Les hommes qui n'aimaient pas les femmes - Stieg LARSSON




Le livre
Date de Parution : 2005
Titre original : Män som hatar kvinnor
Editions Actes sud - série Actes noirs
570 pages

Le sujet

Suède. 2003. Le journaliste économique Mikael Blomkvist est embauché par l'industriel Henrik Vander pour écrire la chronique familiale. Ce prétexte sera sa couverture car il doit également tenter de résoudre le mystère de la disparition de sa nièce Harriet voici 37 ans et qui obsède depuis lors le vieux Vander, d'autant que chaque année, il reçoit anonymement une fleur sous verre qui lui rappelle les petits cadeaux qu'Harriet lui faisait.
En échange du travail demandé à Blomkvist , Vander promet de lui fournir des renseignements qui permettront de prouver les malversations de l'industriel Wennerström face auquel Blomkvist vient de perdre un procès en diffamation, ce qui l'a évincé momentanément de Millénium, la revue économique dont il est l'un des fondateurs.
L'étude des archives de la famille Vander met Blomkvist sur la piste d'Harriet. Il sera alors question de nazisme, d'inceste, de tueurs en série organisateurs de crimes à caractère sexuel particulièrement barbares.
Des secrets de famille qui pourraient rester dans l'ombre...

Le verbe

Dans les polars anglais, cela s'appelait new evidence, ce qui avait plus de poids encore qu'une "nouvelle donnée". Il venait tout à coup de voir quelque chose de nouveau, que personne d'autre n'avait remarqué dans une investigation qui piétinait depuis trente-sept ans. (p.301)
Mon complément
Du suspens il y en a ! Bien que je n'ai commencé à trouver de véritable intérêt à l'histoire qu'à partir de la page 114 ; c'est qu'il y a beaucoup de digressions qui, selon moi, alourdissent le rythme de lecture. L'action passée et présente se passe essentiellement sur l'île d'Hedebyön à 3 heures en train de Stockholm.

Avertissement :
Notons que certains passages du livre sont particulièrement violents (il est question de sévices et de viol en tout genre) : un livre à ne pas mettre entre toutes les mains.

Mais l'auteur sait également être amusant, pour preuve les inscriptions sur les t-shirt de Lisbeth Salander, la jeune punk qui aide Mikael à résoudre son enigme, des impressions du genre (je cite de mémoire) : "je peux être ta garce permanente, essaye moi".

Côté gastronomie, nous nous contenterons de quelques viandes accommodées au vin, ou de sandwiches fromage ou au pâté-cornichons et nous avalerons beaucoup de café, y compris du réchauffé, mais aussi de l'aquavit et d'autres substances alcoolisées nordiques dont je ne me souviens pas le nom.

Les livres dans le livre :
Larsson, qui est mort peu après avoir écrit sa trilogie, a mis un peu de lui-même je pense en évoquant les livres qu'il appréciait : il est ainsi question d'Elizabeth George et de nombreux polars en général.

Une lecture qui devient de plus en plus passionnante au fur et à mesure de l'intrigue je l'avoue, mais pas de quoi en faire "tout un plat" : le style est moyen, les nombreuses digressions sont plutôt ennuyeuses.
Pour le moment, je m'abstiens de lire la suite, à moins qu'on ne me prête les livres (celui là est aussi un emprunt que j'ai fait chez une copine).

Star Trek Voyager - Le pourvoyeur (1995)

Réalisateur : Winrich Kolbe
Genre : science fiction
Année : 1995


L'histoire :
Ce véritable film est le pilote d'une série qui dura de 1995 à 2001.

Au cours d'une mission de sauvetage dans les Badlands, l’U.S.S. Voyager NCC-74656 se retrouve emporté à des millions d'années-lumière. Tandis que le vaisseau se retrouve en orbite autour d'une planète qui semble déserte, l'équipage subit des examens cliniques. La planète qui est inhabitable en surface, recèle en fait une gigantesque cité souterraine évoluée qui reçoit son énergie d'un étrange vaisseau appelé le pourvoyeur.

Dans le vaisseau réside une étrange créature, un nacène, un être de nature sporocystiène en fin de vie qui cherche à se reproduire. Hélas pour lui, aucune forme biologique n'est compatible avec son modèle biomoléculaire et il est voué à disparaître.

