25 septembre 2009

[LITTERATURE] Le tigre bleu de Versailles

Il n'y a pas de rêve éveillé qui mérite d'être oublié. Rares sont les occasions qui me font sortir de la routine. Mardi dernier fut une exception grâce à une amie qui me parla d'une soirée de lecture publique en compagnie de Laurent Gaudé dont j'avais lu deux excellents romans (Le Soleil des Scorta et La porte des enfers, que je recommande), je fus partante et elle s'occupa des réservations (l'ennui avec le théâtre, c'est qu'il faut s'y prendre à l'avance, et que je ne suis jamais certaine d'être disponible le moment venu). Chose prévue, spectacle vu. C'était la première fois que j'assistais à ce genre de performance : une lecture par l'auteur lui-même, il s'agissait de sa pièce de théâtre Le Tigre bleu de l'Euphrate. Alexandre le Grand, mourant dans sa chambre, congédie sa suite afin de se retrouver face à la Mort. Il passe en revue ses conquêtes, affronte ses souvenirs, évoque ce qui le poussa à conquérir les terres vers l'Inde, aussi loin que la faim et la soif ont rassasié son désir. Restera à jamais, le souvenir mi rêve, mi réalité de ce tigre bleu aperçu un jour au bord du fleuve, qui indiquait peut-être le chemin de l'éternité. La voix de Laurent Gaudé clame, claire et déterminée le texte légèrement raccourci pour l'occasion. Après la lecture, Laurent Gaudé a répondu aux questions d'Alain Gottvalles, de l'association Paroles d'encre et aux interrogations des auditeurs les plus inspirés (et les moins timides) avant d'entamer la (traditionnelle ?) séance de dédicaces, à laquelle je ne désirais pas participer a priori, mais que j'ai stoïquement rejointe (après avoir acheté un livre). Durant l'attente, je me suis montrée particulièrement opiniâtre quant à l'idée de faire quelques photos, au grand amusement de dames qui me voyaient à l'oeuvre (quand je veux quelque chose, je n'ai plus aucune pudeur ni honte). Mon tour arrivant, j'ai pu constater l'extrême gentillesse de Laurent Gaudé, à l'écoute de chaque lecteur (moment impressionnant et terriblement intimidant !).

21 août 2009

[JOURNAL] Un jardin à Paris


J'arrive à Paris par un jardin. Bien sûr, il n'est pas de ceux qui donnent envie de se rouler, de s'attarder à rêver ou à attendre, mais il est mon jardin secret. Ce qui l'entoure est presque mort ou en voie de disparition. Des arbres en tronçons, des insectes cachés qui peinent à bourdonner quelque part à côté des moteurs de la chaussée. Des fleurs sauvages comme des baisers. Les ombres déjà n’existent plus, elles dansent au fond d'un café qui commence à refroidir sur une table de cuisine. Les rues happent comme des bouches affamées le voyageur encore endormi, il cligne des paupières en sortant sa petite carte magique qui, comme un scalpel, taille sa route dans le ventre de Paris. Je vais le nez au vent, j'aime marcher ainsi, à savoir où je vais, pas très loin, juste assez pour se débarrasser des envies, des désirs, aussi vite que possible, comme il est nécessaire d'éternuer sans attendre quand une poussière vous chatouille la narine. Le long de mon jardin, je retrouve un petit peu l'odeur du raidillon qui serpente dans ce pays dans l'ombre de ma jeunesse, et j'ai l'impression qu'au bout du chemin je respire déjà mieux.

18 juillet 2009

[JOURNAL] Des moments d'éternité


Peu après mes quatre ans, le docteur préconisa à mes parents un changement d’air pour contribuer à l’amélioration de mon état de santé, c’est ainsi que je vécu une année auprès d’une tante de mon père et de son mari, à la campagne. Mes parents venaient me voir les fins de semaine, mais bizarrement, je n'ai pas gardé leurs visites en mémoire. Pourtant, les souvenirs de cette période ne me causent aucune tristesse, bien que j'eusse souvent pleuré l’absence de ma mère. Je me rappelle aussi mon rituel d'endormissement : je comptais le nombre de voitures qui passaient dans la nuit sur la route devant la maison, elles glissaient leurs phares au travers des persiennes qui empêchaient la nuit d'entrer tout à fait dans mon refuge. Le matin, je demandais du lait et du lard grillé, et j’épongeais la graisse de la poêle avec la mie de pain. Il n’y avait pas de salle de bain, je me lavais dans une grande bassine de zinc posée sur la pierre de l’évier devant la fenêtre tendue d’étamine. L’école était en face. Mon institutrice, ma maîtresse comme nous l’appelions à cette époque, s’appelait madame Alexandre, je trouvais son nom joli et elle aussi, elle ressemblait un peu à Twiggy Lawson, le mannequin anglais des années 60. Ce que je préférais à l’école, c’était l’odeur des couleurs. J'aimais bien mouiller mes godets de peinture avec ma salive, j’y tournais le pinceau jusqu’à ce qu’il soit bien imprégné de couleur. J'aimais follement aussi la confection des gommettes : avec une petite aiguille, nous découpions des formes géométriques dans des feuilles brillantes déposées sur un morceau de feutre que nous détachions délicatement à la manière d’un timbre dentelé ; il ne restait plus qu'à badigeonner sur la petite forme de papier un peu de cette colle blanche en pot qui sentait l’amande, puis de l'appuyer sur notre cahier du jour. Pendant la récréation, nous avions droit à un verre de grenadine à l’eau fraîche de la fontaine du préau, nous pouvions prendre plusieurs verres d'eau mais nous n’avions droit qu’à une seule dose de sirop, et le dernier verre rose avait un goût dilué. Après l’école, je rentrais bien vite et je me mettais à arroser les fleurs, ou à cueillir quelques fraises dans le potager que je mangeais aussitôt.

