Dans ma maison vous viendrez d'ailleurs ce n'est pas ma maison, je ne sais pas à qui elle est, je suis entrée comme ça un jour il n'y avait personne (J.Prévert)

26 avril 2009

Mon oncle (1958)

Réalisateur : Jacques Tati
Genre : comedie dramatique (ou drame burlesque, au choix)
Année : 1958

L'histoire
Un petit garçon, bien élevé, habitant dans une maison moderne, selon un rituel géographique calculé au milimètre près et suivant un emploi du temps calculé à la seconde, attend toujours avec joie les visites de Monsieur Hulot (Jacques Tati). Ce dernier est le frère de sa mère, un homme distrait, toujours prêt à rendre service et à amuser son neveu au cours d'amusantes balades. Un jour, pour faire plaisir à son épouse, son beau-frère accepte d'employer Monsieur Hulot dans l'usine où il est directeur.

Mon avis
Voilà un film dont j'ai entendu parler avant de le voir. J'étais alors toute petite et mes parents qui étaient allés le voir au cinéma à sa sortie, n'avaient pas du tout apprécié et m'en parlaient comme d'un film "absurde", incompréhensible. Ce qui était pour me plaire.

Moi, je dirai que ce film est surréaliste, qu'il m'est familier car pittoresque, c'est charmant et en même temps satirique. Sans en raconter plus, je préfère cette formule (trouvée après avoir regardé les bonus, et notamment la construction de la maison Arpel) : c'est un film sur les signes et le design.

Notons en souvenir (et en désordre) les choses qui ont attiré mon attention :
  • les bruits de pas de la dame qui époussète et qui résonne sur le dallage
  • l'école qui ressemble à une gare : les écoliers y sont déposés comme des voyageurs, avec leur cartables ressemblant à des bagages
  • le pantalon trop court de Monsieur Hulot
  • au marché : la tête de poisson qui dépasse du cabas de Monsieur Hulot qui fait grogner le chien couché dessous la table
  • le labyrinthe pour aller à l'appartement entre la rue et la maison
  • les pastiles dans l'herbe du jardin qui sont de la même taille que les nénuphars du bassin
  • le jet d'eau "poisson" qui n'est mis en marche que lorsqu'il y a du monde au portail
  • les placards de la cuisine qui s'ouvrent par "magie"
  • les feux tricolores dans les rues alors qu'aucune voiture ne passe

  • le reflet du soleil dans la vitre qui fait chanter l'oiseau dans sa cage
  • Monsieur Hulot laisse sa clef de sa maison au dessus de la porte
  • les chaises de visiteurs dans le bureau du président de l'usine sont les mêmes que dans la maison Arpell mais posée dans un autre sens
  • le tas d'ordures au milieu de la route que le cantonier a du mal à balayer dans la mesure où il discute avec tous ceux qui passent à proximité, le vent jouant avec ce qu'il a ramassé précédemment
  • à la fin : tous les voyageurs à la gare ont des sacs jaunes
  • le père dit au revoir à l'oncle en sifflant et quelqu'un se prend le poteau en plaine figure, le fils qui s'amusait à cela avec son oncle prend la main de son père comme s'il avait trouvé un nouveau complice
  • le voile qui passe devant la scène à la fin...
dos de la pochette :
Mme Arpel reçoit la visite de la voisine qui s'assoit sur l'étrange sofa

à l'intérieur de la pochette :
La nuit, les fenêtres de la maison, devant lesquelles
passe le couple Arpel et qui ressemblent à un regard

à l'intérieur de la pochette
Le couple Arpel admire son jardin.
au portail : les chiens errants


Deux DVD : le rouge en français
le blanc en anglais
En bonus : une photo de la statue érigée en mémoire de Jacques Tati et de son immortel personnage ubuesque sur la plage de Saint-Marc (Loire Atlantique) :

Insolite
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23 avril 2009

Tristes revanches - Yoko OGAWA


Le livre
Titre original : Kamokuna shigai, Midarana Tomurai
1998
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Préface par Anthony Burgess
Editeur : Actes Sud / Babel
245 pages

Le sujet
11 nouvelles, à la frontière du temps, du rêve, du fantastique, de l'anormal. Un personnage, un objet, une allusion, glissent d'une histoire à l'autre, dans le désorde, tissant une toile subtile.

1. Un Après-midi à la pâtisserie
Une femme entre dans une patisserie pour acheter deux fraisiers, pour elle et en souvenir de son petit garçon mort à 6 ans ; en attendant de se faire servir, elle observe la jeune apprentie patissière qui pleure au téléphone. Et elle pense à son petit garçon, qu'elle a retrouvé asphyxié après qu'il eut été enfermé par accident dans un lourd réfrigérateur industriel abandonné dans une décharge.