Sans énergie, la planète des Ocampa va elle aussi disparaître.

Mon avis :
Je n'irai pas par quatre chemin pour réaffirmer mon inconditionnel penchant pour le fantastique, aussi kitch et ringard soit-il. A moi donc les séries telles que Cosmos 99 ou Star Trek.

J'aime beaucoup la série des Voyager, avec la belle et efficace Kathryn Janeway (Kate Mulgrew) qui commande Voyager.

Les ailes du désir (1987)

Réalisateur : Wim Wenders
Genre : drame
Année : 1987



L’histoire
Deux anges Damiel (Bruno Ganz) et Cassiel (Otto Sanders) planent au dessus de Berlin ; ils observent les humains aux yeux desquels ils demeurent invisibles, exceptés à ceux des enfants et des simples d'esprits. Un ancien ange devenu humain (Peter Falks) dans son propre rôle d’acteur, leur avoue que la vie humaine a de bons côtés. Damiel est attiré par Marion (Solveig Dommartin) qui se balance sur son trapèze avec ses ailes d’ange.


Cette vision le pousse à devenir humain pour pouvoir l’approcher et se rendre visible. Mais sera-t-elle sensible à Damiel ?


Ce que j'ai noté au cours de multiples lectures de ce film
:
La musique des anges est triste. La vision des anges est en noir et blanc, côté humain, le film est en couleurs. A Berlin, les anges aiment se retrouver dans la bibliothèque, ils en aiment le silence, la grâce des lecteurs attentifs, plongés dans leurs pensées. Les anges sont des témoins du temps qui passe, mais ils sont également entravés par leur incapacité d'agir. Damiel ne désir plus vivre par procuration les sentiments humains, leurs rêves. Il veut aimer. Il aime la trapéziste. Damiel ne désire plus rester plus longtemps à l’écart, désormais il veut être, tenir une pomme, sentir les odeurs...

Notons la salle de concert underground dans laquelle se produit sur scène le groupe Nick Cave & the Bad Seeds, un groupe à la mode à l'époque du film, sa musique psychédélique ressemble à celle que l'on peut entendre dans certains épisodes de la série Twin Peaks.

Après avoir visionné les bonus, un secret de tournage intéressant : Wim Wenders a demandé au maire de Berlin Est de pouvoir tourner ses scènes près du mur, mais celui-ci lui a répondu : Impossible, le mur n’existe pas. L’équipe du film a donc dû construire un faux mur à 400 mètres du désormais symbolique "mur qui n'existait pas".
Que peut-on ajouter à cela ? Le mur a été détruit 2 ans plus tard. Le maire était-il voyant ? Rires.

Vous l'aurez compris, c'est un film que j'aime beaucoup, pas très gai cependant, ce n'est pas du tout une comédie dramatique à mes yeux. Je pense aussi que je suis attachée à ce film car il appartient à ma jeunesse, et qu'il m'a à l'époque profondément troublée et séduite.

Mention spéciale pour Alikan Henry à qui nous devons un éclairage qui porte bien son nom : le film semble effectivement éclairé de l'intérieur. Il éclaire mon intérieur.

Harry Potter et le prince de sang-mêlé (2009)

Réalisateur : David Yates
Genre : fantastique
Année : 2009


Et voici le 6ème opus des aventures du jeune sorcier Harry Potter, célèbre pour avoir été la cause de la disparition de Voldemort, le terrible mage noir.

J'ai (bien sûr) lu l'entière saga de J. K. Rowling il y a quelques années, je sais tout ce qu'il faut savoir de l'histoire, et je suis toujours enthousiaste avant la découverte d'un nouveau film, manière de se replonger un peu dans le fantastique.

Pour résumé un peu, nous avons Harry Potter - 16 ans- (Daniel Radcliffe) qui entre en 6ème année à Poudlard, l'école de magie dont le directeur est le charismatique Albus Dumbledore (Michael Gambon). Cette année sera ardue : Voldemort est de retour (nous ne le verrons pas dans le film) et il a rallié à lui ses anciens adeptes : les mangemorts, mais aussi les effrayants détracteurs, les gardiens d'Azkaban.

