Dans le scriptorium - Paul AUSTER

"Travels in the Scriptorium" (voyages dans le scriptorium)
Traduction par Christine Le Bœuf
137 pages

Le sujet
Mr Blank est un vieil homme qui se retrouve dans une chambre cellulaire, sans se souvenir pourquoi il est là, mais pressentant une punition. Dans la chambre, outre le lit, il y a un bureau et sur celui-ci des papiers et des photos. Blank ne reste pas seul dans cette chambre imprévue, imprévisible et inexplicable (portes de placards dérobées, étiquettes scotchées sur les objets comme une légende sur un dessin) car il y reçoit des visites mais ne reconnaît aucun de ses visiteurs. Parfois, un des noms lui semble familier, mais sans plus de précision. Mr Blank est mal à l'aise, il ne sait s'il peut sortir de la chambre : il a tenté d'ouvrir la fenêtre sans succès et n'ose pas tenter d'ouvrir la porte. Il s'occupe à lire des feuillets qui semblent être ceux d'une histoire, mais celle-ci est inachevée. Arrive un personnage qui lui demande d'inventer la suite. D'abord réticent, Mr Blank se lance sur une piste, puis désappointé, décide de modifier le récit et change la fin. Il semble satisfait. C'est alors qu'un ultime (?) personnage lui rend visite, il s'agit de son avocat, celui-ci est très inquiet. En effet, nous apprenons que les plaintes déposées contre Mr Blank sont exceptionnellement chargées et que certains plaignants désirent sa mort mais pas seulement : ils veulent son supplice et le jeter en pâture. Mais qu'a fait Blank pour mériter ce sort ? Nous le comprenons à la fin du récit, à partir du moment où l'avocat fait son entrée. Blank est un raconteur, un faiseur d'histoires.



Magritte
Un être qui a basculé dans une nouvelle dimension, un nouvel univers en expansion vers les confins du pouvoir, celui des hommes et celui du temps. Blank n'a plus le même corps et peut-être aussi, n'a-t'il plus la même âme. Il existe maintenant dans une autre réalité où ses personnages le visitent comme d'anciens amis fantômatiques, indulgents du sort que Blank leur a réservé ou animés d'une vengeance morbide. Dans cette réalité là, ce sont les personnages qui vivent et pensent par eux-mêmes, qui vont et viennent libres, à l'inverse de l'auteur qui n'est plus le créateur tout puissant mais qui devient le condamné esclave et démuni de tout, y compris de sa mémoire, sa conscience, sa capacité à décider, sa force d'agir. Blank est faible, il n'arrive plus à rien, ou presque, et tout l'étonne et le surprend. Il est comme un petit enfant ; ce sont d'ailleurs des souvenirs d'enfants qui lui reviennent parfois, comme l'image du cheval à bascule. A la fin, lorsque Blank comprend qu'il est enfermé dans sa propre fiction, qu'il est devenu un personnage (le dernier), comme s'il se regardait dans le miroir de Magritte et qui ne reflète rien d'autre que ce que verrait quelqu'un qui observerait l'observateur.
RELATIVITE.
Blank envoie tout balader : les feuilles du nouveau récit qu'il s'est mis à lire, le récit que nous tenons entre les mains, "voltigent en l'air". Il est vaincu. Nous sommes presques peinés.

Le verbe
Mr. Blank s’installe avec lenteur dans le siège placé devant le bureau. C’est un siège d’un confort extrême, constate-t-il, garni d’un souple cuir brun et doté de larges accoudoirs où peuvent reposer ses coudes et ses avant-bras, sans parler du mécanisme à ressort invisible qui lui permet de se balancer à sa guise d’avant en arrière, ce qu’il commence d’ailleurs à faire dès l’instant où il est assis. Un tel balancement a sur lui un effet apaisant et, tandis qu’il continue à se laisser aller à ces agréables oscillations, Mr. Blank se souvient du cheval à bascule qui se trouvait dans sa chambre de petit garçon, et il se met alors à revivre certains des voyages imaginaires qu’il entreprenait sur ce cheval, qui s’appelait Whitey et qui, dans l’esprit du jeune Mr. Blank, n’était pas un objet en bois orné de peinture blanche mais un être vivant, un vrai cheval.
Mon complément
Tout d'abord, je dois dire que ce très court roman peut se lire en une journée facile (137 pages de lecture). Ensuite, qu'il fait référence à des personnages apparus dans d'autres romans de l'auteur. Cela dit, il n'est pas absolument nécessaire de les avoir tous lus, seulement de savoir qu'il y a un jeu de cache-cache auquel s'adonne Paul Auster. Jeu ? Ou nécessité de dérouler avec une sorte de précision chirurgicale les affres et les douleurs de la création, de l'écriture, sa puissance, sa fragilité et ses démons. C'est une histoire à la limite du fantastique, une sorte "d'arroseur arrosé", vraiment c'est l'image simple qui me vient à l'idée et qui me persuade de cela : celui qui écrit met de sa vie dans son récit, et même dans ses personnages, une sorte d'exorcisme ténu à la lisière de la conscience bien sûr. Les personnages ne survivent à leur histoire que si quelqu'un pensent à eux. Et qui les connaît le mieux si ce n'est leur créateur ? A moins qu'ils ne réussissent à passer, à "voyager" dans une nouvelle fiction... Magique ! Auster achève ce roman comme une sorte de testament. Il se met dans la peau d'un réaliseur qui explique un script de cinéma. Il parle des photos déclenchées régulièrement : "une fois par seconde", et il y a un fil invisible. Le fil qui anime la marionnette que nous sommes et qui nous relie à quelqu'un de plus "grand", et de ce fait, ce quelqu'un, il nous est impossible de l'imaginer, de l'expliquer et de le comprendre.