2. Jus de fruit
Une étudiante demande à un ami de l'accompagner à un déjeuner avec un homme qu'elle rencontre pour la première fois : son père. Après le repas, les deux jeunes gens marchent un peu et s'assoient sur les marches d'une maison abandonnée un peu à l'écart de la ville, ils y pénètrent et découvrent un gros tas de kiwis.

3. La Vieille femme J.
Une écrivaine observe sa logeuse, une vieille femme qui cultive patiemment un petit potager situé au centre de leur immeuble. Le potager produit des carottes en forme de main.

4. L'Esprit du sommeil
Un fils se rend à l'enterrement de sa mère adoptive, le train est bloqué par la neige, il se souvient des quelques années où ils ont vécus ensemble, lorsqu'ils sont allées au zoo, sa mère était une une écrivaine dont il collectionne tous les livres, il conserve un article de journal dans lequelle sa mère pose à côté d'une vieille femme qui tient dans sa main une carotte qui semble posséder 5 doigts. Dans le train, sous la direction de leur accompagnateur, les enfants d'une chorale entonnent soudain "L'esprit du sommeil" de Brams.

5. Blouse blanches
Le professeur Y., un chirurgien, est bloqué dans un train à cause de la neige. Lorsqu'ils se retrouvent, sa maîtresse, folle de rage car elle a appris que l'épouse de son amant attend un enfant, décide de l'assassiner.

6. Faufilage d'un cœur
Une danseuse a une malformation cardiaque, elle demande à une couturière réputée par son savoir-faire, de lui fabriquer un sac qui contiendra et protégègera son coeur qui se trouve à l'extérieur de sa poitrine. La couturière a un hamster ; lorsqu'il meurt, elle le jette dans une poubelle de fast food. Peu après, la danseuse explique à la couturière qu'elle n'a plus besoin de son petit sac : elle est sur le point de subir une intervention chirurgicale par le professeur Y.

7. Bienvenue au musée des Supplices
Une apprentie coiffeuse qui habite dans le même immeuble que le professeur Y. et qu'une danseuse, tous deux morts dans d'étranges circonstances, est interrogée par la police au cas où elle aurait remarqué quelque chose. En effet, le professeur a été retouvé la gorge presque arrachée, et la danseuse, le coeur arraché de sa poitrine. Elle raconte son interrogatoire à son fiancé qui finit par l'abandonner. Désemparée, elle sort se promener, passe devant la patisserie qui vend de très beaux fraisiers, observe un hamster mort dans la poubelle d'un fast food, et se retrouve à visiter un étrange musée dédié à des instruments et objets de tortures. Le gardien est un homme d'un certain âge portant un noeud papillon.

8. L'Homme qui vendait des corsets
Le gardien du musée des Supplices est accusé d'avoir abusé une jeune coiffeuse. Il est démis de ses fonctions. Le musée ferme, il vivote dans un "capharnaüm" rempli de tous les objets de son ancien musée. Son neveu lui rend visite, le vieil oncle mourant lui offre un étrange manteau de fourrure car dehors, il commence à faire froid, il neige.

9. Les derniers instants du tigre du Bengale
Sur un pont, un camion sort de sa trajectoire, le conducteur est broyé dans sa cabine, des tomates jonchent la route. L'épouse du professeur Y. est décidée à affronter la maîtresse de son mari, elle se perd. Elle trouve une maison (le musée des Supplices) et dans la cour, un vieil homme est en train de carresser un tigre. Elle leur tient compagnie jusqu'à ce que le tigre meurt.

10. Les tomates et la pleine lune
Un journaliste réside quelques jours dans un bel hotel dont il doit faire un reportage pour un magazine. Il croise une étrange femme qui serre contre elle un petit paquet et qui offre au cuisiner un gros panier de tomates qu'elle a trouvée sur la route. Elle lui tient compagnie et lui raconte qu'il ressemble à l'homme qui lui a sauvé la vie, 30 auparavant, lorsque elle et sons fils, son beau-fils, s'étaient perdus en revenant du zoo. Elle lui explique qu'elle est écrivain, et qu'ele ne veut plus se séparar de son dernier manuscrit, de peur qu'ils ne lui soient volés...

11. Herbes vénéneuses
Une vieille dame finance les études musicales d'un jeune homme qui, en échange, devient son homme de compagnie chaque samedi, son lecteur. Car elle est subjuguée par sa voix et lui demande de lui lire des histoires, n'importe quoi. Le jour où elle refuse qu'il déplace leur jour de rendez-vous, il décide de ne plus venir. Décontenancée par cette nouvelle situation, la dame sort faire un tour, tombe, se retrouve dans une sorte de déchetterie, trouve un réfrigérateur, ouvre la lourde porte et voit la mort.