Dumbledore charge Harry de se rapprocher du nouveau professeur de potion : Horace Slughorn (Jim Broadbent)
qui détient un souvenir crucial sur Tom Jedusor aka Voldemort (Hero Fiennes Tiffin)

Slughorn finit par avouer à Harry que le jeune Tom est venu lui demander comment fabriquer des Horcruxes, des objets magiques et maléfiques qui permettent de rester invulnérable. Mais tout cela fait appel à la magie noire car pour séparer son âme il faut tuer. Une fois, deux fois... Tom Jedusor/Voldemord a fabriqué 7 Horcruxes et Dumbledore en a déjà retrouvé 2 : le livre de Jedusor (voir la chambre des secrets) et la bague des Gaunt qui appartenait à la mère de Jedusor. Dumbledore emmène Harry avec lui vers la quête du 3ème.

Parallèlement à la chasse au trésor maléfique, Dumbledore a chargé Severus Rogue (Alan Rickman : je l'aime bien celui là !) d'une mission de surveillance des Malefoy. Rogue se retrouve ainsi forcé de protéger Drago par le sortilège d'un serment inviolable.

Drago, devenu un mangemort, est chargé d'une terrible mission : tuer Dumbledore. Rien que cela !

Nous arrivons à la fin de l'histoire, sans oublier un petit bonus quand même : un peu d'amour dans ce monde de brutes. Nous avons donc des amourettes qui fusent un peu partout chez nos jeunes adolescents à la manière des feux d'artifices des frères Weasley (les géniaux frères jumeaux James et Oliver Phelps) qui ont quitté Poudlard pour ouvrir leur magasin de farces et attrapes.

Ron se laisse entourlouper par une certaine Lavande à la grande fureur d'Hermione qui attend que le benêt se déclare.
Harry Potter lui semble un peu trop préoccupé par sa lourde charge auprès de Voldemort, tout en surveillant du coin de l'oeil les mamours de Ginny et de son dernier petit ami en date.
Et puis, lorsque Ginny décide Harry à se débarrasser du livre d'occasion qu'il a pris pour le cours de potions, livre annoté par un certain "Prince de sang mêlé", Harry se laisse prendre par le charme de la petite soeur de son ami Ron.

Nous quittons nos héros encore forts éprouvés par cette année scolaire à Poudlard, les yeux encore éblouis par les prises de vues vertigineuses.
Ah ! la course des mangemorts sur le pont à Londres !
Ah les matches de Quidditch.

Du suspens, avec les créatures qui grouillent autour de l'île où est stockée une des Horcruxes de Voldemort, mais aussi avec l'identité du Prince de sang mêlé qui sera révelée à la fin du film, mais que ceux qui ont lu le livre connaissent dès le départ bien sûr !

Des éclats de rire avec les mimiques de Ron (Rupert Grint) amoureux


Et même une petite larme, et oui, parce qu'on ne se refait pas !

Mais que j'ai hâte de voir les derniers films qui animeront le dernier livre de Rowling, puisque, si l'on en croit les dernières nouvelles, il y aura deux films pour illustrer les reliques de la mort.

Photos prises sur :
Liens en rapport avec ce billet :
D'autres avis pour ce film :
  • chez mon pote Mister Cham qui n'a pas été enchanté plus que cela :)
  • chez Isil qui est beaucoup plus technique que moi

Des moments d'éternité

Peu après mes quatre ans, le docteur préconisa à mes parents un changement d’air pour contribuer à l’amélioration de mon état de santé, c’est ainsi que je vécu une année auprès d’une tante de mon père et de son mari, à la campagne. Mes parents venaient me voir les fins de semaine, mais bizarrement, je n'ai pas gardé leurs visites en mémoire. Pourtant, les souvenirs de cette période ne me causent aucune tristesse, bien que j'eusse souvent pleuré l’absence de ma mère. Je me rappelle aussi mon rituel d'endormissement : je comptais le nombre de voitures qui passaient dans la nuit sur la route devant la maison, elles glissaient leurs phares au travers des persiennes qui empêchaient la nuit d'entrer tout à fait dans mon refuge. Le matin, je demandais du lait et du lard grillé, et j’épongeais la graisse de la poêle avec la mie de pain. Il n’y avait pas de salle de bain, je me lavais dans une grande bassine de zinc posée sur la pierre de l’évier devant la fenêtre tendue d’étamine. L’école était en face. Mon institutrice, ma maîtresse comme nous l’appelions à cette époque, s’appelait madame Alexandre, je trouvais son nom joli et elle aussi, elle ressemblait un peu à Twiggy Lawson, le mannequin anglais des années 60. Ce que je préférais à l’école, c’était l’odeur des couleurs. J'aimais bien mouiller mes godets de peinture avec ma salive, j’y tournais le pinceau jusqu’à ce qu’il soit bien imprégné de couleur. J'aimais follement aussi la confection des gommettes : avec une petite aiguille, nous découpions des formes géométriques dans des feuilles brillantes déposées sur un morceau de feutre que nous détachions délicatement à la manière d’un timbre dentelé ; il ne restait plus qu'à badigeonner sur la petite forme de papier un peu de cette colle blanche en pot qui sentait l’amande, puis de l'appuyer sur notre cahier du jour. Pendant la récréation, nous avions droit à un verre de grenadine à l’eau fraîche de la fontaine du préau, nous pouvions prendre plusieurs verres d'eau mais nous n’avions droit qu’à une seule dose de sirop, et le dernier verre rose avait un goût dilué. Après l’école, je rentrais bien vite et je me mettais à arroser les fleurs, ou à cueillir quelques fraises dans le potager que je mangeais aussitôt.