Lien externe
  • Chez Holly G.
    Vous y trouverez notamment la liste des personnages que je nomme "voyageurs" cités et l'ouvrage de référence pour les non initiés (dont je fais partie)

Traqués - Ian RANKIN

Titre original : Blood Hunt (1995)
traduit en 2007
431 pages

Le sujet
Jim Reeve, un journaliste écossais sur la piste d'une énorme affaire de pollution au PrP (protéine du prion) via des pesticides fabriqués par la CWC (Co-World Chemicals) est retrouvé dans une voiture fermée à clef de l'intérieur à San Diego. Il s'est apparemment fait sauter la cervelle. Son frère, Gordon, fait le voyage pour rapatrier le corps. Très vite, il a l'intuition que son frère ne s'est pas suicidé, c'est que notre Gordon n'est pas un lapin de 6 semaines : c'est un ancien agent du SAS (Special Air Service) à présent retraité et organisateur de stages de survie le week end pour cadres en mal de sensations. Bien sûr, les ordonnateurs du meurtre de Jim l'ignoraient, et se retrouvent en quelque sorte, du "beau" gibier, CWC désire garder certaines expériences secrètes, des scientifiques témoins de méthodes redoutables doivent se taire, si possible à jamais. La CIA ferme les yeux ; la police est contaminée par l'appât de l'argent. Reeve doit compter sur lui même s'il veut survivre dans cette nouvelle jungle. Kosigin qui travaille pour la CWC, semble être le manipulateur de cette sombre affaire et pour se débarrasser du frère parti sur le sentier de la guerre, il fait appel à Jay, lui aussi ancien militaire du SAS, que Gordon reconnaît alors qu'il le croyait mort au cours de leur dernière mission durant la guerre des Malouines. Bientôt, la traque s'engage entre les deux hommes férocement déterminés à en découdre. La chasse se déroule entre les Etat-Unis, la France, l'Angleterre et enfin l'Ecosse. Gordon va recourir à toute sa panoplie d'agent d'infiltration pour parvenir à venger son frère, se disculper des morts semées sur sa route et faire tomber la multinationale empoisonneuse mondiale. Mission accomplie.

Le verbe
...Allerdyce cavale comme s'il avait un cactus dans le cul alors que tous les proctologues sont à Hawaï. Il sait qu'il lui est arrivé un truc, la nuit dernière, mais il ne sait pas quoi.
Mon complément
C'est mon fidèle ami Didier qui m'a incité à découvrir cet auteur écossais né en 1960 et "père" de l'inspecteur Rebus. Ian Rankin donne corps à un homme animé de sentiments contrastés : un homme appelé "le philosophe" par ses camarades parce qu'il lit Nietzsche, un homme révolté qui se dit "anarchiste". Cet homme, nous le suivons pas à pas, haletant avec lui, sombrant avec lui dans un cauchemar de sang. Courses poursuites, rencontres parfois amicales et utiles, parfois vénémeuses qui l'obligent à se transformer en prédateur pour sauver sa peau. Un homme prêt à tout pour faire jaillir la vérité. Un très bon polar plus orienté sur la "traque" que sur le sujet de la "pollution", mais qui donne tout de même des pistes sur les dangers de la grande production agroalimentaire. Nous n'en avons jamais douté. En plus, Ian Rankin a un style qui me plaît bien ! Celui de l'humour désenchanté.