Le verbe
Le style n'avait rien de particulier. Il n'y avait pas de personnages sortant de l'ordinaire, ni de scènes entièrement nouvelles. Simplement, sous les mots de cette histoire passait un courant froid dans lequel je plongeais sans arrêt mon coeur pour le rafraîchir. (p.222, où Yoko critique elle-même sa prose, dans une sorte de mise en abyme, je ne pourrais mieux dire ce que je ressens moi-même !
Mon complément
Ogawa est désarmante : elle creuse lentement son univers, à coup de prose coupante comme un scalpel, elle frappe chirurgicalement, l'air de rien, une langue bien rouge par ici, un endoscope par là, des mains tranchées, des coeurs arrachés, des pourritures douces amères, des envies, des aspirations... Yoko nous enfonce dans son univers, parfois trouble... sexualité, ou sensualité (car Yoko n'écrit pas, à proprement parler, de la littérature érotique, mais certains passages ne laissent pas de doute : les héros ou héroïnes ont une vie charnelle, ne serait-ce que dans leur esprit.
Le temps passe, s'évade de son carcan.
Les vies passent et reviennent. Tout se mélange, le passé, le présent. La ligne du temps oscille comme une toile d'araignée où se promène une mouche.
La ligne de fuite est bien là. Et j'aime m'y perdre.
En dessert et pour les yeux : un fraisier, le dessert récurrent qui fait son apparition dans plusieurs nouvelles de ce récit.


Et, pour changer des fraises, je vous offre une "cerise sur le gâteau" : mon interprétation des détails qui transitent d'une histoire à l'autre (ceci n'intéressera que ceux qui ont lu le livre et qui, comme moi, sont légèrement "foldingos ", il n'y a peut-être pas grand monde au fond, mais comme je me suis amusée à dresser cet inventaire, je ne voulais pas le garder pour moi toute seule) :

  • j'ai repéré chaque objet ou personnage cités dans plusieurs récits, et entre parenthèse les numéros des nouvelles qui les intégre

a- le fraisier (1,2,7)
b-la patissière qui pleure au téléphone (1,4)
c- la place, l'horloge mécanique et les pigeons (1,6)
d- l'enfant de 6 ans mort dans le réfrigérateur (1,11)
e- la vieille dame égarée
(1,11)
f- les kiwis et le bureau de poste abandonné (2,3)
g- le député, père de la patissière (2,4)

h- l'écrivaine (1,3,4,10)
i- la vieille femme J. (3,4,10)
j- le potager et les carottes en forme de main (3,4)
k- l'article du journal de la vieille J et de l'écrivaine
(3,4)
l- le fils adoptif de l'écrivaine (4,10)
m- le train retardé par la neige (4,5)
n- la visite au zoo de l'écrivaine et du fils adoptif (4,10)
o- le chant choral "l'esprit du sommeil" (4,11)
p- les livres de l'écrivaine
(4,10,11)
q- le professeur Y. (5,6,7,9)
r- la maîtresse du professeur Y.
(5,9)
s- la danseuse à la malformation cardiaque (6,7)
t- le hamster
(6,7)
u- le musée des Supplices (7,9)
v- la petite coiffeuse (7,8)
w- le gardien du musée (7,8,9)
x- le tigre
(8,9)
y- le camion renversé, le conducteur écrasé et les tomates répandues(3,9,10)

That's all folks !!! (mais je crois que j'en ai oublié !)
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19 avril 2009

Miroir, mon miroir

Mon fils est mon miroir, nous nous sourions et j'en profite pour lui demander si je suis belle. Il réfléchit et me répond :

- Oui, mais j'aime mieux quand tu as des roses.
- Des roses où cela ? Dans les cheveux ?
- Non, sur ta robe.
- Quelle robe ? Je n'ai pas de robe à fleurs, tu sais je n'ai plus l'âge de mettre des robes avec des roses.
- C'est quoi l'âge ?
- C'est d'avoir vécu longtemps.
- Et après ?
- Après, on devient plus vieux encore, on se fatigue beaucoup, on va dormir et ensuite, on ne se réveille plus.
- Alors je ne veux pas aller dormir. Et je ne veux pas que toi tu meures.

...

Mon petit homme est une sorte de Peter Pan, une petite silhouette toute pleine d'ombres et de beaucoup de lumière aussi. Je le regarde sans jamais le voir vraiment, mon regard glisse sur lui comme la larme sur la plume d'un oiseau. Je ne sais pas vraiment pourquoi, je préfère enfouir mon nez dans ses cheveux, dans son cou, je le respire comme une drogue. Je ne crois pas qu'il puisse en être autrement, qu'il existe un univers parallèle où il n'existerait pas. Bien sûr, j'ai eu la même sensation avec ma fille, ma princesse, mais elle a grandit et les rapports évoluent. Le bateau prend de la distance avec le port d'attache. Alors qu'avec mon petit prince, tout est encore présent. L'espèce de cordon invisible qui nous ligature. Une distance diminuée par sa fragilité. Je sais, je sens que mes enfants sont mon gage d’immortalité, des racines enfoncées dans mon âme que je veux arroser de tout mon temps possible.