J’aimais beaucoup jouer à la dînette, j’invitais mes amis invisibles à des goûters démesurés de terre, d’herbe et de fleurs, qui ne prenaient fin qu’à l’appel navrant de ma tante pour le souper. J’aimais bien arroser le massif de pensées délimité par des bouteilles de verre retournées dont je remplissais le fond concave pour vider mon petit arrosoir. Le lendemain je vérifiais si l’eau était toujours présente, et lorsque ce n’était pas le cas, je me disais que la fée du jardin était venue boire le fond des bouteilles durant la nuit. J’étais une vraie sauvageonne, mais je me disais à moi-même que j’étais une princesse inconnue. J’avais d’ailleurs délimité mon royaume : le bûcher était ma salle d’apparat avec son trône de bois et je montais dans ma tour pour surveiller si la fumée sortait de la chaumière au bout du chemin de Colimont, signe que la sorcière du bois était rentrée chez elle.

Je me demande aujourd’hui si j’avais conscience que cette vie d’alors n’était que temporaire. Je pense que je ne me souciais pas vraiment d’un jour plus loin que le lendemain. Cette année particulière réside en moi comme un invité permanent, qui a ouvert une brèche dans ma fragilité et qui y est resté, recouvert d’une cicatrice invisible mais pesante. Je ne me souviens pas de mes parents et je ne sais dire pourquoi ce souvenir s’est envolé. Est-ce parce que je les rends coupables de m’avoir en quelque sorte abandonnée ? Je sais pourtant qu’ils ont fait ce qu’ils pensaient le mieux pour moi. Ils ont eu raison, ma santé s’améliora. Et je vécus à Yvoux des moments d’éternité.

Et je crois qu’il y a toujours quelque part en moi, la silhouette fervente de cette petit fille que j’étais alors, qui surveille inlassablement la cheminée de la chaumière sur le chemin de Colimont.


Le gardien du feu - Anatole LE BRAZ

Le livre
Date de Parution : 1900
Editions Nelson-Calmann-Levy
270 pages

Le sujet

France. 1876. Pointe du Raz. Goulven Dénès, le gardien du phare de Gorlébella, a rédigé son crime sur ses feuilles de relevés : les conséquences de son amour fou pour sa femme, l'audacieuse et infidèle Adèle Lézurec.

Le verbe

En bas, dans la chambre du premier étage, ils devaient être aux aguets, comme moi-même, car j'entendis qu'on s'efforçait, une fois de plus, de briser à coups de poings le verre épais qui forme hublot du côté du large.
Mon complément
Quel bonheur d'être tombée, comme par hasard, sur ce Gardien du feu en parcourant les étagères poussiéreuses de la bibliothèque abandonnée de la maison de famille de mon époux, étant en manque de lecture (je n'avais pas prévu assez de combustible à mon propre feu de lectrice). C'est donc par curiosité, puis intérêt que j'ai abordé cet étrange gardien tourmenté, par la solitude, l'amour, la passion dévorante du désespoir. Car comment résister à l'appel de cette pure détresse, savamment construite.
A l'entour s'étend le sinistre paysage que vous savez, un dos de promontoire nu et comme rongé de lèpre, troué ça et là par des roches coupantes, de monstrueuses vertèbres de granit.