Au coeur du temps (ABC, 1966)

série américaine de 30 épisodes de 50 mn, créée par Irwin Allen (1ère diffusion en France en 1967)
The time tunnel
"the infinite corridors of time"

Je continue mon petit tour dans le temps, Val, je suis certaine que cela va te rappeler de bons souvenirs : les votes dans l'émission "samedi est à vous".

L'histoire.
Deux chercheurs, Tony Newman (James Darren) et Doug Phillips (Robert Colbert), ont inventé une machine à remonter le temps : le chronogyre.

Lors du premier voyage, ils vont en être prisonniers, condamnés à effectuer des sauts dans le temps, passé ou futur, mais incapables de retourner dans leur époque. Leur collègues tentent de les faire revenir, sans succès. La seule fois où les scientifiques parviendront à regagner leur époque, la vie est figée et ils décident de repartir vers leur hasard. J'ai adoré cette série ! C'est certainement elle, ainsi que COSMOS 99, plus connue, qui m'a décidée vers un métier scientifique. Je me voyais bien fabriquer de telles machines. Avec mon ordinateur portable, je suis presque arrivée à voyager moi aussi dans le temps !

Récemment, une série que je dirai "dérivée", a repris le thème. Il s'agit de "SLIDERS". Eux, ils étaient 4 et avaient une télécommande et le vortex du temps se matérialisait à l'heure indiquée par leur zappeur. Mais j'avoue avoir beaucoup moins aimé, alors que les effets spéciaux étaient bien plus sophistiqués.

Orgueil et préjugés - Jane AUSTEN


titre original : Pride and Prejudice
Traduction par V.Leconte et Ch.Pressoir
J'ai reçu ce livre dans le swap "littérature et thé" de la part de Lou et je me félicite encore d'avoir eu envie de relire Jane Austen.

Le sujet
Elizabeth Bennet, l'héroïne, rencontre Fitzwilliam Darcy, un homme dont la condition est supérieure à la sienne, ce qui déjà, la freine dans ses élans, nous pouvons la comprendre. C'est que nous sommes en Angleterre, à la fin du XVIII ème siècle, et que les us et coutumes voulaient que les mariages se fissent sans mésalliance. Pour comble, Darcy lui apparaît comme un être imbu de sa condition et dédaigneux de celle des autres qui lui sont inférieurs. Ce qu'elle voit est corroboré par quelques récits glanés ici et là qu'elle préfère croire, d'autant qu'elle a entendu ce qu'il disait d'elle lors du premier bal qui les voit ensemble :
Mr Darcy se retourna et considéra un instant Elizabeth. Rencontrant son regard, il détourna le sien et déclara froidement :
- elle est passable, mais pas assez jolie pour me décider à l'inviter. Du reste, je ne me sens pas en humeur, ce soir, de m'occuper des demoiselles qui font tapisserie.
Avouez que ce genre de provocation n'est pas pour renforcer l'affection (rires). Bon, leur histoire, débute mal, mais nous n'en sommes qu'au commencement. Plusieurs personnages gravitent autour d'eux, les soeurs d'Elizabeth, les parents, les amis. Sans dévoiler tout, ce qui serait une gageure, je vais me contenter de focaliser sur nos deux tourtereaux. Elizabeth se promet donc de détester ce Darcy qui la snobe, tout en se réservant la grâce de l'impertinence ; il faut avouer que le roman est truffé de bons mots opportuns, le sens de répartie d'Elizabeth égale certainement la colère qui l'anime. Car Darcy est toujours sur son chemin. Leurs rencontres auront raison d'un premier préjugé. Darcy craque et débarque devant Elizabeth pour lui déclarer sa flamme. Abasourdie, celle qui imagine que Darcy est responsable de l'éloignement de l'amoureux de sa soeur, et qui croit qu'il est coupable d'avoir spolié Wickham, le protégé de Mr Darcy père, le repousse avec tout l'abnégation mortifiante dont elle est capable.
Après un silence de plusieurs minutes, il s'avança vers elle et, d'un air agité, débuta ainsi :
- En vain ai-je lutté. Rien n'y fait. Je ne puis réprimer mes sentiments. Laissez-moi vous dire l'ardeur avec laquelle je vous admire et vous aime.
Mesdames, en admettant que vous aimiez ce type, l'auriez-vous repoussé ? Elizabeth le fait, c'est bien plus fort qu'elle. Elle est trop ancrée dans sa certitude d'avoir affaire à un pédant qu'elle ne peut s'y soumettre, et je la comprends. Les apparences sont parfois tellement trompeuses, et Elizabeth est trop entière, se refusant à l'idée de se marier par convenance ou à un homme qui la méprise, ou en tout cas, qui méprise ses origines. Cela en est trop. Les deux amoureux en restent là pour un temps. Darcy ne tarde pas à lui révéler dans une longue lettre les différentes vérités qu'elle ignorait : Wickham, le joueur impudent, a autrefois tenté d'enlever sa jeune soeur en lui promettant un mariage qu'il ne comptait nullement faire. Et il admet avoir tout fait pour éloigner Jane, la grande soeur d'Elizabeth, de Mr Bingley, son grand ami, estimant que Jane ne l'aimait pas assez. Nous y voilà. Peu à peu, Elizabeth va finir par ouvrir les yeux en même temps que son coeur et sa foi. Sa foi en elle. Peu à peu, s'insinue en elle l'idée que Darcy n'est pas, n'est plus, l'homme qu'elle imagine. Mais comment faire pour retrouver grâce aux yeux de Darcy, si toutefois il est encore temps ? Mieux vaut tenter d'oublier cette malheureuse rencontre. Mais c'est impossible, ces deux là se retrouvent encore et encore. Au cours d'une promenade, Darcy et Elizabeth se font face. Elle en profite pour le remercier de s'être occupé de sa plus jeune soeur, enfuie avec le vil Wickham, et que Darcy a obligé aux épousailles, en y ajoutant une belle dot afin d'obliger le jeune fourbe fougeux de s'en accommoder. Il lui affirme qu'il n'a agit ainsi que pour elle, et elle seule.
...votre famille ne me doit rien. Avec tout le repect que j'ai pour elle, je crois avoir songé uniquement à vous... Vous êtes trop généreuse pour vous jouer de mes sentiments. Si les vôtres sont les mêmes qu'au printemps dernier, dites-le-moi tout de suite. Les miens n'ont pas varié, non plus que le rêve que j'avais formulé alors. Mais un mot de vous suffira pour m'imposer le silence à jamais.
Pas mal hein ? Là, Elizabeth est à bout de souffle, elle dit "oui", et nous avec. Les deux amoureux s'avouent l'un à l'autre leur intolérance, leur maladresse, leurs sentiments boursouflés d'orgueil et de préjugés. Evidemment.