Aujourd'hui je fête mon 5ème anniversaire sur la Chronique des Temps perdus, ce qui me fait 45 ans et je n'ai pas vu le temps passer !

Les aiguilles de mon cadran
tricotent un tissu d'illusion
et derrière mon paravent
coulent tranquilles les saisons
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16 avril 2009

L'étrangleur d'Edimbourg - Ian RANKIN


Le livre
Traduit de l'anglais par Frédéric Grellier
Editeur français : librairie générale française - édition novembre 2008
285 pages
Titre original : Knots and crosses
1987

Le sujet
Edimbourg (Ecosse). De nos jours. Un déséquilibré enlève et étrangle des gamines. John Rebus reçoit de mystérieuses lettres évoquant sa capacité à lire entre les lignes. Son frère cadet, hypnotiseur de son état, trafique avec la drogue, ce qui a pour effet d'attirer sur eux l'attention de Jim Stevens, un journaliste pugnace. Rébus patauge dans son enquête comme dans les bas fonds de sa mémoire auquels il tente d'échapper. Pourtant, c'est dans son passé que réside la clef du mystère...

Le verbe
Ils passèrent la soirée à boire dans quelques-uns des bars les plus glauques d'Edimbourg, là où les touristes ne mettent jamais les pieds. Ils tentèrent d'écarter l'enquête de leur esprit mais c'était impossible. C'est toujours comme ça, une grosse enquête, ça vous prenait physiquement et psychologiquement, ça vous consumait et on s'y plongeait avec d'autant plus d'acharnement. Chaque meurtre vous donnait une poussée d'adrénaline, ce qui permettait de tenir au-delà du point de non-retour. (p.66 - où Rebus noie sa déprime)
Mon complément
Je découvre l'inspecteur Rebus avec cette première enquête tortueuse comme les noeuds dont il est question, ceux des cordes entourées autout des cous des petites victimes, ceux qu'il lui faut dénouer s'il veut retrouver sa propre fille vivante. Mais l'instant est mal choisi, le voilà qui perd pied, hanté par des souvenirs insupportables de son anciennne vie de militaire dans les forces spéciales. Une chose est arrivée, qui l'a fait fuir son passé, une chose dont il a tout oublié, mais qu'il lui faut affronter pour faire face au présent.

J'ai trouvé le personnage de Rebus pour le moins atypique : je m'explique. Rebus est un homme fragile, il pleure, il se traîne dans les bars glauques, il prie Dieu et se laisse envahir par le bordel autour de lui (il aurait besoin d'un coaching du genre feng-shui pour lui remettre les idées et son appartement en place). Pour tout dire, j'avais envie de le secouer.
Maintenant, côté intrigue, j'ai trouvé un bon suspense jusqu'au 3/4 et ensuite, j'avais hâte que le livre se termine. Beaucoup de répétitions, des phrases ordinaires, qui plombent le plaisir de la lecture. J'ignore si c'est le fait de l'auteur ou du traducteur qui n'a pu rendre les détails originaux, cela m'apprendra à être incapable de lire en VO.
Pour finir ce billet d'impressions, je ne résiste pas à l'envie de rajouter un extrait accompagné de cette photo que je trouve en belle osmose, où l'ombre cotoie la lumière :
Il faisait presque nuit, le soleil n'était plus qu'un souvenir derrière les épais nuages. Les peintres religieux d'autrefois avaient dû connaître des ciels semblables, jour après jour, voyant la marque d'une présence divine dans les nuages bleuâtres, la preuve même de la puissance de sa création. Rebus n'avait rien d'un peintre. Ses yeux trouvaient la beauté sur une page imprimée plus que dans la réalité du monde. (p.182)
Edimbourg depuis Calton hill
Crédit photo : Krasnyi Fotoapparat
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15 avril 2009

Augustus Carp - Sir Henry Howard BASHFORD


Le livre
  • Titre de couverture : Augustus Carp (Augustus Carp Esq. par lui-même ou L'autobiographie d'un authentique honnête homme)
  • Titre original : Augustus Carp Esq. by himself
  • 1924
  • Traduit de l'anglais par Éric Weissberge
  • Préface par Anthony Burgess
  • Editeur : Phébus / Libretto
  • 210 pages
Le sujet
Angleterre, début du XXème siècle. Augustus Carp est l'antithèse de ce que l'on pourrait considérer comme un parfait gentilhomme : prétentieux, fat, suffisant, phallocrate, aucun adjectif ne manque à son actif d'homme à claquer, pour le plus grand plaisir du lecteur puisque notre héros a décidé de nous confier rien moins que sa brillante autobiographie.