le phare de la Vieille
sur le rocher de la Gorlebella
à l'époque de ce récit
Nous commençons le récit par la découverte post-drame du récit que laisse le narrateur : il y raconte avec une précision de naturaliste, ses émotions, ses dévotions, et la fin de ses illusions. Goulven tombe amoureux de la solaire Adèle :
Je suivis des yeux, jusqu'à ce qu'elles se fussent effacées dans l'éloignement du mail, la blancheur claire de sa cornette à deux pointes et la nuance gris-perle de son grand châle à franges, qui tombait de ses épaules à ses talons comme les ailes repliées d'un goéland. (p.16)
Mais Adèle s'ennuie durant le mois où son mari est en poste de garde sur le récif de Gorlébella et bientôt, à la faveur d'un retour dans son pays, elle rencontre un homme qu'elle fait engager au phare et dont elle devient la maîtresse en l'absence de Goulven , c'est du moins la version que Thumette Chevanton, l'épouse du troisième gardien, finit par dévoiler à l'infortuné mari.
J'avais en ma femme une confiance aveugle. Je l'aimais d'un amour si fort et si compact que la dent du soupçon se fût brisée à vouloir y mordre. (p.87)
Quand Goulven apprend son infortune, devant des preuves affolantes qui lui brisent le coeur et font rugir son entendement, il en devient fou et décide de se venger des traîtres.

Mon âme entière était comme une terre veuve, comme un pays rasé. Oui, oui, la "peste noire" avait magnifiquement accompli son oeuvre ; la trombe mauvaise n'avait rien laissé debout. moissons dorées des chers souvenirs, sèves tenaces des longs espoirs, doux logis de paix, de tiédeur et d'amour, tout était fauché, broyé, anéanti. (p.167)
Il ne lui reste plus qu'à entreprendre un dernier voyage : la randonnée de l'âme défunte. Chut ! je n'en dirai pas plus sur ce merveilleux livre, sauvage comme l'océan.

Mais une dernière question flotte... Adèle et Hervé étaient-ils réellement amants ?

Une pensée pour les romans victoriens, et en particulier pour Henry James dont j'ai lu il y a quelques temps Le Tour d'écrou sans être franchement emballée. Et bien dans Le gardien du feu, je dis chapeau à la construction, à l'atmosphère, à tous les détails qui nous portent peu à peu dans la folie meurtrière de Goulven, cela s'appelle la Classe !

Pour avoir une idée de la situation du phare, à la pointe du Raz :

Liens externes



Anatole LE BRAZ


Une parfaite chambre de malade - Yoko OGAWA


Le livre

Editions Actes Sud, collection Babel
Traduction par Rose-Marie Makino-Fayolle

Ce livre contient deux récits :
(1) Une parfaite chambre de malade
Date de Parution : 1989
Titre original : Kanpekina byōshitsu
74 pages

(2) La désagrégation du papillon
Date de Parution : 1988
Titre original : Agehachō ga kowareru toki
66 pages
    Une parfaite chambre de malade : Le sujet
    Japon. Une femme accompagne son jeune frère atteint d'une maladie incurable et s'installe, pour ainsi dire, à ses côtés, dans sa chambre de malade. Dès lors, elle passe tous ses moments de liberté, les soirs après son travail ainsi que les fins de semaine, finissant par trouver la vie auprès de son mari sans intérêt, voire détestable.