Mon complément
Tout d'abord, je tiens à faire remarquer que, bien qu'il s'agisse d'une histoire d'amour (hum, plusieurs histoires d'amour en réalité), ce roman n'a rien a voir avec ce que vous pouvez imaginer de ce genre de livre, le roman d'amour n'est pas du tout ma tasse de thé. Ce livre relate une ambiance, une époque et ses us et coutumes : les distractions, les convenances. Les parents qui désirent le mariage pour leurs filles, d'autant que celles-ci n'hériteront pas de leur père. Elizabeth est une rebelle à tout cela, elle se moque du "qu'en dira-t-on" et désire plus que tout accomplir son propre bonheur, du moins celui qu'elle s'autorise. Elle est lucide aussi et s'effraye de voir son amie Charlotte accepter le mariage qu'elle a elle-même refusé : épouser un clergyman, son lointain cousin, idiot et lamentablement servile. Impossible pour elle d'imaginer son amie s'unir à ce dévot. Impossible pour elle de se plier à ce genre de marchandages. Son coeur est plus fort que sa raison, assurément. Le rire est de mise dans ce livre, les situations sont cocasses et bien tournées, les relations et dialogues sont savoureux, le plus souvent. Il faut visualiser le père, en proie à sa femme, véritable harpie qui n'hésite pas à jeter ses filles dans les bras d'un beau parti de passage, il faut visualiser les regards échangés entre lui et Elizabeth, nous les imaginons très complices. Pas de longueur, aucun renvoi en bas de page, normal, il s'agit d'un roman "d'époque" et l'auteure romançait son quotidien, ou celui qu'elle aurait pu avoir. La fiction, c'est aussi cela : mettre du rêve dans l'existence.

Je terminerai par l'aveu suivant : à la fin de ma lecture (pas immédiatement quand même, mais le lendemain), je me suis précipitée sur internet pour voir quelques extraits du dernier film sorti en 2005 (de Joe Wright avec Keira Knightley dans le rôle d'Elizabeth et Matthew MacFadyen dans celui de Darcy, tous deux très convaincants, elle, certainement plus belle que ne le laisse supposer le livre). Nous sommes sous le charme de cette adaptation assez fidèle ma foi, sauf pour certains détails et personnages du roman qui n'apparaissent pas dans le film. Film aux superbes images, et qui met en scène l'atmosphère des bals, les danses de cette époque, les repas, les révérences etc... J'adooooooooooooooooore les costumes !