Le verbe
Mais nous n'étions pas confinés à des distractions terrestres au bord de la mer et nous adonnions fréquemment, pendant peut-être un quart d'heure, à la pratique délicieuse de l'immersion pédestre. Le développement intégral de l'art natatoire nous était, bien sûr, totalement interdit pour raisons médicales ; nous trouvions néanmoins cette occupation fort hilarante et même des plus excitantes. Et je me souviens qu'au moins en deux occasions, par inadvertance passagère, nos pantalons retroussés furent partiellement submergés. Une vive retraite à la maison, toutefois, ainsi qu'une tasse de lait chaud et un prompt alitement suffirent dans chaque cas à nous prémunir contre toute suite fâcheuse. (p.63 - où, pour éviter d'attraper un rhume, Augustus Carp et son père courent se mettre au lit après avoir pris un bain de pieds !
Mon complément
Un livre trouvé par hasard dans la librairie Delamain. Je n'avais jamais entendu parler de ce livre, dans ce cas là, qu'est-ce qui motive ? Le titre ? Assurément. Le nom de l'auteur ? Inconnu. La couverture ? Nenni. Allons avoue ! Ce livre est mince, oui, mais aussi, je lis en 4ème de couverture l'expression "Tout à fait réjouissant." Et c'est ce qui me fait l'emporter.

Depuis les pièces de théâtre de Molière, je n'ai jamais lu un livre de ce genre : où le héros est une sorte de Tartuffe, bourré de principes, engoncé dans une vertigineuse capacité à ne rien faire d'héroïque. Je confirme, c'est une histoire tout à fait réjouissante, qui m'a d'ailleurs fait rire à maintes reprises.

L'auteur est d'une imagination sans bornes pour ce qui consiste à faire passer notre héros pour un balourd, au propre comme au figuré puisque ce cher Augustus est légèrement enveloppé. En tout cas, pour un gars à qui il faudra bien tôt ou tard donner une belle leçon.

Augustus Carp est un énergumène qui s'évertue à réprimer les besoins de ses semblables qui désirent boire, fumer, danser : le soir venu, il passe son temps à distribuer des tacts et distiller le voeu d'abstinence. Il est une sorte d'oeuvre condensée de ce que je supporte pas : imbu de lui même, il traite sa mère comme une "bonne à tout faire" et ne semble respecter que ses propres béatitudes. Le contraire du personnage de John Irving dans Une prière pour Owen. Je me suis bien amusée lorsqu'il se prend une cuite mémorable avec l'aide de la régalade portugaise (du Porto) fournie en belle quantité par une implacable Nemesis. Car bien sûr, il y a un retour de bâton, sinon le comique serait beaucoup moins réussi.

Mention spéciale et particulière au traducteur qui nous plonge avec délices dans cette superbe pantalonnade en utilisant tout ce qu'il faut pour nous faire oublier notre incapacité à lire en VO ; pour ma part, je n'ai pas vu de maladroites répétitions (que je traque sans pitié).

Mon passage préféré, qui m'a presque fait pisser de rire car je sais me (re)tenir :
...j'étais loin de penser, alors que je tâtonnais pour trouver la porte, que je n'avais pas encore abordé la dernière station de mon chemin de croix. Car, à peine arrivé à la grille du jardin de Mon repos, plutôt en meilleure forme que je ne l'escomptais, j'aperçus un tramway, surchargé à la limite de sa capacité légale, qui s'en approchait en cahotant sur les rails. Un seul coup d'oeil au véhicule gorgé de femelles et dont les flancs étaient distendus par les bagages suffit à me paralyser d'horreur, quoique moins pour mon compte personnel que pour celui de mon père, qui était debout sur le pas de la porte, pétrifié. Il poussa un cri du pathos le plus extrême et, tandis que les huits soeurs de ma mère mettaient pied à terre, tomba à plat ventre sur l'allée du jardin pour ne plus jamais se relever.
C'en était trop pour moi aussi. Ebranlé au plus profond de mes fondations intimes, je tournai le dos à cette marée inexorable de femelles parlant gaélique et m'effondrai au côté de mon père, mais tête-bêche. (p.205 - Où les 8 tantes que son père avait exilées au pays de Galle, reviennent à Londres)
Avouons le : voilà ce qui s'appelle le comique de situation, ou encore la deadpan comedy -in english in the text. Un mot sur l'auteur mystérieux (dont j'ai eu un mal fou à trouver une photo) : Sir Henry Howarth Bashford (1880-1961) était avant tout médecin, et publia anonymement ce roman satirique qui brosse avec une jubilatoire férocité la mentalité de ses contemporains. Tout ceci ne peut que me le rendre encore plus sympatique !
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04 avril 2009