    Le verbe

    - Combien de temps lui reste-t-il à vivre ?
    Pour moi, c'était la question la plus importante et rien d'autre ne me venait à l'esprit.
    - Disons entre treize et seize mois.
    - Treize...
    Il m'a fallu un peu de temps pour digérer ce chiffre. Parce que, jusqu'alors, je n'avais jamais vraiment réfléchi à ce que cela signifiait. Que pouvait-on faire en treize mois ? Cela permettait à un bébé d'apprendre à se tenir debout et marcher. A un redoublant de devenir étudiant, à des amoureux de se marier. J'ai essayé de mesurer ce chiffre à toutes sortes d'échelles. Mais quand j'ai voulu imaginer ce que pouvaient représenter treize mois pour mon frère, je n'ai pas réussi car je me suis sentie aussi mal que si mon coeur était devenu un fruit trop mûr à la chair éclatée.
    Mon complément
    Je remonte le temps avec ce recueil des deux premiers écrits d'Ogawa, l'occasion de souligner la présence des thèmes qui seront réguliers, voire quasi obligatoires : je note ainsi les muscles, les viscères, l'eau, l'orphelinat (dont il sera également question dans La piscine), et bien sûr le gâteau à la fraise, quasi présent dans chaque récit.
    Les deux parts de fraisier y étaient blotties, dans l'odeur de terre, d'herbe et de pollen. Je les ai observées, le regard acéré comme à travers un microscope. C'était un gâteau tout simple, dont la couche de crème était aussi épaisse que la génoise.
    La chambre de malade est parfaite car débarrassée de tout résidu organique, de toute nourriture vouée à la putréfaction, images qui font horreur à la narratrice car elles lui rappellent la démence précoce de la mère qui s'était alors mise à oublier des aliments un peu partout dans la maison. La narratrice est obsédée par la "vie", qu'elle assimile à la pourriture, aux êtres vivants qui se repaissent de quelque chose de sombre et d'immonde. Au contraire de la "vie", la chambre de malade est immuable, éternelle, avec sa propreté quotidienne, son absence d'odeurs, à l'opposé d'un corps qui se meurt.
    Dans cette chambre de malade qui ne se dénaturait pas, il était le seul à s'affaiblir inexorablement.
    Nous pleurons avec ses mots si justes, mélange de compassion, de détresse et de prudence. Nous pleurons avec ses mots qui tombent comme des larmes, enrobant de chagrin la perte d'un être aimé qui finit par partir, pelé comme la peau d'un fruit prêt à être mangé par la bouche du temps.

    La désagrégation du papillon : le sujet
    Japon. Après avoir emmené sa grand-mère désormais incapable de vivre normalement auprès d'elle, une jeune femme se demande où est la frontière entre le normal et ce qui ne l'est pas et sombre progressivement dans une lourde oppression de la vie et de ses formes.

    Le verbe

    Pourquoi ne puis-je me désolidariser de l'anormalité qui est en moi ? Pourquoi adhére-t-elle aussi lourdement à mon ventre ?
    Mon complément
    Premiere nouvelle disponible en français écrite par Ogawa en 1988 et éditée par Actes Sud en 1993, La désagrégation du papillon initie le thème de l'étrangeté, familier à Ogawa. Dans un style touchant, nous frôlons la légitime fragilité de la conscience : qui est capable de décider à quel moment nous ne sommes plus dans la "norme", comment savoir que nous sommes devenus pour les autres un étranger, un être incapable de vivre sans se mettre en danger et sans risquer la vie ou le tourment de nos proches ? A partir de l'instant où sa grand-mère, avec laquelle elle a vécu toute sa vie, parfois dans la crainte, quitte leur foyer, l'héroïne se sent envahie par un sentiment de confusion, qu'elle couve en elle à la manière d'un embryon.

    Parmi les thèmes que j'ai reconnu pour réapparaître dans d'autres nouvelles ou romans, notons les sons (les bruits), thème qui sera repris dans Amours en marge 3 ans plus tard, ou encore les spécimens dont il sera question dans l'original Annulaire. Inquiète et se confiant au docteur qui soigne sa grand-mère, l'héroïne découvre que :
    A la fin, chacun ne garde que la partie la plus purement humaine, et le reste c'est du vide. Tous les éléments qui nous différencient des autres, que ce soit le sexe, la personnalité ou la position sociale, n'ont plus aucune signification.
    Qu'il est donc bon de croire qu'il restera toujours une portion d'humanité quand nous aurons rogné tout ce qu'il y avait autour.

    Une tombe accueillante - Michael KORYTA


    Le livre
    Date de Parution : 2007
    Titre original : A welcome grave
    Editions du Seuil
    350 pages

     Le sujet

    Etats unis d'Amérique. De nos jours. Le cadavre de l'avocat Alex Jefferson est retrouvé sauvagement torturé. L'ancien fiancé de sa femme, le détective Lincoln Perry se retrouve dans la ligne de mire des enquêteurs à cause d'une ancienne histoire de jalousie. Innocent mais cumulant au fur et à mesure des preuves de culpabilité, il va devoir découvrir par lui-même qui est l'assassin et remonter ainsi à une ancienne affaire de viol et de meurtre à laquelle Jefferson a été lié.