J’aimais beaucoup jouer à la dînette, j’invitais mes amis invisibles à des goûters démesurés de terre, d’herbe et de fleurs, qui ne prenaient fin qu’à l’appel navrant de ma tante pour le souper. J’aimais bien arroser le massif de pensées délimité par des bouteilles de verre retournées dont je remplissais le fond concave pour vider mon petit arrosoir. Le lendemain je vérifiais si l’eau était toujours présente, et lorsque ce n’était pas le cas, je me disais que la fée du jardin était venue boire le fond des bouteilles durant la nuit. J’étais une vraie sauvageonne, mais je me disais à moi-même que j’étais une princesse inconnue. J’avais d’ailleurs délimité mon royaume : le bûcher était ma salle d’apparat avec son trône de bois et je montais dans ma tour pour surveiller si la fumée sortait de la chaumière au bout du chemin de Colimont, signe que la sorcière du bois était rentrée chez elle.

Je me demande aujourd’hui si j’avais conscience que cette vie d’alors n’était que temporaire. Je pense que je ne me souciais pas vraiment d’un jour plus loin que le lendemain. Cette année particulière réside en moi comme un invité permanent, qui a ouvert une brèche dans ma fragilité et qui y est resté, recouvert d’une cicatrice invisible mais pesante. Je ne me souviens pas de mes parents et je ne sais dire pourquoi ce souvenir s’est envolé. Est-ce parce que je les rends coupables de m’avoir en quelque sorte abandonnée ? Je sais pourtant qu’ils ont fait ce qu’ils pensaient le mieux pour moi. Ils ont eu raison, ma santé s’améliora. Et je vécus à Yvoux des moments d’éternité.

Et je crois qu’il y a toujours quelque part en moi, la silhouette fervente de cette petit fille que j’étais alors, qui surveille inlassablement la cheminée de la chaumière sur le chemin de Colimont.

21 mai 2009

[JOURNAL] La qualité de la vie

Qui se souvient ? Il me semble, ou alors est-ce un souvenir fabriqué avec les débris que j'ai ramassés au fond des poches de la conscience qui me recouvre comme une poupée russe, qu'il y avait autrefois une émission matinale que j'écoutais le matin pendant le petit déjeuner. C'était sur RTL et l'émission s'appelait la qualité de la vie, une chronique de Remo Forlani. J'entendais, j'écoutais, j'enregistrais des mots que je ne comprenais pas forcément, je posais des questions qui pouvaient rester sans réponses, je m'efforçais de trouver mes propres explications. Je me dessinais mon océan du monde, ou une quelconque matière solide fractionnée, je me sentais l'âme d'un jardinier qui doit traiter son espèce menacée, sans trop savoir comment s'y prendre, ni pourquoi devoir inlassablement remplacer les bulbes de fleurs pourrris. Je voulais vivre mille vies contre la misère, le rêve mesquin. C'était hier. Je n'ai pas l'impression d'avoir failli à ma mission, même si parfois je trouve que je n'en ai pas encore assez fait. Me reste-t-il du temps ? Pour me rassurer, me consoler, je trouve un répit dans sa chaude présence, l'odeur de son cou, la douceur fragile des lumières différentes qui jouent sur sa peau. A cet instant précis je suis ivre, forcément, et je voudrais que ce moment me dure, qu'il soit mon noyau, brut. Alors je pourrai le planter bien profond, et nous pourrions même oublier la cachette. Nous n'aurions qu'à laisser croître.

20 mars 2009

[TOURISME] Les ponts de Paris



Voilà, j'ai mis le dernier pont de Paris en ligne dans un album spécialement agencé pour présenter mes photos.

L'aventure a commencé il y a presque 3 ans, lorsque cette chère Framboise de la Terre de Lumières (blog aujourd'hui disparu) a émis l'idée que je fasse des photos de tous les ponts.

Je savais que cela serait long, mais je me suis prise au jeu et j'ai patiemment fait ma récolte. Tout n'est pas parfait, loin s'en faut. Certains jours, la lumière m'était favorable, d'autres jours, il faisait sombre.