Le coeur mordu

J’ai revu D. aujourd'hui, il m'a semblé heureux mais j'ai tenté de lire entre ses cils l'expression qu'il aurait pu y cacher, tenter de voir, l'air de ne pas y penser, si l'ombre de la tristesse perçait encore et je ne l'ai pas vue. Il regardait vers la vitre, j'en voyais le reflet blanc comme une tache de lait et je pris dans la main mon capuccino. Je bus lentement une gorgée brûlante qui s'attarda dans la gorge et je sentis comme des aiguilles. Le temps de l'écouter expliquer qu'il comptait réunir ses amis proches dès les beaux jours autour d'un barbecue. Sur le moment je fus enthousiasme, puis je songeais que je n'allais pas venir avec les enfants ; tous les autres seraient sans les leurs, ayant des enfants de plus de vingt ans. Je songeais que je devais retrouver le numéro de la petite Morgane. Mon gobelet était presque vide. Combien de temps avait duré la conversation ? Je regardais à présent ses lèvres, je tentais de déceler dans le mouvement rose charnu un tremblement furtif, un apaisement désabusé. Il n'y eu rien du tout. Mentalement, j'eus besoin de lui toucher l'épaule et de palper sa clavicule, de sentir au bout de mes doigts le durcissement de son chagrin. Il pris congé dans un charmant clin d'oeil qui me fit peine, une lumière dorée semblait jaillir malgré tout, et j'interceptais son regard très calme. Nous savions tout l'un de l'autre, sans parole nécessaire. Je lui dois à jamais la rectification de mes priorités dans la vie. Car il sait à quoi ressemble le temps qui s'arrête au moment où le coeur est mordu par la machoire d'un chien hargneux qu'on appelle désarroi.
Lorsqu'il s'éloigna, je froissais mon gobelet avant de le jeter, et je murmurai discrètement à mon amie C.
C'est lui D. ; tu sais, cet ami dont la fille s'est suicidée il y a trois ans....
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L'orphelinat (2008)

Réalisateur : Juan Antonio Bayona
Genre : épouvante fantastique
Titre original : El Orfanato (Espagne/Mexique)
Année : 2008



"Ne racontez pas la fin"

J'ai envie de le faire, ne poursuivez pas la lecture si vous aimez garder le suspens.

L'histoire :





















Laura
(Belen Rueda) décide de rouvrir l'orphelinat abandonné où elle a passé son enfance , elle s'y installe avec son mari Carlos (Fernando Cayodans) et leur fils adopté Simón (Roger Príncep) âgé de 7 ans, ayant pour but d'en faire un foyer d'accueil pour enfants handicapés, qui eux aussi "ont besoin d'amour et d'affection".



En attendant l'ouverture du foyer, Simón et sa mère s'amusent bien ensemble, ils sont très proches, ils lisent l'histoire de Peter Pan et Simón avoue même à sa mère qu'il ne sera jamais grand, comme les nouveaux amis qu'il s'est fait dans la maison.


Le jour où il se promène avec sa mère sur la plage proche, il rencontre dans une grotte un enfant pour lequel il sème des coquillages le long du chemin. C'est le jeu de la chasse au trésor, quand on le trouve, on peut faire un voeu. Le jeu consiste à remplacer un objet dans son environnement par un autre et ainsi de suite, jusqu'à atteindre le trésor. Troublée, Laura entre malgré tout dans la quête de son fils, persuadée que Simón invente tout.

Un jour, débarque une certaine Benigna (Montserrat Carullaors) qui affirme qu'il existe un nouveau traitement pour Simón. Laura la chasse, nous comprenons que Simón est atteint du VIH et qu'il l'ignore.
Le jour de la réception organisée pour les futurs pensionnaires arrive : Simón désire montrer à sa mère la maison de son nouvel "ami" Tomas (Oscar Casas), mais Laura, très énervée n'a pas le temps de jouer et délaisse Simón avant de retourner à sa réception.
Apparaît au bout d'un couloir un enfant qu'elle pense être Simón, mais celui-ci l'agresse

et l'enferme dans la salle de bain.


Epouvantée, Laura cherche son fils partout dans la maison, qui grince, vacille, tambourine, en vain.

Simón ne réapparaît pas.

Les mois passent et son entourage lui enjoint d'accepter que son fils est mort. Un jour, elle reconnaît dans la rue Benigna juste avant que celle-ci ne se fasse écraser. Nous apprenons que c'est l'ancienne nurse de l'orphelinat dont Laura n'a gardé aucun souvenir. Etrange amnésie...

Celle-ci avait un fils m
alformé Tomas qui est noyé, victime d'une méchante plaisanterie des autres enfants qui l'avaient laissé dans la fameuse grotte sur la plage en lui ôtant le capuchon qui masquait sa tête déformée. N'osant sortir "au grand jour", la marée avait monté et Tomas s'est laissé noyé.