     Le verbe

    On utilise le mot "choqué" à tort et à travers. Les gens sont choqués en voyant qu'un retrait automatique de cinquante dollars a été effectué sur leur compte à leur insu, choqués d'apprendre que leur shih-tzu pure race n'est rien d'autre qu'un batard, choqués que leur chaîne préférée ne figure pas dans leur super-bouquet télévisé. Ces gens racontent n'importe quoi. Ils sont surpris, pas choqués. Le choc, c'est ce qu'on ressent quand on vous présente une impossibilité absolue comme une vérité indéniable. Le choc, c'est ce qu'on ressent quand un flic trouve vos empreintes sur des billets que vous n'avez jamais touchés. (p.216)
    Mon complément
    Un livre cadeau de la part de Suzanne de http://www.chez-les-filles.com/

    Voilà un policier de chez policier. Du grand suspens, un mélange de Stephen King, de Michael Connelly, de Ian Rankin, vous voyez le genre ? Ici, un ancien meurtre, un innocent désigné coupable qui macère sa vengeance dans son trou comme une vieille liqueur à donner des tourments et voilà ce qu'il faut pour doser une cruelle intrigue. Le héros est tout à fait crédible et nous vivons avec lui les affres de la torture mentale qu'il subit. Je vais certainement me mettre à lire les deux autres livres de ce jeune auteur pour le moins ingénieux avec ses deux précédents titres : "La Mort du privé" et "Et que justice soit faite".

    Cadavre d'état - Claude MARKER


    Le livre
    Date de Parution : 2009
    Editions Carnets nord
    400 pages

    Le sujet

    France. Années 1990. La cadavre d'un conseiller de Matignon est retrouvé au ministère de l'intérieur. Il en est discrètement transporté pour être découvert sur le parking désert d'une grande surface de banlieue.

    Le verbe

    Nuls, inefficaces, incapables de discerner les problèmes, de les poser avec rigueur, d'imaginer une solution, de l'appliquer avec courage et détermination.
    Et satisfaits d'eux-mêmes, et d'eux seuls. Se battaillant comme des chiots, mais comme eux, se pourléchant les uns les autres et ne se plaisant que dans leur engeance, s'amnistiant par avance de tout, responsables de rien, s'étant accordé tous les droits, une fois pour toutes, comme phraser à creux, promettre et mentir à tire-larigot, se goberger comme futaille, voler... Avec, pour les bas boulots, qui fatiguent, et les combines, qui rissquent, des tacherons, répartis en partis, syndicats, associations... Avec, à l'horizontale et à la verticale, en diagonale, en zig et zag, des coteries, sectes, sous-sectes... Tous brigants s'autocélébrant, se cooptant, népotifiant, décourageant et écartant quiconque sait, sait faire, ose penser. (p.66)
    Mon complément :

    Un livre cadeau de la part de Suzanne de http://www.chez-les-filles.com/

    L'extrait que j'ai choisi illustre bien dans quelle histoire nous sommes conviés : manigances en tout genre, jeux de rôles pour un duel du pouvoir, rien n'est laissé au hasard. De l'humour, une histoire d'amour un peu "too much" pour être plausible cependant, des rebondissements, le tout dénonce un bon cocktail qui tient en haleine une bonne partie de la journée, voire de la nuit, car, comme tout bon polar, le secret n'est délivré qu'à la fin !

    J'ai aimé le style gouailleur, les bons mots d'argot et aussi l'humour. Certains ont imaginé que l'auteur, dont la véritable identité est cachée sous un pseudo pouvait être Bernard Tapie : ils ont effectivement beaucoup d'imagination !!! Je ne crois pas que ce soit lui, en aucune manière, mais je penche plutôt pour quelqu'un du ministère de l'intérieur, ou très proche. Mais peu importe, l'intérêt au fond est de découvrir l'envers du décor, et c'est plutôt bien raconté.

    Les mots inconnus :
    • coruscant = brillant
    • nepotisme = tendance d'un homme occupant une haute position à favoriser les membres de sa famille
    Lien externe

    Les belles endormies - Yasunari KAWABATA


    Le livre

    Date de Parution : 1970
    Titre original : Nemuneru bijo
    Editions Albin Michel
    180 pages

    Le sujet

    Japon. Une curieuse maison close offre à de vieux messieurs des jeunes filles sciemment endormies pour la circonstance, auprès desquelles ils peuvent passer de chastes nuits à rêver à leur jeunesse et se préparer à affronter le temps qui passe.

