de religion : celle des mots.

Le chemin des âmes - Joseph BOYDEN



© Bryan McBurney Photography


Le livre
:
Date de Parution : 2004
Titre original : Three-Day Road
Publié par Penguin Canada

Traduit de l'anglais (Canada) parHugues Leroy en 2006
Albin Michel / Le livre de poche
470 pages

Diverses couverture du roman en version originale
(clic sur l'image pour l'agrandir)


Le sujet
:
Canada, Ontario. 1919. Niska, une vieille indienne vivant seule dans les bois retrouve son neveu Xavier, rescapé de la guerre qui a ravagé l'Europe. Celui-ci, y a perdu sa jambe et son meilleur ami Elijah, et se trouve sous l'emprise de la morphine qui peut l'aider à surmonter les fantômes qui le torturent.
Il leur faut trois jours pour redescendre la rivière jusqu'à chez eux, trois jours durant lesquels les voix de Niska et Xavier vont mêler leurs souvenirs, chacun témoignant de leurs choix et de leur volonté de vivre.


Le verbe
:
...nous restons blottis là-dessous, à écouter les obus qui s'éloignent petit à petit, dans des chocs sourds et des frissons, comme des bêtes féroces qui reniflent la terre, et la martèle, cherchant toujours d'autres hommes à déchiqueter.
(p 30)


Le seul spectacle qui ne soit pas décourageant, en cet endroit, se trouve dans le ciel. Malgré le naufrage du monde au-dessous, les oiseaux continuent de voler comme si de rien n'était. Quand nous avons un peu de temps de libre, entre une faction et un exercice, Elijah et moi, allongés sur le dos, les admirons : des volées de passereaux tourbillonnent et se pourchassent sans fin.

(p 208)

Mon complément
:

De la première guerre mondiale, je n'avais qu'une vague idée de soldats tristement photographiés dans des tranchées plus noires que blanches, survivant dans une boue de 4 ans. Puis, j'ai lu le "Voyage au bout de la nuit".

photo multiple d'un soldat de la première guerre mondiale sur carte postale trouvée sur "Uneinsamkeiten / Unsolitudes"
Collection Heinz-Werner Lawo


Avec le chemin des âmes, nous sommes ces soldats, d'abord confiants, parfois enthousiastes, puis fatigués de cette guerre qui ressemble à un voyage fantôme où l'on croise des monstruosités : regards béants, membres arrachés et gueules cassées.

Pourtant, ce n'est pas le sang qui gicle à chaque page, c'est le feu du chasseur devant son pire ennemi : la peur, la mort, l'adversité, où qu'elle soit, quelque soit sa forme.

Elijah et Xavier, deux indiens Cree s'engagent dans l'armée canadienne pour aller en découdre en Europe. Ce sont des chasseurs. Ils iront au bout d'eux-même, de leurs forces, de leurs convictions, pour sauver leur âme.

Avant de laisser un cadavre, Elijah me dit qu'il a pris l'habitude, chaque fois, de lui lever les paupières pour le regarder dans les yeux, avant de les refermer de sa main calleuse. Et il y a chaque fois une drôle de chaleur, une étincelle, qui monte dans ses tripes, il regarde bien la couleur de l'iris et songe qu'il est - lui, Elijah - la dernière chose que verra le mort, avant qu'on ne le descende dans la boue et l'eau glaciales. Avant qu'ils ne s'en aillent tous, là où est leur place.
Elijah, il dit que cette étincelle lui emplit le ventre, quand celui-ci crie famine.
(p 256)
Une histoire poignante, qui parle de la survie, la douleur, la drogue, la mort (donner la mort, supporter la mort), la patience, la solidarité.

Le blessé gémit toujours ; il bredouille. je crois qu'il s'est mis à parler une langue secrète ; je crois que déjà, il s'entretient avec l'esprit qui l'emmènera sur le chemin des âmes, celui qu'on met trois jours à parcourir.
(p 132)
Où l'on découvre la force de caractère des personnages : Niska, la rebelle qui refuse de vivre comme les blancs, les wemistikoshiw, et qui préfère être affamée au fond des bois que maltraitée dans un orphelinat sordide. Niska, la sauvage qui devient malgré elle la sorcière, la devineresse, crainte des hommes, mais qui peut prédire où se trouvent les animaux qui sauveront les tribus affamées.

Je conduis Neveu à la rive. J'ai laissé le canoë à une bonne marche d'ici, au pied des rochers. je lui dis qu'il vaut mieux qu'il m'attende; que je vais chercher l'embarcation. Il ne répond pas ; il s'assoit lourdement sur les rochers. Je m'éloigne le plus vite possible. Je n'aime pas le laisser seul. Je suis bête de m'inquiéter : ces dernières années, il a affronté plus de périls qu'on ne pourrait en connaître durant cent vies. Mais je m'inquiète quand même.
(p 18)
Moose river à Moose Factory, Ontario

Puis, Xavier, le jeune indien qui suit son ami de toujours, Elijah, qu'il verra sombrer dans la guerre et dans la morphine.

Je fais semblant de dormir quand il fouille dans son sac pour y prendre une seringue : il lui en faut un peu pour calmer ses nerfs, faire taire les douleurs qui ne le quittent plus, désormais.
(p 356)
Xavier et Elijah, deux amis inséparables, finissent par s'écarter l'un de l'autre : Elijah est obsédé par l'envie de tuer le plus d'ennemis possibles, tandis que Xavier cherche à en finir et désire plus que tout rentrer au pays.

Une histoire inspirée de celle de Francis Pegahmagabow, soldat dans la première guerre mondiale, tireur d'élite, éclaireur, l'un des plus grand héros canadiens.

crédit photo : Loimere chez son compte Flickr



Avec ce superbe récit, l'auteur tisse une puissante histoire, pleine de douleurs, d'exaltations qui nous plongent dans la nature sauvage et rude de la nation Cree et celle, factice mais terriblement réelle de la sauvagerie des hommes.