Laura ne peut accepter que son fils disparu est mort et elle accepte qu'une médium Aurora (Géraldine Chaplin) étudie la maison qui semble cacher des secrets et peut-être des fantômes.

Après sa transe, Aurora explique qu'elle a vu des enfants terrifiés, enfermés quelque part, qu'ils sont encore là car ils ne peuvent faire le deuil de leur mort.
Aurora : "Quelque chose d'affreux est comme une blessure, un écho, la marque d'un pansement".
Aurora encourage Laura à tout faire pour retrouver son fils.

Laura, déterminée, le cherche partout. Elle entreprend de sonder les recoins de la maison. Elle finit par découvrir les squelettes d'enfants morts depuis plusieurs années. Nous supposons que Benigna, la nurse, s'est vengée de la mort de son fils en tuant les autres enfants de l'orphelinat, exeptée Laura bien entendu.

Laura, certaine de retrouver son fils, demande à rester seule 2 jours dans la grande maison et entreprend de faire un jeu de piste à son tour. Pour attirer les enfants perdus qui hantent l'orphelinat, elle décore la maison "comme avant". Elle reconstruit la chambre des enfants telle qu'elle l'a connue : lits aux montants de fer, courtepointes fleuries. Elle leur prépare un goûter identique à ceux de l'époque, avec des tartes aux mûres. Elle joue à 1-2-3 Soleil. Elle se retourne, ils sont là, derrière elle, apprivoisés.

Ils lui montrent la piste, celle-ci la mène à la cave. Sur un mur, plusieurs affiches, on aperçoit celle d'un insecte, un cafard, peut-être. Le symbole de la transformation...

Elle trouve Simón, mort au bas des escaliers. Laura, épouvantée, comprend qu'il est là depuis le jour de la fête d'accueil des pensionnaires, qu'il y a été enfermé, et que c'est elle qui en est à l'origine.

Folle de douleur, Laura avale des médicaments, nous comprenons qu'elle s'empoisonne. Elle meurt.

Tout bascule, Simón se redresse, il lui demande avec sa petite voix s'il peut se réveiller de la même manière qu'il lui posait la question autrefois quand sa mère lui donnait un baiser.

Alors tous les enfants apparaissent, Simón et Laura sont de nouveaux réunis, dans leur propre univers. Simón fait un voeu : que Laura devienne leur Wendy à eux, les pauvres enfants perdus de l'orphelinat, pour toujours...

Ceux-ci avancent autour de la mère et du fils, ce sont les anciens compagnons de Laura, ils s'enthousiasment de son retour, la petite fille aveugle lui touche le visage et s'écrie : "c'est Laura", tous les enfants sont heureux, ils sourient et moi je pleure à chaudes larmes (no comment)...

Mon avis :
Je suis toujours fascinée, sous l'emprise, sous le charme, et dans la tourmente de ce genre de film : ma fibre maternelle est largement ébranlée ! J'aime cette pénétration, cette plongée dans nos hantises. J'ignore pourquoi, sans doute le besoin de projeter des pensées noires intimes sur d'autres écrans. Ce film m'a rappelé L'échine du Diable (pas étonnant me direz-vous pour celles et ceux qui l'ont vu), mais aussi dans une certaine mesure à Dark water de Hideo Nakata (le film de 2002), et, dans une certaine mesure, mais uniquement pour la parabole de la fin du film, au labyrinthe de Pan, pour la seconde vie dans l'au-delà, plus belle et réconfortante que la réalité...

Il y a d'autres références que je n'énumère pas car
je n'ai songé qu'à ses deux films, mais l'on trouve facilement des avis et références sur internet.

Je n'ai pas trop aimé le moment où Benigna se fait écraser : l'incrustation de l'explication de son rôle dans l'histoire me semble maladroitement réalisée.

Sinon, je crois que ce film va longtemps faire partie de moi, mais ne me plaignez pas car sa présence ne me fait pas peur : elle me réconforte.



Le site officiel

Les photos viennent du site Allociné

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02 avril 2009

La piscine - Les abeilles - La grossesse - Yoko OGAWA

Le livre
3 nouvelles
Editions Actes Sud - série Babel (1998)
Traduction par Rose-Marie Makino-Fayolle

1/ La piscine
Titre original : Diving pool (1990), 57 pages

Le sujet

Aya-chan, une jeune lycéenne habite dans un institut qui accueille des enfants, orphelins, abandonnés, maltraités. Elle souffre de voir ses parents s'intéresser à d'autres enfants et trouve refuge dans une sorte d'obsession mentale. Elle passe son temps libre à la piscine, à observer les muscles de Jun, un jeune garçon pensionnaire de l'institut, lorsque celui-ci s'entraîne aux plongeons. Un jour, elle découvre une nouvelle jouissance : faire souffrir la jeune Rie.