    Le verbe

    En fait, on parle de passé lointain, mais chez l'homme mémoire et réminiscences ne peuvent sans doute être qualifiées de proches ou lointaines en fonction uniquement de leur date ancienne ou récente. Il peut arriver que, mieux qu'un fait de la veille, un évènement de l'enfance, vieux de soixante années, soit conservé dans notre mémoire et resurgisse de la façon la plus nette et la plus vivante. (p.32)
    Mon complément
    J'ai reçu ce livre reçu dans le cadre du wabi-sabi swap de la part de Fanyoun que je remercie chaleureusement car sans elle, je serais passée à côté d'un auteur qui m'était jusqu'alors inconnu.

    Au delà du sujet soumis à controverse puisque le lieu où se situe le récit est une maison close, et cela, même si les relations sexuelles sont, a priori, prohibées, ce roman est de toute beauté. Nous assistons aux réflexions d'Eguchi, un homme de 67 ans qui, bien que ressentant encore toute sa virilité, accepte le respect de la règle de l'étrange maison de plaisirs : ici, la seule consommation permise est celle du souvenir.
    La peau, l'odeur jeune des filles, peut-être apportent-elles aux tristes vieillards de cette espèce pardon et consolation. (p.119)
    Point de pénétration autre que celle de la pensée dans le bassin de la mémoire. La chambre, avec ses tentures rouges, me fait l'effet d'un utérus. A chaque nuit qu'il passe dans la maison, auprès d'une nouvelle fille, Eguchi retrouve une sorte de maternité : il retrouve le souvenir des filles qu'il a connues, celui de sa mère, et aussi de ses propres enfants.

    Un roman qui nous emporte à la rencontre de notre poésie intérieure, celle de nos vrais désirs, et peut-être aussi, à la rencontre de l'intuition que nous sommes au fond toujours seuls face à notre propre conscience des choses et des êtres.

    Relache

    Un peu de rangement avant de partir en vacances, histoire de mettre les choses à leur place, ou bien effacer celles qui n'en n'ont plus. J'aime bien faire le vide. Je reste disponible pour autre chose. Tout à l'heure j'ai fait un peu de nettoyage dans mon téléphone portable, effacé quelques messages de moindre importance, relu avec sourire ceux qui font chaud au coeur, conservé ceux qu'il me faut pour aller de l'avant encore un petit peu. [Image] Au music store, mon fils m'a fait écouter Chickenfoot, un groupe que je ne connaissais pas et auquel je m'intéresse à présent ; telle que je suis en train d'écrire, je recherche activement sur le réseau une ou deux musiques à emporter sur mon mp3. A la librairie, je suis passée sans rien regarder, ce qui est une sorte d'exploit, mais j'ai tout ce qu'il me faut pour le moment : deux polars reçus en échange d'un avis de lectrice (j'ai terminé le premier ce matin), quatre nouveaux livres de ma chère Yoko Ogawa, diverses revues, sans oublier les lectures pour les enfants et toutes sortes de plans, cartes routières et guides touristiques que j'adore lire car ils régalent ma curiosité. Au buffet chinois, je picore dans tous les plats, et pour le dessert, je ne déroge pas à mon habitude de manger le che dau, un dessert gloubiboulguesque que j'affectionne. Dans quelques minutes, je vais m'activer à plier nos bagages, en vérité, ce sont les habits à y déposer qui se plieront, il me reste encore quelques papiers à classer, lettres à emporter pour les relire et y répondre, peut-être. Au fond, tous les instants de ma vie se chevauchent, il n'y a pas de réelle distance avec les choses qui sont mon quotidien et celles que j'envisage, car tout se reflète avec plus ou moins de précision. Ce que j'aurais dû faire il y a des mois finit par trouver sa place, alors que ce que je ne comptais pas faire ce matin est déjà achevé. C'est ainsi, il y a toujours en moi une place pour l'imprévu, le surprenant. Je reste sur le pont à observer ce qui peut toujours m'émouvoir, une bande de terre mystérieuse sur l'horizon. Portez-vous bien en ces beaux jours qui, je l'espère, vont un peu rester.