Le verbe
Tout en jouant avec la terre, Rie venait me voir à intervalles réguliers, toutes les deux ou trois minutes, pour que je lui nettoie les mains. Cette régularité toute simple me conduisait progressivement vers un sentiment impitoyable. Ce n'était pas désagréable au point d'en éprouver de l'irritation, car il m'apportait même une sorte de bien-être secret. Ces derniers temps, il m'arrivait souvent d'être la proie de ce "sentiment de cruauté". (p.34)
2/ Les abeilles
Titre original : Dormitory (1991), 62 pages

Le sujet
Une jeune femme aide son jeune cousin perdu de vue depuis 15 ans à s'installer dans son ancienne résidence universitaire. Celle-ci est toujours habitée par le propriétaire, un homme unijambiste amputé des deux bras.

Le verbe
Cette année-là, le printemps fut très nuageux. Le ciel semblait recouvert d'un verre dépoli réfrigérant. Les balançoires du jardin public, le massif de fleurs de la place de la gare qui représentait une pendule et les bicyclettes dans le garage étaient prisonniers d'une lumière blafarde. Jour après jour, la ville n'arrivait pas à se libérer de l'emprise de l'hiver. (p.80)
3/ La grossesse
Titre original : Ninshin calendar (1991), 58 pages

Le sujet
Une jeune femme observe sa soeur enceinte ; celle-ci commence par avoir des nausées telles qu'elle ne peut rien avaler. A compter du jour où la future mère porte son premier vêtement de grossesse, le dégoût de la nourriture cesse.

Le verbe
Je croyais entendre le bruit de la pluie fine qui mouillait la nuit. Le bébé était accroché dans le rétrécissement du haricot. C'était une ombre fragile qui, si le vent avait soufflé, aurait pu s'enfoncer en tourbillonnant au plus profond de la nuit.
- Voici donc l'origine de mes nausées. (p.150)
Mon complément
J'ai reçu ce livre reçu dans le cadre du wabi-sabi swap de la part de Fayoun.

Dans chacune de ces nouvelles, le héros se sent "aspiré" : par un événement, une pulsion incontrôlable, une zone interdite, un sentiment oppressant et inexplicable. Nous ne sommes pas loin d'une "twilight zone", ce qui n'est pas pour me déplaire.


Mon complément pour "La piscine"

Une nouvelle glaçante en compagnie de cette pauvre fille désorientée, abandonnée à sa solitude au milieu de la multitude d'enfants défavorisés que ses parents recueillent et éduquent. Jun est tout son horizon, le seul être avec lequel elle peut partager des instants précieux, une sorte de fusion émotionnelle. Sa rage se déporte sur Rie, une petite victime innocente, qui lui ressemble. A travers la petite Rie, c'est elle-même qui enfin peut pleurer, elle qui s'estime incapable de sentiments. Même dans cette nouvelle pour le moins lourde, j'ai eu plaisir à retrouver Yôkô Ogawa, dont la plume cisèle avec élégance les instants les plus vils de nos existences.


Mon complément pour "Les abeilles"
Dans cette nouvelle, l'héroïne est incapable d'empêcher son cousin de s'inscruter (littéralement) dans cette étrange demeure qu'est devenue la résidence universitaire dont elle garde une étrange appréhension. Une fois son cousin installé, elle lui rend régulièrement visite, ainsi qu'au directeur-propriétaire, en apportant des pâtisseries qu'ils dégustent ensemble. Lorsque celui-ci s'affaiblit, elle devient sa garde-malade, et finit par découvrir que la résidence n'a plus aucun étudiant, hormis son cousin qui reste par ailleurs bizarrement introuvable.


Mon complément pour "La grossesse"
Nous assistons à une sorte de dissection des observations d'une femme sur la grossesse de sa soeur. De nombreuses allusions aux chromosomes. Le futur enfant est assimilé à une énigme, il est complètement sans substance bien que présent au travers de fluides translucides : le gel de l'échographie, les oeufs frits dans la poêle, la confiture de pamplemousse. La mère comme la future tante se montrent incapable d'imaginer le petit être à venir mais imagine plutôt un monstre. Une sorte de grossesse nerveuse en quelque sorte...

Une petite synthèse...

Notons des petites choses remarquées chez Ogawa : les mets ne sont forcément japonais, nos personnages mangent de la "blanquette", des oeufs au bacon, et pas forcément de sushis... J'ai également noté des thèmes récurrents : l'eau, la brume, la pluie, la neige, les symboles de la purification, le fluide, les transparences, les dégoûts, les analyses de sentiments les plus intimes, les récits à la première personne, la biologie, le corps humain, les cellules, le cerveau.

Le mot du dictionnaire : dans la Grossesse, le "sphygmomanometre" est un appareil utilisé pour mesurer la pression artérielle, tensiomètre.
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